17. La voie de la paix

Après cela ils allèrent au puits ; ils enlevèrent les poissons avec des seaux, tout en versant l’eau sur un terrain vague. Ils continuèrent ce travail pendant cinq jours, jusqu’à ce qu’ils eussent nettoyé le puits à fond. Ils y mirent alors un produit afin de tuer tout ce qui y restait.

A ce moment-là plusieurs personnes passèrent, traînant un jeune homme attaché avec des cordes. Amsiggel le reconnut comme Iguider. « Qu’est-ce qu’il a fait ? » demanda Amsiggel. « Ce misérable, » répondirent-ils, « a volé notre vache. Et la semaine dernière il a volé de l’orge à l’hameau d’Aït-Sukka. Puis hier il a volé la sacoche d’Addi dans le potager. C’est lui en effet qui a pris la caisse dans l’épicerie à l’époque où les villageois t’ont chassé ! » « Laissez-moi lui dire un mot, s’il vous plaît, » répliqua Amsiggel. Ils s’arrêtèrent et Amsiggel lui dit, « Iguider, est-ce bien vrai que tu as fait tout cela ? » « Je suis dans le pétrin ! » répondit-il. « Cette maladie a tué mon père et ma mère, et mes petits frères et mes sœurs n’ont personne sauf moi. Et quant à moi, on me conduit actuellement chez le caïd ! » « Ne t’inquiète pas pour ta famille, Iguider ! » s’exclama Amsiggel. « Nous en prendrons soin jusqu’à ce que tu reviennes. » « Mais pourquoi, Amsiggel, » demanda-t-il, « me fais-tu du bien, tandis que moi, je ne t’ai fait que du mal ? » « Je vais t’expliquer pourquoi, » répondit-il, « alors tu seras heureux, toi aussi, et tu connaîtras la Voie de la Paix. »

Cette nuit-là, Amsiggel rêva. Dans son rêve il vit un ange se tenant dans la pièce où dormait le vieillard. L’ange lui donna une pelle et lui montra où il devait creuser, dans le coin de la pièce. Il creusa jusqu’à ce qu’il frappât quelquechose de solide, puis il creusa encore, et apparut une grosse caisse en bois. Il ouvrit la caisse et la trouva pleine d’or et d’argent. Quand il se réveilla le lendemain matin, il alla raconter son rêve à son grandpère. Le vieillard le regarda avant de dire, « Bon, le moment est venu pour moi de délivrer ce que le Seigneur Dieu m’a confié. Apporte la pelle ! » Amsiggel se mit à creuser dans le sol du coin jusqu’à ce qu’il rencontrât quelquechose de solide. A mesure qu’il enlevait la terre, une caisse apparut, exactement comme celle de son rêve. Lorsqu’ils l’ouvrirent, ils la trouvèrent remplie de bracelets et de broches en or et en argent. Amsiggel demanda, « D’où vient toute cette richesse, Pépé ? » « Mon père à moi était orfèvre, » répondit le vieillard, « au service du roi. Il m’a laissé tout ceci en disant, ‘Cache-le dans un endroit sûr jusqu’à ce que tu trouves quelqu’un capable de faire la paix entre nous et Dieu et entre l’homme et ses voisins, et entre l’homme et soi-même.’ Et Dieu nous a montré que maintenant le temps de cette paix est arrivé. » « Mais qu’allons-nous faire de ces biens, Pépé ? » s’enquérit Amsiggel. « Nous allons en faire du bien ! » répliqua-t-il. « Lance-toi, mon cher garçon : fais construire une école où les enfants trouveront une réponse à toutes leurs questions, fais construire une clinique où les malades seront guéris, fais construire un atelier où les pauvres gagneront leur vie, et ainsi tu donneras de la vie nouvelle et de l’espérance solide au village tout entier. »

« O Pépé ! » s’exclama Amsiggel. « Tu as vu tout ceci de loin et tu as tout compris et tout su avant que ça se passe ! » « Je ne savais rien, » répondit le vieillard, « mais j’ai toujours vécu d’espoir, depuis le moment où il est né un garçon parmi le tonnerre et la foudre, un sourire aux lèvres. Cette nuit-là j’ai dit, ‘Une tempête nous a apporté cet enfant, mais il survivra à la tempête. Né dans les ténèbres, il nous conduira à la lumière ; né dans le tonnerre et la foudre, il nous apportera la paix qui nous délivrera de tout ce qui nous abat.’ Et maintenant Amsiggel, tu as fait tout ce que j’ai imaginé, puisque tu as découvert la Voie de la Paix. » « Crois-tu, Pépé, » questionna Amsiggel, « en notre Sauveur ? » « J’ai vu de mes propres yeux, » répliqua-t-il, « celui qui sait transformer l’infamie en honneur, le conflit en paix, les larmes en joie, la malveillance en bonté, des ennemis en amis bien-aimés. J’ai observé les miracles qu’il a accomplis parmi nous : qu’est-ce qu’il me faut de plus pour croire en lui ? Il n’y a personne d’autre capable de faire la paix entre l’homme et Dieu, entre l’homme et son voisin, ou entre l’homme et lui-même, sauf lui seul. » Puis le vieillard dit, « A présent j’ai accompli ce qui a été ordonné pour moi, ayant délivré ce que Dieu m’a confié. J’ai passé assez de temps dans ce monde, et maintenant j’ai envie d’entrer dans l’abri sûr et éternel. J’ai confiance en celui en lequel j’ai cru, qu’il gardera ce que je lui ai confié jusqu’au Dernier Jour. » Amsiggel pleura, mais le vieillard dit, « Ne pleure pas, mon enfant. Je te laisse en paix et en repos jusqu’à ce que nous nous rencontrions au Paradis. » A peine avait-il prononcé ces paroles, que son esprit prit son départ.

La vieille femme continua à vivre avec Amsiggel et sa sœur. Elle faisait la cuisine, apportait l’eau, lavait le linge, et s’occupait d’eux et de leurs hôtes, aussi bien que les frères et sœurs d’Iguider. Tout le monde aidait avec le travail de construction selon les paroles du vieillard. Leur père rentra en ville et envoya une lettre parlant de son travail et des chrétiens avec lesquels il se réunissait.

Plusieurs mois s’écoulèrent et les hôtes décidèrent de rentrer, chacun chez soi – tous à part la vieille femme, qui restait là. Tous les deux mois ils revinrent voir Amsiggel et Tazouite, et ils se réunissaient tous pour louer Dieu, lire sa parole et s’encourager les uns les autres. Jour après jour Amsiggel enseignait dans l’école et les enfants l’interrogaient au sujet de tout ce qu’ils ignoraient, et il les instruisait concernant la connaissance du monde et du Paradis, à partir des livres que lui apportaient le Peuple de Paix. Tazouite travaillait dans la clinique, distribuant les remèdes de la vieille femme à tous les malades. D’autres travaillaient dans l’atelier, fabriquant des couvertures en laine, des sandales en cuir et des ustensiles et des meubles en bois. Tout ce qu’ils produisaient était solide et bien fait, et ils le vendaient dans le souk. Leurs marchandises étaient très demandées et on avait l’habitude de dire, « Voici qui est solide et fait avec soin – c’est bien du travail du Peuple d’Amsiggel. »

Après quelques mois encore, Amsiggel se maria avec Miel. Ils firent une ferme alliance de toujours s’entr’aider, avec loyauté et patience. Quand Iguider fut relâché de prison, il s’embarqua lui aussi sur la Voie de la Paix, regrettant tout le mal qu’il avait fait dans le passé. Tazouite se rendit compte de combien il avait changé, puisqu’il aidait tous ceux qui souhaitaient apprendre un nouveau métier. A la longue il demanda Tazouite en mariage et ils firent eux aussi une ferme alliance ensemble.

Ainsi se fit-il que le village se remplit de paix et de la bénédiction de Dieu. Beaucoup vinrent voir ce que faisait le Peuple d’Amsiggel, et beaucoup crurent pendant ces jours-là et firent passer la nouvelle à d’autres villages. La paix de Dieu se répandit donc partout dans notre pays et atteignit tout endroit. Ils chantèrent, « O Seigneur Dieu, ton nom est grand dans le monde entier, » et « La terre appartient à Dieu, et tout ce que s’y trouve ; le monde appartient à Dieu, et tous ceux qui y demeurent. »