16. Dans le village

Sortant de la forêt, ils poursuivirent leur route parmi des champs. Ils remarquèrent combien la terre était sèche et pleine de crevasses, ayant grand besoin de pluie. Comme ils s’approchaient du village, ils causaient l’un avec l’autre – tous sauf Tazouite, qui était silencieuse. Elle s’approcha de Miel. « Faut-il vraiment que nous rentrions dans notre village, mon frère et moi ? » demanda-t-elle. « Ne pouvons-nous pas rebrousser chemin pour demeurer chez vous ? Tout ce qui nous attend ici, c’est des ennuis ! » « Ne t’inquiète pas, Tazouite, » répondit-elle. « Nous avons avec nous Celui qui sait te protéger de tout ce qui te cause des ennuis. »

Un peu plus loin Tazouite lui parla encore une fois. « Je plains beaucoup la vieille femme, la pauvre ! » s’exclama-t-elle. « Son mari l’a renvoyée, on lui a enlevé ses enfants, et maintenant elle est seule dans la forêt sans que personne ne s’occupe d’elle. » « Pour nous qui sont appelés le Peuple de la Paix, » dit Miel, « le divorce n’est pas permis. Le jour du mariage, le marié et la mariée font une alliance, en donnant leur promesse d’être toujours loyal et patient l’un avec l’autre. » « Quelle merveille ! » s’écria Tazouite. « Au début, » enchaîna Miel, « Dieu a créé un seul homme et lui a donné une seule femme – non pas deux ou quatre – pour qu’ils s’aident l’un l’autre à parcourir les mauvais moments et se réjouissent ensemble pendant les bons moments. Quant à la vieille femme, nous ne savons pas encore ce qui lui arrivera ou comment exactement Dieu la bénira, mais il est écrit dans sa parole, ‘Ceux qui aiment Dieu, ceux qu’il a appelés selon son plan, nous savons qu’il leur fait du bien dans tout ce qui leur arrive.’ J’ai confiance en cette promesse : sans aucun doute, il lui fera du bien ! »

Tout en marchant, Amsiggel pensait à son ennemi Iguider, celui qui l’avait tourmenté dans le passé. Pendant qu’il réfléchissait à ces choses, il commença à pleuvoir ; ils s’abritèrent sous un arbre térébinthe. « Qu’est-ce qui te tracasse, Amsiggel ? » s’enquérit Fidèle. « Je me suis souvenu d’un ennemi que j’ai en cet endroit, » dit-il, « et je ne sais pas que faire à son sujet. » Ils se turent, en regardant tomber la pluie. Puis Fidèle lui dit, « Regardez ces champs, combien la terre est sèche. Les villageois ont grand besoin d’eau et en ce moment même Dieu leur a envoyé du soulagement, comme si nous leur avions apporté nous-mêmes une bénédiction du ciel. Voici ce que Dieu fait en sa bienveillance – alors, qu’en penses-tu, Amsiggel ? Ne devrions-nous pas, nous aussi, faire du bien à ceux qui nous ont maltraités ? Notre Sauveur a dit, ‘Soyez bons envers vos ennemis et demandez à Dieu de prendre en miséricorde ceux qui vous maltraitent – ainsi vous serez comme Dieu qui est au Ciel.’ » Fidèle le fixa du regard et remarqua, « O Amsiggel, nous ne savons pas encore ce que Dieu va accomplir dans ton village ! »

Lorsque la pluie s’arrêta, ils reprirent la route. Après environ une demi-heure de marche, ils arrivèrent au village : c’était le soir. Ils furent très étonnés de trouver le village tout silencieux comme s’il était désert – personne dans les champs ni sur le seuil de l’épicerie. Lorsqu’ils arrivèrent devant la maison d’Amsiggel et Tazouite, ils trouvèrent quelques hommes sur le pas de la porte. Amsiggel les interrogea, « Qu’est-ce qui se passe ? » « Il y a une maladie dans tout le village, » répondirent-ils. « Quelques-uns sont morts et d’autres sont mourants. Ton grandpère, le pauvre, est à l’intérieur et ça se passe plutôt mal pour lui. » Amsiggel les questionna au sujet de son père : « Est-ce qu’il est revenu ou est-il toujours en ville ? » « Ses nouvelles ne sont pas du tout ce que tu as envie d’entendre, » répliquèrent-ils. « Il est en prison. »

Amsiggel et Tazouite entrèrent voir le vieillard. Ouvrant ses yeux, il les aperçut et ils s’approchèrent de lui. Le vieillard souffla, « Si seulement elle pourrait revenir pour que je la voie avant de partir ! Chacun de nous paie le prix pour ce qu’il a fait ! » « Je ne comprends pas ce que tu veux dire, Pépé, » dit Amsiggel. Tazouite pleurait. Puis ils entendirent un bruit à l’entrée de la pièce et la vieille femme entra, un verre à la main. Elle le donna à Tazouite en disant, « Fais-lui boire ceci. » Amsiggel et Tazouite furent extrèmement surpris ; ils le donnèrent au vieillard. Il prit le verre et but le médicament, puis ferma les yeux et peu à peu il s’endormit. Ils quittèrent alors la pièce, pleurant, sans savoir s’il allait vivre ou mourir.

Puis Fidèle les rassembla. « Il se fait tard, » dit-il. « Montrez-nous où se trouve une source, parce que nous n’allons pas puiser de l’eau dans le puits d’ici ! » Ils partirent alors apporter de l’eau de la source, et après environ une heure la nuit tomba. Ils se rassemblèrent tous dans la cour de la maison en priant : « O Seigneur Dieu, tu as créé le monde et tout ce que s’y trouve. Nous savons que tu es capable de guérir le vieillard et nous te demandons de révéler ta sagesse, ton pouvoir et ta bonté aux gens de ce village et de lui rendre sa santé, au nom de notre Sauveur. » Tout le monde dit « Amen. »

Une heure passa et tout le monde succomba au sommeil, sauf Amsiggel et Fidèle, qui firent le guet. Environ trois heures plus tard, le vieillard se réveilla et demanda à boire ; ils lui en donnèrent. Le lendemain matin, lorsqu’ils se réveillèrent tous, le vieillard était toujours profondément endormi. Les voisins entrèrent en apportant de la bouillie et Fidèle leur demanda, « Est-ce seulement dans ce village qu’on est malade, ou dans d’autres villages aussi ? » « Nous sommes les seuls, » répondirent-ils. « Il semble bien que Dieu nous punit pour nos méfaits, parce que les autres villages vont parfaitement bien. » Puis Amsiggel et Fidèle allèrent jeter un coup d’œil au puits. Il n’y avait rien de particulier à voir, mais ils remarquèrent une odeur assez désagréable. Fidèle descendit jusqu’à ce qu’il atteignît l’eau, puis il remonta et dit à Amsiggel, « Il est plein de poissons ! »

Ils rentrèrent à la maison pour appeler leurs compagnons. Quand ils y arrivèrent, ils trouvèrent le vieillard assis dans son lit, la fièvre partie. En les aperçevant, il dit, « Venez, tout le monde : j’ai quelquechose à vous dire ! » Ils se rassemblèrent autour de lui et il dit, « J’ai fait une chose dont j’ai honte. J’ai fait attention aux mensonges malveillants de quelques femmes qui se sont interposées entre ma femme et moi. » Puis il prit la vieille femme par la main en disant, « Cette femme bénie m’a sauvé la vie. Je l’ai traitée très mal, mais elle par contre m’a traité très bien. Je l’ai chassée de la maison, mais elle a chassé la fièvre de mon corps ! Dites-moi alors, vous tous, ce que je dois faire. » Ils se turent, puis Fidèle prit la parole : « Prenez-la, » dit-il avec bienveillance, « comme Dieu le désire. Elle est votre femme et il est écrit, ‘Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas’. » Ce dicton leur plut à tous et Amsiggel déclara alors, « Nous avons vu aujourd’hui que Dieu sait réunir ceux qui étaient séparés. » Le bûcheron ajouta, « Il sait pourvoir à tous nos besoins ! » L’ermite enchaîna, « Il sait reconstruire ce qui était ruiné ! » Le nomade dit, « Il sait nous faire sortir de n’importe quelle difficulté ! » Hamou-le-Nouveau s’exclama, « Il sait transformer le mal en bien ! » Le forgeron remarqua, « Il sait nous libérer de tout ce dont nous avions honte ! » Ensuite, en les regardant tous à tour de rôle, la vieille femme affirma, « Il sait nous faire entrer dans la sécurité parfaite ! Au cours de mon songe il m’a dit, ‘Dans la vie de ce monde tu verras la bonté de Dieu.’ Et maintenant en effet je l’ai vue. »

Ils parlaient toujours quand un homme entra. Tazouite poussa un cri perçant. « Papa ! » s’exclama-t-elle. C’était bien le père d’Amsiggel et de Tazouite, le fils du vieillard et de la vieille femme. Ils se précipitèrent à sa rencontre, tout le monde parlant et posant des questions en même temps, et remerciant Dieu. Il demanda le silence pour qu’il puisse leur raconter ce qui s’était passé. « Un jour, » dit-il, « j’ai demandé au chef qu’il me paie. Il a refusé, donc j’ai fini par me bagarrer avec lui, et on m’a emmené en prison. Mais je remercie Dieu pour tout cela, car dans la prison j’ai rencontré deux hommes. Je leur ai demandé ce qu’ils avaient fait et ils m’ont dit qu’ils n’avaient fait aucun mal. On n’avait qu’une seule chose contre eux : ils priaient Dieu au nom du Christ. Je leur ai dit, ‘Ce n’est pas un méfait que de prier !’ En effet, lorsqu’on les a interrogés, on a trouvé qu’ils n’avaient rien fait contre la loi et ils ont été relâchés tout de suite. Mais ils ont discuté avec moi au sujet du Christ, disant que Dieu l’avait envoyé pour qu’il fasse une alliance de paix entre Dieu et l’humanité. Leurs paroles m’ont impressionné. Je leur ai demandé où ils avaient entendu ces choses et ils m’ont affirmé qu’il y a beaucoup de gens dans notre pays qui croient comme eux. »

Quand ils entendirent tout ceci, ils furent remplis de joie et remercièrent Dieu. Puis Fidèle se leva et saisit la main du père d’Amsiggel et de Tazouite en lui disant, « Aujourd’hui nous avons vu que notre Sauveur a dit la vérité lorsqu’il a déclaré, ‘Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit aura la lumière de la vie et ne marchera jamais dans les ténèbres.’ » Leur père s’étonna beaucoup. Il les regarda tous en disant, « Est-ce que vous croyez en Christ, vous aussi ? » « Les gens de notre village, » répondit Fidèle, « ont pris la voie du Christ il y a longtemps. » En entendant ceci, il s’étonna davantage. « Les gens d’antan croyaient-ils eux aussi au Christ ? » demanda-t-il. « Beaucoup d’entre eux étaient chrétiens, » répondit Fidèle, « et il y avaient parmi eux de grands savants. Ils appartenaient à notre patrie et ils sont célèbres jusqu’à ce jour partout dans le monde. » « Ils nous ont laissé un livre ancien, » ajouta-t-il, « dans lequel est écrit le récit de ce que le Christ a dit et ce qu’il a fait. » Leur père lui posa la question : « Est-ce que vous l’avez toujours, ce livre ? » « Mais oui, nous l’avons toujours, » répliqua Fidèle, « et bien qu’il soit très ancien, il n’en manque pas une seule page. » « Est-ce que vous le lisez tous ? » s’enquérit-il. « Chacun de nous prend là-dedans ce dont il a besoin, » répondit Fidèle, « et il le recopie à la main afin de le mémoriser et de le mettre en pratique dans sa vie. » En entendant ceci, tout le monde se réjouit et s’émerveilla de tout ce que Dieu avait fait.