15. Chez le bûcheron

Après ceci ils se levèrent tous, prêts à reprendre leur chemin à travers la forêt. En route Amsiggel leur raconta les idées du bûcheron. « Il regarde les étoiles et y voit la gloire de leur Créateur. Il observe le soleil brûlant et la rivière en crue et y voit sa puissance. Il examine les fleurs de la forêt et comprend que Dieu apprécie la beauté. Il regarde les insectes de la terre et aperçoit qu’ils ont été faits avec une grande sagesse. Mais il lui semble que notre Créateur nous a abandonnés et ne fait plus attention à nous. » Ils continuèrent à marcher jusqu’à ce qu’ils atteignent finalement la maison du bûcheron. Amsiggel l’appela mais personne ne répondit ! Il frappa à la porte mais il n’y avait personne ! Comme ils s’asseyaient pour se reposer, un garçon apparut, marchant à travers les arbres ; ils lui demandèrent, « As-tu vu le bûcheron ? » « Non, » répliqua-t-il. Amsiggel l’interrogea, « Sera-t-il absent toute la journée ou va-t-il bientôt revenir ? » « Lui seul connaît ses affaires ! » répondit le garçon. A peine avait-il parlé, qu’ils entendirent un bruit de pas qui avançaient sous les arbres, et le bûcheron apparut.

Il fut ravi de les voir et, ayant échangé des salutations chaleureuses avec Amsiggel et Tazouite il dit, « J’ai reconnu ta voix de loin quand tu as appelé, et aussitôt que je l’ai entendue je suis venu t’accueillir, toi et tes compagnons. Entrez tous dans la maison. » Il apporta des figues et des raisins et lorsqu’ils furent tous assis Fidèle remarqua, « Ce bûcheron nous a montré quelquechose de très important. Il a entendu la voix d’Amsiggel et il est venu tout de suite, sans tarder un moment, parce qu’Amsiggel est un ami qui lui est particulièrement cher. Et il nous a invité à entrer, nous aussi, parce que nous sommes les compagnons d’Amsiggel. » Il tourna son regard vers eux tous avant d’observer : « Dieu agit de la même façon. Chaque fois que nous l’appelons au nom de notre Sauveur, il nous entend et nous accueille tout de suite, parce qu’il aime beaucoup celui qui nous a emmenés à lui. »

« Je sais qu’il y a un Créateur qui a fait l’humanité, » dit le bûcheron, « mais il est loin à présent, au Ciel le plus haut, et il nous a laissés ici-bas dans ce monde où chacun doit se débrouiller lui-même. » Fidèle le prit par la main. « Regardez les oiseaux du ciel, » dit-il. « Ils ne labourent pas, ni ne moissonnent, ni n’amassent de récoltes dans des greniers, mais leur Créateur leur donne tout ce dont ils ont besoin. Et observe les fleurs de la forêt : elles sont mieux vêtues que Salomon dans la majesté de son royaume. Cela se fait parce qu’un père ne veut jamais laisser ses enfants se débrouiller seuls : il prend soin d’eux et pourvoit à tous leurs besoins. Si nous faisons autant nous-mêmes pour nos propres rejetons, notre Père au Ciel ne fera-t-il encore plus pour nous que nous faisons pour nos propres enfants ? » Puis Fidèle lui dit, « Dieu veut que nous lui racontions toujours nos soucis et nos besoins. Sa parole dit, ‘Demandez à Dieu et il vous le donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez à sa porte et il vous ouvrira.’ »

Le bûcheron avait des doutes. « Pensez-vous que Dieu s’occupe vraiment de nous comme un père qui aime ses enfants ? » demanda-t-il. « Mais quelqu’un qui se soucie de ses enfants, ne les protège-t-il pas de tout ce qui les fait pleurer ? » « Voilà exactement ce qui s’est passé, » précisa Fidèle. « Notre Sauveur est venu ôter tout ce qui nous effraie et nous fait peur. Il a rempli nos cœurs de paix et d’espoir. » « Combien nous remercions Dieu pour cela ! » dit Amsiggel, et tous les autres ajoutèrent, « Amen, amen ! ». Le bûcheron s’étonna : « Croyez-vous donc tous à ce Sauveur ? » L’ermite dit, « Il est venu enlever le fléau affreux de ce monde. » La vieille femme dit, « Il nous a fait entrer dans un abri sûr. » Le nomade dit, « Il nous a montré comment obtenir la faveur de Dieu. » Hamou-le-Nouveau dit, « Il a transformé de mauvais gens et ils sont devenus bons aux yeux de Dieu et de l’homme. » Le forgeron dit, « Il a réglé la dette qui pesait sur nous. » Son frère dit, « Il a fait la paix entre nous et Dieu pour que nous ne craignions plus le Jour du Jugement. »

« Maintenant nous avons toutes ces choses, tout comme nos frères ont dit, » affirma Fidèle, « mais dans le temps à venir il y aura encore plus que ceci, car la sagesse de Dieu et son pouvoir, par lesquels il a créé ce monde, en feront par la suite un autre. Ce vieux monde sera anéanti par le feu et il créera un autre, plein de tout ce qui est bon et qui est beau. De nos jours on appelle notre Sauveur ‘Maître de l’Heure’ parce qu’il reviendra à la fin de l’âge pour ressusciter les morts et les faire entrer dans la nouvelle vie. Il a dit lui-même, ‘Ne vous étonnez pas de ceci, parce que l’heure viendra où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront ma voix, et ils en sortiront.’ Il séparera ceux qui croient en lui de tous les autres et emmenera ceux qui lui appartiennent partager la vie qui est meilleure que la vie de ce monde. »

« Mais comment les morts se lèveront-ils de la terre ? » questionna le bûcheron. « Le corps ne redevient-il poussière ? Comment est-ce qu’il se lèvera ? » « Eh bien, réfléchissez au cas du charbon de bois, » répondit Fidèle. « Il y a quelque temps, ce morceau de charbon était un bâtonnet de bois. Si on le casse, il tombe en morceaux. Si on lui donne un grand coup, il est réduit en poudre. » Mais si vous enterrez ce charbon, il ne pourrira ni s’abîmera jamais. Laissez-le pour cinq ans, été et hiver, et il restera exactement le même. Alors, dites-moi, qu’est-ce qui est entré dans le charbon de bois pour le rendre impérissable ? » « Le feu y est entré, » répliqua le bûcheron, « et l’a changé en charbon. » « Mais qu’est-ce que c’est que le feu ? » demanda Fidèle. « Nous savons que le feu détruit tout ce qu’il touche ; pourtant, il a rendu ce morceau de bois indéstructible. Ceci est une merveille du Seigneur Dieu. Et s’il sait faire une chose pareille dans cet Age du Fléau, ne pourra-t-il faire beaucoup plus quand il fera toutes choses nouvelles ? Il changera ce faible corps qui meurt en un corps robuste qui durera toujours. Il transformera ce corps temporel en un corps qui convient à l’éternité. »

« Ce que vous dites est vrai, » approuva le bûcheron, « car je l’ai vu chez les créatures de la forêt. Par exemple, il y a le têtard qui est noir et nage dans l’eau, puis il grandit et fait pousser des jambes pour ensuite devenir une grenouille verte qui saute sur terre ferme. Ou la chenille aux pattes nombreuses qui mange des feuilles de l’herbe, et devient par la suite un papillon qui boit dans les fleurs et voltige dans le ciel. Si Dieu sait changer le corps des insectes, il ne lui sera pas difficile de changer notre corps humain aussi. » Puis le bûcheron enchaîna, « Tout ceci peut être aperçu par celui qui observe, mais si vous n’étiez pas venus je n’en aurais jamais su la signification. » « Nous devrions remercier Dieu, » dit Fidèle, « parce qu’il nous a montré la vérité telle qu’elle est. »

Ils levèrent donc la voix en chantant, « Louez Dieu, car il est bon ; il agit toujours selon son amour inébranlable). » Ils passèrent quelques jours chez le bûcheron avant de reprendre encore une fois le chemin qui menait au village d’Amsiggel et Tazouite. Il les accompagna.