13. Chez la vieille femme

Ils continuèrent sur la piste, discutant ensemble de tout ce qui s’était passé. Enfin ils arrivèrent à la hutte de la vieille femme. Aussitôt qu’elle les reconnut, elle sortit pour les étreindre et les embrasser. Ils s’assirent tous, quelques-uns sur l’herbe, d’autres sur les grosses pierres à côté de la hutte. Ils apportèrent de l’eau de la source et, lorsqu’ils eurent bu, Amsiggel lui demanda, « Vous souvenez-vous, madame ? Nous avons dit que nous partions voir s’il y avait toujours de la bonté dans le monde. Alors, nous voici, et nous y avons effectivement trouvé de la bonté ! »

Puis la vieille femme prit la parole : « Moi aussi, j’ai une bonne nouvelle, » dit-elle. « Je vais vous raconter ce qui m’est arrivé – c’est une vraie merveille ! Il y a deux nuits, durant mon sommeil, il m’est apparu quelqu’un qui ressemblait à un ange. Ses habits étaients blancs comme la neige, ils étaient éblouissants comme la foudre, et dans sa main il tenait une clé dorée. Il m’a parlé dans notre propre langue et il a dit, ‘Venez, vous qui peinez et portez un lourd fardeau, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug et apprenez de moi, car chez moi tout est paisible et mon cœur est plein de bienveillance, et vous trouverez chez moi le repos dont vous avez besoin.’ Quand j’ai entendu cela, j’ai demandé, ‘Qui êtes-vous, seigneur ?’ et il a répondu, ‘Tu ne me connais pas encore, fille bien-aimée, mais tu vas me connaître par la suite.’ J’ai demandé, ‘O seigneur, quelle est cette clé dans votre main ?’ et il a répondu, ‘C’est la clé du Paradis, préparée pour le moment propice.’ J’ai dit, ‘Je désire, ô seigneur, quitter ce monde pour vous accompagner où vous voulez.’ Alors il m’a regardé fixément et son visage était rempli de sympathie, comme s’il savait tout ce qui m’était survenu de trouble et de peine, et il a dit, ‘Ton temps n’est pas encore venu, ma fille, mais dans la vie de ce monde tu verras la bonté de Dieu. Tu entreras dans l’abri sûr et tu seras soulagée de tout ce qui te tourmente.’ Après cela, je me suis réveillée. Je restais là dans mon lit, mon cœur rempli d’une grande paix. Je réfléchissais sans cesse mais je n’arrivais pas à découvrir le sens de ce que j’avais vu. S’agissait-il d’un ange ou de quelqu’un d’autre ? Quelle était la clé dans sa main ? Où se trouve cet abri sûr où il va m’emmener ? Et quelle est la bonté que je verrai dans ce monde ? »

Ils furent tous saisis par l’émerveillement en écoutant le récit de la vieille femme. Puis Fidèle lui dit, « Que vous êtes bénie, madame ! Notre Sauveur vous est apparu dans un songe. Il a fixé sur vous sa faveur et vous a permis de trouver la sécurité de Dieu dans ce monde et le monde à venir. » « Mais…qu’en est-il de la clé ? » demanda-t-elle. « Personne ne peut entrer dans la maison de quelqu’un d’autre que si le maître de la maison l’invite à entrer, » répondit-il. « Personne ne peut entrer au Paradis que si celui qui possède la clé lui ouvre la porte. » « Est-ce que c’est notre Sauveur qui a la clé du Paradis ? » demanda Tazouite. Fidèle répliqua, « C’est lui qui a dit, ‘Je possède les clés de la mort et de l’Endroit des Morts… Ce que j’ouvre, personne ne peut le fermer ; et ce que je ferme, personne ne peut l’ouvrir.’ Il a dit aussi, ‘Je suis la Porte. Celui qui entre par moi sera sauvé. Jamais je ne renverrai quelqu’un qui vient à moi !’ »

Fidèle regarda la vieille femme en disant, « Assurément, vous êtes bénie, madame, car peu de gens parviennent à passer par cette porte. Celui qui vous est apparu dans le songe a dit une fois, ‘Entrez par la porte étroite, parce que celle qui est large mène à la destruction et nombreux sont ceux qui y passent. Mais la porte qui mène à la vie est étroite et peu nombreux sont ceux qui la trouvent.’ Un beau jour il a parlé aux gens qui croyaient en lui et leur a dit, ‘Ne permettez pas que le souci entre dans votre cœur. Croyez en Dieu et croyez aussi en moi, car je m’en vais préparer un endroit pour vous. Je reviendrai vous chercher et vous serez, vous aussi, là où je serai, moi.’ »

« Comme je suis reconnaissante à Dieu ! » s’exclama la vieille femme. « Je n’oublierai jamais ce songe et ce qu’il signifie. Je n’ai plus peur de ce qui m’arrivera dans l’au-delà, mais je ne sais toujours pas si la sécurité est à trouver dans ce monde. » Fidèle répondit, « Lorsque notre Sauveur est venu dans le monde, il est passé ça et là en faisant du bien à tous ceux qui étaient dans le besoin. Il s’occupait toujours de ceux qui étaient faibles, ou malades ou craintifs, et il a guéri tous ceux qui étaient des esclaves de Satan. Un jour il était dans la maison de la prière. Une femme s’y trouvait qui était tourmentée par un démon depuis dix-huit ans : elle avait le dos arrondi et ne pouvait pas se tenir droite. Quand il l’a aperçue, il l’a appelée, ‘O femme, tu es délivrée de ta souffrance !’ Il lui a imposé les mains et tout de suite son dos est devenu droit. Il a une telle compassion envers tous les affligés. Encore aujourd’hui il est capable de sauver tous ceux qui se réfugient dans son nom – il sait les protéger de Satan et de tout ce qui tourmente. Il entend tous ceux qui l’interpellent et il leur dit, ‘N’ayez pas peur ! Croyez seulement !’ N’ayez donc pas peur maintenant, madame. Placez-vous seulement sous la protection de son nom et vous serez toujours en sécurité – il vous bénira plus que vous êtes capable d’imaginer. » Puis Fidèle sourit et lui dit, « Dans les prochains jours nous verrons quelles bonnes choses Dieu fera pour vous ! »

« Nous ferons partir les bêtes sauvages de la forêt, » poursuivit-il, « et pour ce qui concerne les esprits invisibles, je vous dirai ce qu’on va en faire ! Notre Sauveur a le pouvoir de les chasser. Des foules sont venus à lui ces jours-là, amenant tous ceux qui étaient possédés par des démons – il les a chassés avec un mot et a guéri tous les malades. » « Quelle merveille ! » dit la vieille femme. « Comme je remercie Dieu d’avoir envoyé quelqu’un capable de faire cela. » « Si vous croyez en lui, » dit Fidèle, « il vous protégera de tout ce qui afflige. Les démons craignent son nom et s’enfuient en l’entendant. Ils ne peuvent pas s’approcher de quelqu’un qui est sous la protection de son nom. » Puis Fidèle se leva avec Miel et tous leurs amis et ils firent un cercle tout autour de la hutte de la vieille femme. Fidèle cria à haute voix, « Au nom de notre Sauveur je vous commande de sortir de la hutte, de la source, et de la forêt tout entière, pour ne jamais y revenir. » Et les autres approuvèrent, « Amen, amen. »

Il s’adressa alors à la vieille femme : « Prenez refuge toujours dans le nom de notre Sauveur, et racontez-lui tout ce qui vous trouble – il vous mettra à l’abri. » « Je crois, » dit-elle « en celui qui m’est apparu dans le songe, mais je ne sais pas en effet comment prier ni lui demander quoi que ce soit. » « Ne vous a-t-il pas parlé en notre propre langue ? » répondit Fidèle. « Parlez-lui donc exactement comme ça, à n’importe quel moment. Il comprendra ce que vous voulez et ce que vous demandez. Parlez-lui comme si vous étiez toujours une enfant, comme une toute petite fille parle à sa mère. Un jour, des gens ont amené de petits enfants à notre Sauveur, désirant qu’il leur impose les mains et les bénisse. Ses disciples ont essayé de les en empêcher mais il a dit, ‘Laissez les petits enfants venir à moi. Ne tentez pas de les empêcher, car le Royaume du Ciel appartient à ceux qui sont comme eux.’ Il a aussi dit, ‘Celui qui ne veut pas entrer dans le Royaume du Ciel comme un petit enfant n’y entrera jamais.’ Croyez en lui en toute sincérité, madame, tout comme croient les petits enfants. »

La vieille femme leva les yeux vers le ciel en disant, « O Seigneur Dieu, je te remercie de m’avoir rendu la foi que j’ai eue en tant qu’enfant. Tu es venu tout près de moi pour rassurer mon coeur au sujet de tout ce qui me fait peur. Tu as conduit ces gens chez moi pour qu’ils m’aident dans tout ce qui me dépasse. » Ils furent tous très contents de l’entendre, et en rendirent grâces à Dieu. Puis ils se mirent encore une fois en route, accompagnés par la vieille femme, vers l’endroit où demeurait l’ermite. Tout en marchant ils chantaient: « En Dieu seul je cherche du repos : en sa présence je trouve la sécurité. Dieu seul est mon rocher, ma tour et mon asile ; je ne serai jamais ébranlé. »