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Après cela ils allèrent au puits ; ils enlevèrent les poissons avec des seaux, tout en versant l’eau sur un terrain vague. Ils continuèrent ce travail pendant cinq jours, jusqu’à ce qu’ils eussent nettoyé le puits à fond. Ils y mirent alors un produit afin de tuer tout ce qui y restait.
A ce moment-là plusieurs personnes passèrent, traînant un jeune homme attaché avec des cordes. Amsiggel le reconnut comme Iguider. « Qu’est-ce qu’il a fait ? » demanda Amsiggel. « Ce misérable, » répondirent-ils, « a volé notre vache. Et la semaine dernière il a volé de l’orge à l’hameau d’Aït-Sukka. Puis hier il a volé la sacoche d’Addi dans le potager. C’est lui en effet qui a pris la caisse dans l’épicerie à l’époque où les villageois t’ont chassé ! » « Laissez-moi lui dire un mot, s’il vous plaît, » répliqua Amsiggel. Ils s’arrêtèrent et Amsiggel lui dit, « Iguider, est-ce bien vrai que tu as fait tout cela ? » « Je suis dans le pétrin ! » répondit-il. « Cette maladie a tué mon père et ma mère, et mes petits frères et mes sœurs n’ont personne sauf moi. Et quant à moi, on me conduit actuellement chez le caïd ! » « Ne t’inquiète pas pour ta famille, Iguider ! » s’exclama Amsiggel. « Nous en prendrons soin jusqu’à ce que tu reviennes. » « Mais pourquoi, Amsiggel, » demanda-t-il, « me fais-tu du bien, tandis que moi, je ne t’ai fait que du mal ? » « Je vais t’expliquer pourquoi, » répondit-il, « alors tu seras heureux, toi aussi, et tu connaîtras la Voie de la Paix. »
Cette nuit-là, Amsiggel rêva. Dans son rêve il vit un ange se tenant dans la pièce où dormait le vieillard. L’ange lui donna une pelle et lui montra où il devait creuser, dans le coin de la pièce. Il creusa jusqu’à ce qu’il frappât quelquechose de solide, puis il creusa encore, et apparut une grosse caisse en bois. Il ouvrit la caisse et la trouva pleine d’or et d’argent. Quand il se réveilla le lendemain matin, il alla raconter son rêve à son grandpère. Le vieillard le regarda avant de dire, « Bon, le moment est venu pour moi de délivrer ce que le Seigneur Dieu m’a confié. Apporte la pelle ! » Amsiggel se mit à creuser dans le sol du coin jusqu’à ce qu’il rencontrât quelquechose de solide. A mesure qu’il enlevait la terre, une caisse apparut, exactement comme celle de son rêve. Lorsqu’ils l’ouvrirent, ils la trouvèrent remplie de bracelets et de broches en or et en argent. Amsiggel demanda, « D’où vient toute cette richesse, Pépé ? » « Mon père à moi était orfèvre, » répondit le vieillard, « au service du roi. Il m’a laissé tout ceci en disant, ‘Cache-le dans un endroit sûr jusqu’à ce que tu trouves quelqu’un capable de faire la paix entre nous et Dieu et entre l’homme et ses voisins, et entre l’homme et soi-même.’ Et Dieu nous a montré que maintenant le temps de cette paix est arrivé. » « Mais qu’allons-nous faire de ces biens, Pépé ? » s’enquérit Amsiggel. « Nous allons en faire du bien ! » répliqua-t-il. « Lance-toi, mon cher garçon : fais construire une école où les enfants trouveront une réponse à toutes leurs questions, fais construire une clinique où les malades seront guéris, fais construire un atelier où les pauvres gagneront leur vie, et ainsi tu donneras de la vie nouvelle et de l’espérance solide au village tout entier. »
« O Pépé ! » s’exclama Amsiggel. « Tu as vu tout ceci de loin et tu as tout compris et tout su avant que ça se passe ! » « Je ne savais rien, » répondit le vieillard, « mais j’ai toujours vécu d’espoir, depuis le moment où il est né un garçon parmi le tonnerre et la foudre, un sourire aux lèvres. Cette nuit-là j’ai dit, ‘Une tempête nous a apporté cet enfant, mais il survivra à la tempête. Né dans les ténèbres, il nous conduira à la lumière ; né dans le tonnerre et la foudre, il nous apportera la paix qui nous délivrera de tout ce qui nous abat.’ Et maintenant Amsiggel, tu as fait tout ce que j’ai imaginé, puisque tu as découvert la Voie de la Paix. » « Crois-tu, Pépé, » questionna Amsiggel, « en notre Sauveur ? » « J’ai vu de mes propres yeux, » répliqua-t-il, « celui qui sait transformer l’infamie en honneur, le conflit en paix, les larmes en joie, la malveillance en bonté, des ennemis en amis bien-aimés. J’ai observé les miracles qu’il a accomplis parmi nous : qu’est-ce qu’il me faut de plus pour croire en lui ? Il n’y a personne d’autre capable de faire la paix entre l’homme et Dieu, entre l’homme et son voisin, ou entre l’homme et lui-même, sauf lui seul. » Puis le vieillard dit, « A présent j’ai accompli ce qui a été ordonné pour moi, ayant délivré ce que Dieu m’a confié. J’ai passé assez de temps dans ce monde, et maintenant j’ai envie d’entrer dans l’abri sûr et éternel. J’ai confiance en celui en lequel j’ai cru, qu’il gardera ce que je lui ai confié jusqu’au Dernier Jour. » Amsiggel pleura, mais le vieillard dit, « Ne pleure pas, mon enfant. Je te laisse en paix et en repos jusqu’à ce que nous nous rencontrions au Paradis. » A peine avait-il prononcé ces paroles, que son esprit prit son départ.
La vieille femme continua à vivre avec Amsiggel et sa sœur. Elle faisait la cuisine, apportait l’eau, lavait le linge, et s’occupait d’eux et de leurs hôtes, aussi bien que les frères et sœurs d’Iguider. Tout le monde aidait avec le travail de construction selon les paroles du vieillard. Leur père rentra en ville et envoya une lettre parlant de son travail et des chrétiens avec lesquels il se réunissait.
Plusieurs mois s’écoulèrent et les hôtes décidèrent de rentrer, chacun chez soi – tous à part la vieille femme, qui restait là. Tous les deux mois ils revinrent voir Amsiggel et Tazouite, et ils se réunissaient tous pour louer Dieu, lire sa parole et s’encourager les uns les autres. Jour après jour Amsiggel enseignait dans l’école et les enfants l’interrogaient au sujet de tout ce qu’ils ignoraient, et il les instruisait concernant la connaissance du monde et du Paradis, à partir des livres que lui apportaient le Peuple de Paix. Tazouite travaillait dans la clinique, distribuant les remèdes de la vieille femme à tous les malades. D’autres travaillaient dans l’atelier, fabriquant des couvertures en laine, des sandales en cuir et des ustensiles et des meubles en bois. Tout ce qu’ils produisaient était solide et bien fait, et ils le vendaient dans le souk. Leurs marchandises étaient très demandées et on avait l’habitude de dire, « Voici qui est solide et fait avec soin – c’est bien du travail du Peuple d’Amsiggel. »
Après quelques mois encore, Amsiggel se maria avec Miel. Ils firent une ferme alliance de toujours s’entr’aider, avec loyauté et patience. Quand Iguider fut relâché de prison, il s’embarqua lui aussi sur la Voie de la Paix, regrettant tout le mal qu’il avait fait dans le passé. Tazouite se rendit compte de combien il avait changé, puisqu’il aidait tous ceux qui souhaitaient apprendre un nouveau métier. A la longue il demanda Tazouite en mariage et ils firent eux aussi une ferme alliance ensemble.
Ainsi se fit-il que le village se remplit de paix et de la bénédiction de Dieu. Beaucoup vinrent voir ce que faisait le Peuple d’Amsiggel, et beaucoup crurent pendant ces jours-là et firent passer la nouvelle à d’autres villages. La paix de Dieu se répandit donc partout dans notre pays et atteignit tout endroit. Ils chantèrent, « O Seigneur Dieu, ton nom est grand dans le monde entier, » et « La terre appartient à Dieu, et tout ce que s’y trouve ; le monde appartient à Dieu, et tous ceux qui y demeurent. »
Sortant de la forêt, ils poursuivirent leur route parmi des champs. Ils remarquèrent combien la terre était sèche et pleine de crevasses, ayant grand besoin de pluie. Comme ils s’approchaient du village, ils causaient l’un avec l’autre – tous sauf Tazouite, qui était silencieuse. Elle s’approcha de Miel. « Faut-il vraiment que nous rentrions dans notre village, mon frère et moi ? » demanda-t-elle. « Ne pouvons-nous pas rebrousser chemin pour demeurer chez vous ? Tout ce qui nous attend ici, c’est des ennuis ! » « Ne t’inquiète pas, Tazouite, » répondit-elle. « Nous avons avec nous Celui qui sait te protéger de tout ce qui te cause des ennuis. »
Un peu plus loin Tazouite lui parla encore une fois. « Je plains beaucoup la vieille femme, la pauvre ! » s’exclama-t-elle. « Son mari l’a renvoyée, on lui a enlevé ses enfants, et maintenant elle est seule dans la forêt sans que personne ne s’occupe d’elle. » « Pour nous qui sont appelés le Peuple de la Paix, » dit Miel, « le divorce n’est pas permis. Le jour du mariage, le marié et la mariée font une alliance, en donnant leur promesse d’être toujours loyal et patient l’un avec l’autre. » « Quelle merveille ! » s’écria Tazouite. « Au début, » enchaîna Miel, « Dieu a créé un seul homme et lui a donné une seule femme – non pas deux ou quatre – pour qu’ils s’aident l’un l’autre à parcourir les mauvais moments et se réjouissent ensemble pendant les bons moments. Quant à la vieille femme, nous ne savons pas encore ce qui lui arrivera ou comment exactement Dieu la bénira, mais il est écrit dans sa parole, ‘Ceux qui aiment Dieu, ceux qu’il a appelés selon son plan, nous savons qu’il leur fait du bien dans tout ce qui leur arrive.’ J’ai confiance en cette promesse : sans aucun doute, il lui fera du bien ! »
Tout en marchant, Amsiggel pensait à son ennemi Iguider, celui qui l’avait tourmenté dans le passé. Pendant qu’il réfléchissait à ces choses, il commença à pleuvoir ; ils s’abritèrent sous un arbre térébinthe. « Qu’est-ce qui te tracasse, Amsiggel ? » s’enquérit Fidèle. « Je me suis souvenu d’un ennemi que j’ai en cet endroit, » dit-il, « et je ne sais pas que faire à son sujet. » Ils se turent, en regardant tomber la pluie. Puis Fidèle lui dit, « Regardez ces champs, combien la terre est sèche. Les villageois ont grand besoin d’eau et en ce moment même Dieu leur a envoyé du soulagement, comme si nous leur avions apporté nous-mêmes une bénédiction du ciel. Voici ce que Dieu fait en sa bienveillance – alors, qu’en penses-tu, Amsiggel ? Ne devrions-nous pas, nous aussi, faire du bien à ceux qui nous ont maltraités ? Notre Sauveur a dit, ‘Soyez bons envers vos ennemis et demandez à Dieu de prendre en miséricorde ceux qui vous maltraitent – ainsi vous serez comme Dieu qui est au Ciel.’ » Fidèle le fixa du regard et remarqua, « O Amsiggel, nous ne savons pas encore ce que Dieu va accomplir dans ton village ! »
Lorsque la pluie s’arrêta, ils reprirent la route. Après environ une demi-heure de marche, ils arrivèrent au village : c’était le soir. Ils furent très étonnés de trouver le village tout silencieux comme s’il était désert – personne dans les champs ni sur le seuil de l’épicerie. Lorsqu’ils arrivèrent devant la maison d’Amsiggel et Tazouite, ils trouvèrent quelques hommes sur le pas de la porte. Amsiggel les interrogea, « Qu’est-ce qui se passe ? » « Il y a une maladie dans tout le village, » répondirent-ils. « Quelques-uns sont morts et d’autres sont mourants. Ton grandpère, le pauvre, est à l’intérieur et ça se passe plutôt mal pour lui. » Amsiggel les questionna au sujet de son père : « Est-ce qu’il est revenu ou est-il toujours en ville ? » « Ses nouvelles ne sont pas du tout ce que tu as envie d’entendre, » répliquèrent-ils. « Il est en prison. »
Amsiggel et Tazouite entrèrent voir le vieillard. Ouvrant ses yeux, il les aperçut et ils s’approchèrent de lui. Le vieillard souffla, « Si seulement elle pourrait revenir pour que je la voie avant de partir ! Chacun de nous paie le prix pour ce qu’il a fait ! » « Je ne comprends pas ce que tu veux dire, Pépé, » dit Amsiggel. Tazouite pleurait. Puis ils entendirent un bruit à l’entrée de la pièce et la vieille femme entra, un verre à la main. Elle le donna à Tazouite en disant, « Fais-lui boire ceci. » Amsiggel et Tazouite furent extrèmement surpris ; ils le donnèrent au vieillard. Il prit le verre et but le médicament, puis ferma les yeux et peu à peu il s’endormit. Ils quittèrent alors la pièce, pleurant, sans savoir s’il allait vivre ou mourir.
Puis Fidèle les rassembla. « Il se fait tard, » dit-il. « Montrez-nous où se trouve une source, parce que nous n’allons pas puiser de l’eau dans le puits d’ici ! » Ils partirent alors apporter de l’eau de la source, et après environ une heure la nuit tomba. Ils se rassemblèrent tous dans la cour de la maison en priant : « O Seigneur Dieu, tu as créé le monde et tout ce que s’y trouve. Nous savons que tu es capable de guérir le vieillard et nous te demandons de révéler ta sagesse, ton pouvoir et ta bonté aux gens de ce village et de lui rendre sa santé, au nom de notre Sauveur. » Tout le monde dit « Amen. »
Une heure passa et tout le monde succomba au sommeil, sauf Amsiggel et Fidèle, qui firent le guet. Environ trois heures plus tard, le vieillard se réveilla et demanda à boire ; ils lui en donnèrent. Le lendemain matin, lorsqu’ils se réveillèrent tous, le vieillard était toujours profondément endormi. Les voisins entrèrent en apportant de la bouillie et Fidèle leur demanda, « Est-ce seulement dans ce village qu’on est malade, ou dans d’autres villages aussi ? » « Nous sommes les seuls, » répondirent-ils. « Il semble bien que Dieu nous punit pour nos méfaits, parce que les autres villages vont parfaitement bien. » Puis Amsiggel et Fidèle allèrent jeter un coup d’œil au puits. Il n’y avait rien de particulier à voir, mais ils remarquèrent une odeur assez désagréable. Fidèle descendit jusqu’à ce qu’il atteignît l’eau, puis il remonta et dit à Amsiggel, « Il est plein de poissons ! »
Ils rentrèrent à la maison pour appeler leurs compagnons. Quand ils y arrivèrent, ils trouvèrent le vieillard assis dans son lit, la fièvre partie. En les aperçevant, il dit, « Venez, tout le monde : j’ai quelquechose à vous dire ! » Ils se rassemblèrent autour de lui et il dit, « J’ai fait une chose dont j’ai honte. J’ai fait attention aux mensonges malveillants de quelques femmes qui se sont interposées entre ma femme et moi. » Puis il prit la vieille femme par la main en disant, « Cette femme bénie m’a sauvé la vie. Je l’ai traitée très mal, mais elle par contre m’a traité très bien. Je l’ai chassée de la maison, mais elle a chassé la fièvre de mon corps ! Dites-moi alors, vous tous, ce que je dois faire. » Ils se turent, puis Fidèle prit la parole : « Prenez-la, » dit-il avec bienveillance, « comme Dieu le désire. Elle est votre femme et il est écrit, ‘Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas’. » Ce dicton leur plut à tous et Amsiggel déclara alors, « Nous avons vu aujourd’hui que Dieu sait réunir ceux qui étaient séparés. » Le bûcheron ajouta, « Il sait pourvoir à tous nos besoins ! » L’ermite enchaîna, « Il sait reconstruire ce qui était ruiné ! » Le nomade dit, « Il sait nous faire sortir de n’importe quelle difficulté ! » Hamou-le-Nouveau s’exclama, « Il sait transformer le mal en bien ! » Le forgeron remarqua, « Il sait nous libérer de tout ce dont nous avions honte ! » Ensuite, en les regardant tous à tour de rôle, la vieille femme affirma, « Il sait nous faire entrer dans la sécurité parfaite ! Au cours de mon songe il m’a dit, ‘Dans la vie de ce monde tu verras la bonté de Dieu.’ Et maintenant en effet je l’ai vue. »
Ils parlaient toujours quand un homme entra. Tazouite poussa un cri perçant. « Papa ! » s’exclama-t-elle. C’était bien le père d’Amsiggel et de Tazouite, le fils du vieillard et de la vieille femme. Ils se précipitèrent à sa rencontre, tout le monde parlant et posant des questions en même temps, et remerciant Dieu. Il demanda le silence pour qu’il puisse leur raconter ce qui s’était passé. « Un jour, » dit-il, « j’ai demandé au chef qu’il me paie. Il a refusé, donc j’ai fini par me bagarrer avec lui, et on m’a emmené en prison. Mais je remercie Dieu pour tout cela, car dans la prison j’ai rencontré deux hommes. Je leur ai demandé ce qu’ils avaient fait et ils m’ont dit qu’ils n’avaient fait aucun mal. On n’avait qu’une seule chose contre eux : ils priaient Dieu au nom du Christ. Je leur ai dit, ‘Ce n’est pas un méfait que de prier !’ En effet, lorsqu’on les a interrogés, on a trouvé qu’ils n’avaient rien fait contre la loi et ils ont été relâchés tout de suite. Mais ils ont discuté avec moi au sujet du Christ, disant que Dieu l’avait envoyé pour qu’il fasse une alliance de paix entre Dieu et l’humanité. Leurs paroles m’ont impressionné. Je leur ai demandé où ils avaient entendu ces choses et ils m’ont affirmé qu’il y a beaucoup de gens dans notre pays qui croient comme eux. »
Quand ils entendirent tout ceci, ils furent remplis de joie et remercièrent Dieu. Puis Fidèle se leva et saisit la main du père d’Amsiggel et de Tazouite en lui disant, « Aujourd’hui nous avons vu que notre Sauveur a dit la vérité lorsqu’il a déclaré, ‘Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit aura la lumière de la vie et ne marchera jamais dans les ténèbres.’ » Leur père s’étonna beaucoup. Il les regarda tous en disant, « Est-ce que vous croyez en Christ, vous aussi ? » « Les gens de notre village, » répondit Fidèle, « ont pris la voie du Christ il y a longtemps. » En entendant ceci, il s’étonna davantage. « Les gens d’antan croyaient-ils eux aussi au Christ ? » demanda-t-il. « Beaucoup d’entre eux étaient chrétiens, » répondit Fidèle, « et il y avaient parmi eux de grands savants. Ils appartenaient à notre patrie et ils sont célèbres jusqu’à ce jour partout dans le monde. » « Ils nous ont laissé un livre ancien, » ajouta-t-il, « dans lequel est écrit le récit de ce que le Christ a dit et ce qu’il a fait. » Leur père lui posa la question : « Est-ce que vous l’avez toujours, ce livre ? » « Mais oui, nous l’avons toujours, » répliqua Fidèle, « et bien qu’il soit très ancien, il n’en manque pas une seule page. » « Est-ce que vous le lisez tous ? » s’enquérit-il. « Chacun de nous prend là-dedans ce dont il a besoin, » répondit Fidèle, « et il le recopie à la main afin de le mémoriser et de le mettre en pratique dans sa vie. » En entendant ceci, tout le monde se réjouit et s’émerveilla de tout ce que Dieu avait fait.
Après ceci ils se levèrent tous, prêts à reprendre leur chemin à travers la forêt. En route Amsiggel leur raconta les idées du bûcheron. « Il regarde les étoiles et y voit la gloire de leur Créateur. Il observe le soleil brûlant et la rivière en crue et y voit sa puissance. Il examine les fleurs de la forêt et comprend que Dieu apprécie la beauté. Il regarde les insectes de la terre et aperçoit qu’ils ont été faits avec une grande sagesse. Mais il lui semble que notre Créateur nous a abandonnés et ne fait plus attention à nous. » Ils continuèrent à marcher jusqu’à ce qu’ils atteignent finalement la maison du bûcheron. Amsiggel l’appela mais personne ne répondit ! Il frappa à la porte mais il n’y avait personne ! Comme ils s’asseyaient pour se reposer, un garçon apparut, marchant à travers les arbres ; ils lui demandèrent, « As-tu vu le bûcheron ? » « Non, » répliqua-t-il. Amsiggel l’interrogea, « Sera-t-il absent toute la journée ou va-t-il bientôt revenir ? » « Lui seul connaît ses affaires ! » répondit le garçon. A peine avait-il parlé, qu’ils entendirent un bruit de pas qui avançaient sous les arbres, et le bûcheron apparut.
Il fut ravi de les voir et, ayant échangé des salutations chaleureuses avec Amsiggel et Tazouite il dit, « J’ai reconnu ta voix de loin quand tu as appelé, et aussitôt que je l’ai entendue je suis venu t’accueillir, toi et tes compagnons. Entrez tous dans la maison. » Il apporta des figues et des raisins et lorsqu’ils furent tous assis Fidèle remarqua, « Ce bûcheron nous a montré quelquechose de très important. Il a entendu la voix d’Amsiggel et il est venu tout de suite, sans tarder un moment, parce qu’Amsiggel est un ami qui lui est particulièrement cher. Et il nous a invité à entrer, nous aussi, parce que nous sommes les compagnons d’Amsiggel. » Il tourna son regard vers eux tous avant d’observer : « Dieu agit de la même façon. Chaque fois que nous l’appelons au nom de notre Sauveur, il nous entend et nous accueille tout de suite, parce qu’il aime beaucoup celui qui nous a emmenés à lui. »
« Je sais qu’il y a un Créateur qui a fait l’humanité, » dit le bûcheron, « mais il est loin à présent, au Ciel le plus haut, et il nous a laissés ici-bas dans ce monde où chacun doit se débrouiller lui-même. » Fidèle le prit par la main. « Regardez les oiseaux du ciel, » dit-il. « Ils ne labourent pas, ni ne moissonnent, ni n’amassent de récoltes dans des greniers, mais leur Créateur leur donne tout ce dont ils ont besoin. Et observe les fleurs de la forêt : elles sont mieux vêtues que Salomon dans la majesté de son royaume. Cela se fait parce qu’un père ne veut jamais laisser ses enfants se débrouiller seuls : il prend soin d’eux et pourvoit à tous leurs besoins. Si nous faisons autant nous-mêmes pour nos propres rejetons, notre Père au Ciel ne fera-t-il encore plus pour nous que nous faisons pour nos propres enfants ? » Puis Fidèle lui dit, « Dieu veut que nous lui racontions toujours nos soucis et nos besoins. Sa parole dit, ‘Demandez à Dieu et il vous le donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez à sa porte et il vous ouvrira.’ »
Le bûcheron avait des doutes. « Pensez-vous que Dieu s’occupe vraiment de nous comme un père qui aime ses enfants ? » demanda-t-il. « Mais quelqu’un qui se soucie de ses enfants, ne les protège-t-il pas de tout ce qui les fait pleurer ? » « Voilà exactement ce qui s’est passé, » précisa Fidèle. « Notre Sauveur est venu ôter tout ce qui nous effraie et nous fait peur. Il a rempli nos cœurs de paix et d’espoir. » « Combien nous remercions Dieu pour cela ! » dit Amsiggel, et tous les autres ajoutèrent, « Amen, amen ! ». Le bûcheron s’étonna : « Croyez-vous donc tous à ce Sauveur ? » L’ermite dit, « Il est venu enlever le fléau affreux de ce monde. » La vieille femme dit, « Il nous a fait entrer dans un abri sûr. » Le nomade dit, « Il nous a montré comment obtenir la faveur de Dieu. » Hamou-le-Nouveau dit, « Il a transformé de mauvais gens et ils sont devenus bons aux yeux de Dieu et de l’homme. » Le forgeron dit, « Il a réglé la dette qui pesait sur nous. » Son frère dit, « Il a fait la paix entre nous et Dieu pour que nous ne craignions plus le Jour du Jugement. »
« Maintenant nous avons toutes ces choses, tout comme nos frères ont dit, » affirma Fidèle, « mais dans le temps à venir il y aura encore plus que ceci, car la sagesse de Dieu et son pouvoir, par lesquels il a créé ce monde, en feront par la suite un autre. Ce vieux monde sera anéanti par le feu et il créera un autre, plein de tout ce qui est bon et qui est beau. De nos jours on appelle notre Sauveur ‘Maître de l’Heure’ parce qu’il reviendra à la fin de l’âge pour ressusciter les morts et les faire entrer dans la nouvelle vie. Il a dit lui-même, ‘Ne vous étonnez pas de ceci, parce que l’heure viendra où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront ma voix, et ils en sortiront.’ Il séparera ceux qui croient en lui de tous les autres et emmenera ceux qui lui appartiennent partager la vie qui est meilleure que la vie de ce monde. »
« Mais comment les morts se lèveront-ils de la terre ? » questionna le bûcheron. « Le corps ne redevient-il poussière ? Comment est-ce qu’il se lèvera ? » « Eh bien, réfléchissez au cas du charbon de bois, » répondit Fidèle. « Il y a quelque temps, ce morceau de charbon était un bâtonnet de bois. Si on le casse, il tombe en morceaux. Si on lui donne un grand coup, il est réduit en poudre. » Mais si vous enterrez ce charbon, il ne pourrira ni s’abîmera jamais. Laissez-le pour cinq ans, été et hiver, et il restera exactement le même. Alors, dites-moi, qu’est-ce qui est entré dans le charbon de bois pour le rendre impérissable ? » « Le feu y est entré, » répliqua le bûcheron, « et l’a changé en charbon. » « Mais qu’est-ce que c’est que le feu ? » demanda Fidèle. « Nous savons que le feu détruit tout ce qu’il touche ; pourtant, il a rendu ce morceau de bois indéstructible. Ceci est une merveille du Seigneur Dieu. Et s’il sait faire une chose pareille dans cet Age du Fléau, ne pourra-t-il faire beaucoup plus quand il fera toutes choses nouvelles ? Il changera ce faible corps qui meurt en un corps robuste qui durera toujours. Il transformera ce corps temporel en un corps qui convient à l’éternité. »
« Ce que vous dites est vrai, » approuva le bûcheron, « car je l’ai vu chez les créatures de la forêt. Par exemple, il y a le têtard qui est noir et nage dans l’eau, puis il grandit et fait pousser des jambes pour ensuite devenir une grenouille verte qui saute sur terre ferme. Ou la chenille aux pattes nombreuses qui mange des feuilles de l’herbe, et devient par la suite un papillon qui boit dans les fleurs et voltige dans le ciel. Si Dieu sait changer le corps des insectes, il ne lui sera pas difficile de changer notre corps humain aussi. » Puis le bûcheron enchaîna, « Tout ceci peut être aperçu par celui qui observe, mais si vous n’étiez pas venus je n’en aurais jamais su la signification. » « Nous devrions remercier Dieu, » dit Fidèle, « parce qu’il nous a montré la vérité telle qu’elle est. »
Ils levèrent donc la voix en chantant, « Louez Dieu, car il est bon ; il agit toujours selon son amour inébranlable). » Ils passèrent quelques jours chez le bûcheron avant de reprendre encore une fois le chemin qui menait au village d’Amsiggel et Tazouite. Il les accompagna.
Ils trouvèrent l’ermite assis près de sa ruine misérable, comme toujours, perdu dans ses pensées. Lorsqu’il les eut reconnus, il les regarda un moment avant de les saluer de la main ; puis ils s’assirent tous à ses côtés. Encore une fois il les regarda fixément avant de dire, « Eh bien, êtes-vous parvenus jusqu’au bout du chemin ? » « Vous aviez raison, » avoua Amsiggel, « ce chemin n’a pas de bout ! Néanmoins, nous avons trouvé en route ce que nous cherchions. Et vous ? Est-ce que vous méditez toujours ? Avez-vous trouvé du neuf ? » « Me voici, » répondit l’ermite, « exactement où vous m’avez laissé ! » Se tournant vers Fidèle, il s’enquérit, « Et vous, que pensez-vous du monde où nous habitons ? Ne dirait-on pas qu’un fléau affreux l’ait investi ? Le monde tout entier n’est-il pas pourri comme cette ruine, affligé par des maladies et toutes espèces de calamités ? « Vous avez raison, » répliqua Fidèle. L’ermite le regarda gravement, puis il dit, « Est-ce que le monde était comme ça dès le début, ou bien s’est-il passé quelque chose qui l’a gâché et a entraîné cette situation lamentable ? »
« Qu’en pensez-vous ? » répondit Fidèle, « Le Créateur du monde, comment est-il ? » « Il est parfait, » dit l’ermite. « Il ne fait aucun mal. » « Et ce Créateur, qu’est-il capable de faire ? » demanda Fidèle. « Evidemment, il peut tout faire, » répliqua l’ermite. « Tout à fait juste, » approuva Fidèle. « Alors, puisque le Seigneur Dieu est parfaitement bon, il voudrait créer le monde bon. Et puisqu’il peut tout faire, il serait parfaitement capable de le créer bon, n’est-ce pas ? » « C’est exact, » dit l’ermite, « mais puisqu’il l’a créé bon, que s’est-il donc passé pour le gâcher ? » Fidèle lui demanda, « Eh bien, qu’est-ce qui gâche le monde maintenant ? Qu’est-ce qui est pire que tout ? » Et l’ermite répondit, « Assurément, rien n’est pire que l’homme, qui tyrranise, fait la guerre et tue autrui. Mais nous avons aussi la maladie, la peste, des tremblements de terre et la famine, et ces choses-là ne sont pas la faute de l’homme : voilà ce que je n’arrive pas du tout à comprendre. Quel est le fléau affreux qui est tombé sur le monde ? »
« Ecoutez, tous, » dit Fidèle, « que je vous raconte ce qui s’est passé : Lorsque le Seigneur Dieu créa le monde, il observa tout ce qu’il eut fait et vit que c’était parfait. Il n’y avait aucune maladie et rien qui pouvait tuer : le monde était bon, tout comme Dieu est bon. Il y fit un jardin et il créa Adam et sa femme, en les instruisant à en prendre soin et de manger le fruit de tous les arbres…sauf l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. ‘Le jour où vous mangerez de cette arbre,’ dit Dieu, ‘le fléau de la mort tombera sur vous !’ Puis Satan apparut en forme de serpent et dit à la femme, ‘Mais non, il n’y aura pas de fléau ! Dieu vous a dit cela seulement parce qu’il craint que vous deveniez comme lui, ayant la connaissance du bien et du mal.’ La femme regarda l’arbre et elle fut séduite. Elle eut vraiment envie d’en manger et elle crut qu’il serait capable de lui donner la connaissance. Elle cueillit le fruit et le mangea ; elle en donna à son mari qui le mangea. Dieu appela Adam en disant, ‘As-tu mangé un fruit de l’arbre interdit ?’ Adam répondit, ‘C’est ma femme qui me l’a donné.’ Dieu dit à la femme, ‘Qu’as-tu fait ?’ Elle répondit, ‘Le serpent m’a dit que ce serait une bonne chose d’en manger.’ Puis la malédiction de Dieu tomba sur le serpent pour que l’homme et le serpent soient toujours des ennemis. Puis Dieu dit à la femme, ‘C’est avec des douleurs aigües que tu accoucheras et tu seras sous l’autorité de ton mari.’ Et il dit à Adam, ‘ Tu as mangé du fruit de l’arbre sur lequel j’avais mis l’interdit. Dorénavant il y aura une malédiction sur la terre à cause de toi. C’est avec peine et fatigue que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie. La terre produira des broussailles et des épines et tu devras trouver de quoi manger parmi elles. Avec la sueur de ton visage tu auras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes toi-même à la terre, car tu as été fait de la terre et à la terre tu retourneras.’ » Fidèle marqua une pause avant de dire, « Voilà comment le monde a été gâché à cause de notre père Adam, car lui et sa femme ont désobéi à la parole de Dieu. Mais il n’y a pas qu’eux qui ont désobéi à sa parole. Leurs enfants jusqu’à cette génération présente lui désobéissent toujours. La maladie, la peine et la mort sont inévitables pour nous tous, parce que nous sommes si loin de ce que Dieu attend de nous. »
« Ce que vous dites est tout à fait juste, » approuva l’ermite. « Voilà pourquoi il y a ce fléau affreux dans le monde : parce que Dieu l’a maudit, et il ne lui reste plus aucun espoir. » « Il y a certainement une malédiction là-dessus, » dit Fidèle, « mais Dieu ne nous a pas laissés sans espoir, car il nous a envoyé quelqu’un qui est capable d’enlever le fléau – quelqu’un qui peut guérir les gens et leur donner une santé parfaite et la vie éternelle. Faites attention, et je vous raconterai une histoire concernant celui qui a apporté la bénédiction du Paradis à la terre. Un beau jour il sortait d’une ville, accompagné de ses disciples et d’une foule nombreuse. Un aveugle se trouvait là, appelé Bartimée, fils de Timée ; il était assis près de la route, et il mendiait. En apprenant l’identité de celui qui passait, l’aveugle cria à haute voix, ‘Aie pitié de moi, aie pitié de moi !’ On lui fit des reproches et on lui ordonna de se taire, mais il criait encore plus fort, ‘Aie pitié de moi !’. Notre Sauveur s’arrêta et dit de le faire venir. ‘Courage !’ dit-on à l’aveugle, ‘Lève-toi – voici qu’il t’appelle à lui !’ L’aveugle se leva d’un bond, jetant à côté son manteau, et vint vers lui. ‘Que veux-tu que je fasse pour toi ?’ demanda notre Sauveur. ‘Maître,’ répondit l’aveugle, ‘je voudrais voir !’ ‘Va donc,’dit-il, ‘ta foi t’a guéri.’ Aussitôt, il put voir et il le suivit sur le chemin. Et il y en avait beaucoup d’autres : des aveugles, des paralysés, des sourds, des épileptiques – il les guérit tous. »
« Celui que vous appelez votre Sauveur, » remarqua l’ermite, « il est clair qu’il était rempli du pouvoir de Dieu pour qu’il puisse guérir les gens de leurs maladies. Mais le fléau de la mort, voici le plus grand problème. » « Eh bien, » répliqua Fidèle, « il alla un jour à une ville nommée Naïn, accompagné de ses disciples et d’un grand nombre d’autres. Au moment où il approchait de la porte de la ville, on sortait un jeune homme qui était mort. Sa mère était veuve et elle n’avait d’autre enfant que lui. De nombreux habitants de la ville se trouvaient avec elle. Quand il la vit, il fut rempli de pitié pour elle. Puis il dit, ‘Ne pleure pas !’ Il s’avanca et toucha la planche. Ceux qui la portaient s’arrêtèrent. Il ajouta alors, ‘Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi !’ Le mort se leva et parla. Notre Sauveur le prit et le rendit à sa mère. Tout le monde fut saisi de crainte. Ils louèrent Dieu en disant, ‘Un grand prophète est apparu parmi nous ! Dieu est venu secourir son peuple !’ »
« Evidemment ce Sauveur eut le pouvoir de guérir les gens, » dit l’ermite, « et même le pouvoir de ressusciter les morts. Mais il y a toujours quelquechose dans ce monde qui l’afflige plus gravement que la maladie et la mort : c’est le conflit humain – des querelles et des disputes de tous les côtés ! » « Vous avez raison, » dit Fidèle. « Les gens ne savent ni bien se conduire ni être patients les uns avec les autres, ni comment s’entr’aider et faire le bien. Tout le monde est envieux des biens d’autrui, et peu disposés à les laisser prendre ce à quoi ils ont droit. » « Il n’y a pas de paix là où se trouvent les êtres humains, » reconnut l’ermite, « parce que c’est chacun pour soi. C’est un fléau continuel sur ce monde ! Et c’est le pire de tous ! » « Lorsqu’Adam a été créé, » répondit Fidèle, « il était parfait, mais quand il a désobéi à Dieu, il est devenu comme cette ruine. Et c’est pareil pour nous : nous ne ressemblons pas du tout à ce que nous étions au moment où Dieu nous a créés, car il s’est passé quelquechose qui nous a gâchés, tout comme il a gâché Adam. » « Je comprends maintenant ce qui nous est arrivé, » déclara l’ermite. « Nous avons désobéi à la parole de Dieu exactement comme Adam, et nous ne faisons plus ce que Dieu attend de nous. » « C’est exact, » dit Fidèle. « Donc, que faut-il faire à présent ? Nous avons besoin de quelqu’un qui peut reconstruire cette maison humaine et enlever le fléau de notre cœur. Il nous faut quelqu’un capable d’ôter le péché qui nous gâche. » « Qui est donc capable d’enlever le péché ? » demanda l’ermite.
Fidèle répondit, « Un beau jour, beaucoup de gens vinrent voir notre Sauveur ; la maison fut si remplie de monde qu’il ne resta aucune place à l’intérieur, ou même devant la porte. Quatre hommes arrivèrent, portant un homme paralysé, mais ils ne purent pas le faire entrer chez notre Seigneur à cause de la foule. Ils montèrent alors sur le toit, firent une ouverture au dessus du lieu où il se trouva, et descendirent la natte sur laquelle fut couché le paralytique. Notre Sauveur vit leur foi et dit au malade, ‘Mon fils, tes péchés sont pardonnés.’ Quelques maîtres de la loi s’y trouvèrent et se dirent en eux-mêmes, ‘Comment peut-il parler ainsi ? C’est du blasphème ! Qui peut pardonner les péchés sauf Dieu seul ?’ Mais notre Sauveur connut leur pensées et leur dit, ‘Pourquoi avez-vous de telles pensées ? Est-il plus facile de dire : ‘Tes péchés te sont pardonnés,’ ou de dire : ‘Lève-toi, prends ta natte et marche’ ? Mais je vous montrerai que je suis capable de pardonner les péchés.’ Il se tourna alors vers le paralytique en disant, ‘Lève-toi, prends ta natte et rentre chez toi !’ Aussitôt il se leva devant tout le monde, prit sa natte et s’en alla. Tous furent frappés d’étonnement et louèrent Dieu en disant, ‘Nous n’avons jamais vu de chose pareille !’ »
« Quelle merveille ! » s’exclama l’ermite. « Votre Sauveur a eu le pouvoir de guérir les malades, ressusciter les morts et même libérer les gens du fardeau de leurs péchés. Il a ôté le fléau d’eux tous – mais combien de temps depuis que tout cela a eu lieu ? » « Environ deux mille ans, » répondit Fidèle. « Ah ! » dit l’ermite. « Votre Sauveur n’habite plus ce monde, et le monde subit toujours le fléau ! » « Ecoutez soigneusement, » dit Fidèle, « ce que je vais dire. La première fois, il est venu nous montrer qu’il a le pouvoir d’enlever le fléau, mais il reviendra une seconde fois à la fin du monde, et en ce temps-là il l’enlèvera complètement et renouvelera tout. » « Combien nous désirons un tel temps, » soupira l’ermite, « quand le monde pourra être fait de nouveau ! Mais pour le moment il est extrêmement malade et tout à fait futile. » « Le temps est très proche, » répliqua Fidèle, « mais Dieu ne nous a pas laissés dans le monde pour que nous y restions seulement dans l’inutilité et la futilité. Celui qui est venu ôter le fléau nous a envoyés aider ceux qui en souffrent. Lui-même est allé partout, secourant les malades et soutenant les faibles…et il désire que nous fassions pareil. »
Puis Fidèle les regarda à tour de rôle en demandant, « Pensez-vous que nous puissions trouver le moyen de faire quelquechose de positif dans le monde avant qu’il ne disparaîsse ? Pouvons-nous augmenter un peu le bien qui s’y trouve et en réduire un peu le mal ? Regardez, qui a bâti cette maison ? Qui a creusé le puits ? Qui a planté les arbres ? Qui a coupé les épines ? Qui a déblayé le terrain ? Nos ancêtres n’ont-ils pas trouvé des choses utiles à faire dans ce monde ? » L’ermite répondit, « Ils ont fait tout cela parce qu’ils voulaient laisser à leurs enfants plus qu’ils ne possédaient eux-mêmes. » « Oui, voilà ce qu’il faut faire, nous aussi, » approuva Fidèle, « afin de laisser à nos enfants plus que nous ne possédons nous-mêmes. »
En entendant ceci l’ermite se leva. « Maintenant j’ai compris, » dit-il, « comment ma vie peut avoir un but utile. Tout d’abord, je vous accompagnerai pour secourir les gens que nous rencontrerons. Ensuite, je reviendrai rebâtir ma maison. » « Que Dieu vous bénisse ! » cria tout le monde. Alors Amsiggel prit la parole : « Nous ne vous appelerons plus ‘ermite’ (maître de la ruine) ; nous vous appelerons ‘maître de la maison neuve’ ! » Puis Fidèle chanta un psaume : « Chantez des louanges à Dieu, toute l’humanité ! Glorifiez-le, tous les habitants de la terre ! Comme son amour inébranlable envers nous est grand ! Il ne nous abandonnera jamais, ni dans ce monde, ni dans l’au-delà ! » Tous reprirent les paroles, chantant joyeusement ensemble.
Ils continuèrent sur la piste, discutant ensemble de tout ce qui s’était passé. Enfin ils arrivèrent à la hutte de la vieille femme. Aussitôt qu’elle les reconnut, elle sortit pour les étreindre et les embrasser. Ils s’assirent tous, quelques-uns sur l’herbe, d’autres sur les grosses pierres à côté de la hutte. Ils apportèrent de l’eau de la source et, lorsqu’ils eurent bu, Amsiggel lui demanda, « Vous souvenez-vous, madame ? Nous avons dit que nous partions voir s’il y avait toujours de la bonté dans le monde. Alors, nous voici, et nous y avons effectivement trouvé de la bonté ! »
Puis la vieille femme prit la parole : « Moi aussi, j’ai une bonne nouvelle, » dit-elle. « Je vais vous raconter ce qui m’est arrivé – c’est une vraie merveille ! Il y a deux nuits, durant mon sommeil, il m’est apparu quelqu’un qui ressemblait à un ange. Ses habits étaients blancs comme la neige, ils étaient éblouissants comme la foudre, et dans sa main il tenait une clé dorée. Il m’a parlé dans notre propre langue et il a dit, ‘Venez, vous qui peinez et portez un lourd fardeau, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug et apprenez de moi, car chez moi tout est paisible et mon cœur est plein de bienveillance, et vous trouverez chez moi le repos dont vous avez besoin.’ Quand j’ai entendu cela, j’ai demandé, ‘Qui êtes-vous, seigneur ?’ et il a répondu, ‘Tu ne me connais pas encore, fille bien-aimée, mais tu vas me connaître par la suite.’ J’ai demandé, ‘O seigneur, quelle est cette clé dans votre main ?’ et il a répondu, ‘C’est la clé du Paradis, préparée pour le moment propice.’ J’ai dit, ‘Je désire, ô seigneur, quitter ce monde pour vous accompagner où vous voulez.’ Alors il m’a regardé fixément et son visage était rempli de sympathie, comme s’il savait tout ce qui m’était survenu de trouble et de peine, et il a dit, ‘Ton temps n’est pas encore venu, ma fille, mais dans la vie de ce monde tu verras la bonté de Dieu. Tu entreras dans l’abri sûr et tu seras soulagée de tout ce qui te tourmente.’ Après cela, je me suis réveillée. Je restais là dans mon lit, mon cœur rempli d’une grande paix. Je réfléchissais sans cesse mais je n’arrivais pas à découvrir le sens de ce que j’avais vu. S’agissait-il d’un ange ou de quelqu’un d’autre ? Quelle était la clé dans sa main ? Où se trouve cet abri sûr où il va m’emmener ? Et quelle est la bonté que je verrai dans ce monde ? »
Ils furent tous saisis par l’émerveillement en écoutant le récit de la vieille femme. Puis Fidèle lui dit, « Que vous êtes bénie, madame ! Notre Sauveur vous est apparu dans un songe. Il a fixé sur vous sa faveur et vous a permis de trouver la sécurité de Dieu dans ce monde et le monde à venir. » « Mais…qu’en est-il de la clé ? » demanda-t-elle. « Personne ne peut entrer dans la maison de quelqu’un d’autre que si le maître de la maison l’invite à entrer, » répondit-il. « Personne ne peut entrer au Paradis que si celui qui possède la clé lui ouvre la porte. » « Est-ce que c’est notre Sauveur qui a la clé du Paradis ? » demanda Tazouite. Fidèle répliqua, « C’est lui qui a dit, ‘Je possède les clés de la mort et de l’Endroit des Morts… Ce que j’ouvre, personne ne peut le fermer ; et ce que je ferme, personne ne peut l’ouvrir.’ Il a dit aussi, ‘Je suis la Porte. Celui qui entre par moi sera sauvé. Jamais je ne renverrai quelqu’un qui vient à moi !’ »
Fidèle regarda la vieille femme en disant, « Assurément, vous êtes bénie, madame, car peu de gens parviennent à passer par cette porte. Celui qui vous est apparu dans le songe a dit une fois, ‘Entrez par la porte étroite, parce que celle qui est large mène à la destruction et nombreux sont ceux qui y passent. Mais la porte qui mène à la vie est étroite et peu nombreux sont ceux qui la trouvent.’ Un beau jour il a parlé aux gens qui croyaient en lui et leur a dit, ‘Ne permettez pas que le souci entre dans votre cœur. Croyez en Dieu et croyez aussi en moi, car je m’en vais préparer un endroit pour vous. Je reviendrai vous chercher et vous serez, vous aussi, là où je serai, moi.’ »
« Comme je suis reconnaissante à Dieu ! » s’exclama la vieille femme. « Je n’oublierai jamais ce songe et ce qu’il signifie. Je n’ai plus peur de ce qui m’arrivera dans l’au-delà, mais je ne sais toujours pas si la sécurité est à trouver dans ce monde. » Fidèle répondit, « Lorsque notre Sauveur est venu dans le monde, il est passé ça et là en faisant du bien à tous ceux qui étaient dans le besoin. Il s’occupait toujours de ceux qui étaient faibles, ou malades ou craintifs, et il a guéri tous ceux qui étaient des esclaves de Satan. Un jour il était dans la maison de la prière. Une femme s’y trouvait qui était tourmentée par un démon depuis dix-huit ans : elle avait le dos arrondi et ne pouvait pas se tenir droite. Quand il l’a aperçue, il l’a appelée, ‘O femme, tu es délivrée de ta souffrance !’ Il lui a imposé les mains et tout de suite son dos est devenu droit. Il a une telle compassion envers tous les affligés. Encore aujourd’hui il est capable de sauver tous ceux qui se réfugient dans son nom – il sait les protéger de Satan et de tout ce qui tourmente. Il entend tous ceux qui l’interpellent et il leur dit, ‘N’ayez pas peur ! Croyez seulement !’ N’ayez donc pas peur maintenant, madame. Placez-vous seulement sous la protection de son nom et vous serez toujours en sécurité – il vous bénira plus que vous êtes capable d’imaginer. » Puis Fidèle sourit et lui dit, « Dans les prochains jours nous verrons quelles bonnes choses Dieu fera pour vous ! »
« Nous ferons partir les bêtes sauvages de la forêt, » poursuivit-il, « et pour ce qui concerne les esprits invisibles, je vous dirai ce qu’on va en faire ! Notre Sauveur a le pouvoir de les chasser. Des foules sont venus à lui ces jours-là, amenant tous ceux qui étaient possédés par des démons – il les a chassés avec un mot et a guéri tous les malades. » « Quelle merveille ! » dit la vieille femme. « Comme je remercie Dieu d’avoir envoyé quelqu’un capable de faire cela. » « Si vous croyez en lui, » dit Fidèle, « il vous protégera de tout ce qui afflige. Les démons craignent son nom et s’enfuient en l’entendant. Ils ne peuvent pas s’approcher de quelqu’un qui est sous la protection de son nom. » Puis Fidèle se leva avec Miel et tous leurs amis et ils firent un cercle tout autour de la hutte de la vieille femme. Fidèle cria à haute voix, « Au nom de notre Sauveur je vous commande de sortir de la hutte, de la source, et de la forêt tout entière, pour ne jamais y revenir. » Et les autres approuvèrent, « Amen, amen. »
Il s’adressa alors à la vieille femme : « Prenez refuge toujours dans le nom de notre Sauveur, et racontez-lui tout ce qui vous trouble – il vous mettra à l’abri. » « Je crois, » dit-elle « en celui qui m’est apparu dans le songe, mais je ne sais pas en effet comment prier ni lui demander quoi que ce soit. » « Ne vous a-t-il pas parlé en notre propre langue ? » répondit Fidèle. « Parlez-lui donc exactement comme ça, à n’importe quel moment. Il comprendra ce que vous voulez et ce que vous demandez. Parlez-lui comme si vous étiez toujours une enfant, comme une toute petite fille parle à sa mère. Un jour, des gens ont amené de petits enfants à notre Sauveur, désirant qu’il leur impose les mains et les bénisse. Ses disciples ont essayé de les en empêcher mais il a dit, ‘Laissez les petits enfants venir à moi. Ne tentez pas de les empêcher, car le Royaume du Ciel appartient à ceux qui sont comme eux.’ Il a aussi dit, ‘Celui qui ne veut pas entrer dans le Royaume du Ciel comme un petit enfant n’y entrera jamais.’ Croyez en lui en toute sincérité, madame, tout comme croient les petits enfants. »
La vieille femme leva les yeux vers le ciel en disant, « O Seigneur Dieu, je te remercie de m’avoir rendu la foi que j’ai eue en tant qu’enfant. Tu es venu tout près de moi pour rassurer mon coeur au sujet de tout ce qui me fait peur. Tu as conduit ces gens chez moi pour qu’ils m’aident dans tout ce qui me dépasse. » Ils furent tous très contents de l’entendre, et en rendirent grâces à Dieu. Puis ils se mirent encore une fois en route, accompagnés par la vieille femme, vers l’endroit où demeurait l’ermite. Tout en marchant ils chantaient: « En Dieu seul je cherche du repos : en sa présence je trouve la sécurité. Dieu seul est mon rocher, ma tour et mon asile ; je ne serai jamais ébranlé. »
Lorsqu’ils arrivèrent au campement du nomade, ils s’assirent joyeusement à l’ombre de la tente et Amsiggel fit le récit de toutes leurs expériences. Il raconta comment Fidèle et Miel les avaient accompagnés, avec le forgeron et son frère et les deux jeunes nommés Hamou. Le nomade demanda alors, « Avez-vous trouvé une réponse à notre question ? » « Quelle était votre question ? » s’enquérit Fidèle. « Eh bien, nous avons en effet deux questions ! » répondit-il. « Voici la première : Qu’est-ce que c’est que le bien ? Et comment distinguer le bien du mal ? »
Fidèle sourit. « Taisez-vous, tout le monde ! » dit-il. Le silence régna et il n’y avait plus aucun bruit. Puis il demanda, « Entendez-vous battre votre cœur ? Il dit ‘tic-tac, tic-tac, tic-tac !’ Ecoutez votre cœur très soigneusement, mes amis car c’est là que le Seigneur Dieu révèle ce qui est bien. Le cœur de l’homme, c’est sa vie. Quand le cœur se tait, on est mort. C’est au cœur que Dieu révèle ce qu’il veut de nous tout au long de notre vie, et il vous montrera ce qui est bien et ce qui est mauvais. Ecoutez toujours ce que vous dit votre cœur, et mettez-le en pratique, car il sera la vérité de Dieu. »
« J’ai écouté battre mon cœur, » dit la nomade, « mais je n’ai jamais entendu la moindre parole de la part de Dieu. Comment peut-il nous montrer ce qui est bien et ce qui est mauvais ? » « Celui qui écoute soigneusement chanter les oiseaux, » répondit Fidèle, « saura reconnaître chaque oiseau par son chant. Celui qui a l’habitude de mesurer des champs et des pièces saura de loin combien de pas ils ont de long. Et celui qui a l’habitude d’écouter son cœur saura distinguer le bien du mal, parce que son cœur pèsera ce qu’il voit et ce qu’il entend. Si vous voyez quelqu’un descendre de son mulet pour qu’un aveugle puisse monter dessus, vous savez qu’il a fait du bien. Si vous voyez quelqu’un ramasser un sac lourd pour une vieille femme et le porter où elle veut, vous savez qu’il a fait du bien. Quelqu’un qui ramasse du verre brisé sur le chemin ou emmène un âne égaré chez son propriétaire, nous savons tous que c’est le bien qu’il a fait. Notre cœur nous montre qu’il est bien d’aider les gens ainsi. Partout dans le monde, dès le début des temps jusqu’à présent, ceci est évident, car le cœur de l’homme lui montre ce qui est bien. Et nous pouvons mettre en pratique ce genre de bonté tous les jours. « Est-ce qu’il y a quelqu’un, » demanda Amsiggel, « qui a fait tout le bien qu’il était capable de faire ? Il n’y a sûrement personne qui a été parfaitement bon ? » « Ce que tu dis est tout à fait juste, Amsiggel, » répliqua Fidèle, « et quelqu’un qui sait le bien qu’il devrait faire mais ne le fait pas – il est coupable de péché ! » « Vous avez raison, Fidèle, » dit la femme du nomade. « Il est facile de savoir ce qui est bien, mais il est difficile pour nous de le faire. »
« Vous nous avez expliqué ce qu’est le bien, » dit le nomade, « mais comment les gens peuvent-ils savoir ce qui est mauvais ? Ils n’écoutent nullement ce que leur dit le cœur. Ils sont si habitués à la méchanceté qu’ils ne savent plus distinguer le bien du mauvais. » « Vous avez raison, » répondit Fidèle. « Mais même ces gens-là savent vraiment ce qui est bien et ce qui est mauvais. Il n’y a aucun menteur qui tolère que son fils lui mente. Même si un homme raconte des mensonges plus que n’importe qui dans tout le village, il ne supporte pas que son fils lui mente, car il y a quelquechose dans le cœur de l’homme qui lui montre qu’il est mauvais de mentir, et il ne l’approuvera jamais. Il en est de même avec le vol. Il n’y a aucun voleur qui tolère qu’on lui vole quelquechose. Même s’il a beaucoup de biens et sait que l’autre est nécessiteux, il ne supporte pas qu’on les lui vole, parce qu’il y a quelquechose dans le cœur de l’homme qui lui montre qu’il est mauvais de voler, et il ne peut jamais l’approuver. De même, il n’y a aucun adultère qui tolère que sa femme commette l’adultère, parce qu’il y a quelquechose dans le cœur de l’homme qui lui montre qu’il est mauvais de commettre l’adultère, et il ne peut jamais l’approuver. C’est comme ça : nous savons tous ce qui est mauvais. » « Vous avez raison, Fidèle, » dit le nomade. « Il est facile de savoir ce qui est mauvais, mais il est difficile pour nous de l’éviter et de nous en éloigner. »
« Quelle était donc votre seconde question ? » demanda Fidèle. Le nomade répondit, « Quelqu’un qui sait qu’il a fait le mal, qu’il n’a pas réussi à faire le bien, comment lui est-il possible d’avoir la paix avec Dieu ? Comment peut-il obtenir l’approbation de Dieu ? Que peut-il faire pour avoir le pardon de Dieu ? » « Eh bien, regardez votre âne gris, à côté de la tente ! » répliqua Fidèle. « Lorsque Dieu l’a créé, il l’a donné une tache noire sur son dos, au dessus des jambes de devant. Quelle forme a cette tache ? » Le nomade répondit à ceci, « C’est comme si on posait un bâton à travers un autre. » « Bon, cette tache est le signe d’une nouvelle alliance entre nous et Dieu, » dit Fidèle. « Ecoutez, et je vous l’expliquerai : Il était une fois un homme bien, qui faisait tout ce que Dieu exigeait de lui ; il a appris aux gens tout concernant la voie de Dieu. Il était bon et aidait tous qui étaient dans le besoin ; il a fait du bien à tous, les grands comme les petits. Un beau jour il allait à la grande ville, monté sur un âne : ceux qui venaient à sa rencontre sur la route étaient si contents de le voir qu’ils voulaient faire de lui leur roi. Mais quand il est arrivé dans la ville, l’un de ses amis l’a trahi. Ses ennemis l’ont saisi, ligoté, et roué de coups. Malgré cela, il ne s’est point vengé – il n’a pas rendu les coups, n’est pas rentré en conflit,et n’a pas pris d’épée afin de déclencher une émeute. Ensuite on l’a emmené et cloué sur un poteau pour le faire mourir. Le poteau était fait de deux morceaux de bois ; l’un était enfoncé dans le sol et l’autre était posé en travers, comme cette tache sur l’âne. Il y est resté pendu, perdant son sang – et il n’a rien dit, sauf une seule chose. Il a élevé sa voix vers le ciel et a crié, ‘O Dieu, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font !’ En fait, Dieu avait préparé tout cela d’avance et en savait tout dès le début. Il met cette tache sur chaque ânon qui naît partout dans le monde afin que nous n’oublions jamais celui qui était monté sur un ânon, ni comment il a demandé à Dieu de pardonner à ceux qui l’ont tué. »
Puis Fidèle poursuivit : « L’homme qui était monté sur cet âne ne ressemblait pas à autrui, car il n’avait jamais fait quoi que ce soit de mauvais ou honteux. Il faisait toujours le bien; il a fait tout ce que Dieu exigeait de lui. Il n’avait jamais besoin que Dieu lui pardonne, ni qu’il demande la miséricorde – il n’était pas nécessaire pour lui de souffrir la condamnation à mort qui menaçait tous les autres. Voilà pourquoi Dieu a prévu qu’il fasse quelquechose que personne sauf lui n’a pu faire. Il l’a envoyé faire quelquechose de très particulier. « Qu’est-ce que Dieu a prévu pour lui ? » demanda le nomade. « Pourquoi l’a-t-il envoyé ? » « Dieu l’a envoyé, » expliqua Fidèle, « pour souffrir la condamnation qui pesait sur l’humanité. Il n’était pas nécessaire qu’il soit puni lui-même pour ce qu’il avait fait, car il était sans faute et n’avait jamais fait de mal. C’est pour cela qu’il était capable de porter la punition qui devait s’abattre sur autrui. Dieu l’a envoyé mourir et souffrir les Tourments de la Tombe, puis l’a ressuscité de parmi les morts pour montrer qu’il était complètement satisfait de lui. Par la suite Dieu l’a enlevé de ce monde pour être en sa présence au Paradis. Et cette nouvelle vie, il la donne maintenant à tous ceux qui croient en lui. Il a fait la paix entre nous et Dieu ; il a fait une nouvelle alliance entre nous et notre Créateur. »
« Qui était cet homme qui est venu faire la paix pour nous ? » demanda le nomade. Amsiggel prit la parole : « C’est celui que nous appelons notre Sauveur ! » Tazouite ajouta, « C’est le Bon Berger qui meurt pour les brebis ! » Hamou-le-Nouveau dit, « C’est celui qui nous rend propres au dedans de nous ! » Le forgeron dit, « C’est celui qui a réglé la dette que nous devions ! » Après ceci, ils se turent tous, afin d’écouter ce que leur disaient le cœur.
Ils passèrent cette nuit-là au campement. Tôt le lendemain matin le nomade leur apporta du lait de brebis et ils déjeunèrent. Puis ils reprirent leur chemin, accompagnés du nomade et de sa femme, qui y avaient laissé leurs enfants, quelques-uns pour s’occuper des moutons, et d’autres pour surveiller la tente. A ce moment-là Amsiggel se souvint du pont et de la pauvre femme qui était tombée dans la rivière, et il se dit, « Il sera difficile de traverser si la rivière est montée davantage. »
Descendant des hauteurs, ils entrèrent dans la forêt et poursuivirent leur chemin jusqu’à ce qu’ils atteignent la rivière. Lorsqu’ils y arrivèrent, le pont et ses fondations avaient été complètement emportés. Ils demandèrent à des gens comment ils pourraient traverser. « Continuez le long de la rivière, » répondirent-ils, « jusqu’à l’endroit du grand pont. » Ils se remirent en marche, mais le chemin fut long. Quand ils arrivèrent finalement devant le grand pont ils furent impressionnés par sa solidité. Il était élevé si haut au-dessus de la rivière que l’eau ne pouvait nullement l’atteindre. Ils traversèrent sans dommage et reprirent leur route sur la piste.
« Chaque année, » dit Fidèle, « on fabrique des ponts en bois, et la rivière les emporte. Les ponts en bois tiennent bon pendant un certain temps, mais quand le déluge arrive, ils s’écroulent toujours. Avez-vous saisi la métaphore ? Tout ce que nous faisons et que nous fabriquons est comme ça. Cela tient bon pendant un certain temps mais finit par se détruire. On peut se laver rituellement, réciter ses prières, observer le jeûne et compléter toutes les exigences de la religion afin de s’approcher de Dieu. Ce qu’on fait peut être très bien pendant un certain temps, mais on ne sait jamais si cela durera jusqu’à l’éternité ou non. Les gens ont tous besoin d’un pont pour traverser de ce monde jusqu’au Paradis, mais ils doutent toujours qu’un pont fabriqué de leurs oeuvres soit capable de les mener à l’autre bord. Ils ont peur d’être emportés par le déluge qui accompagne la mort…parce que les ponts qu’ils construisent tombent toujours en ruines ! »
« Nous avons besoin d’un pont haut et solide, » dit Amsiggel, « qui nous mènera de la terre au Paradis sans doute ni crainte. Et je sais ce que tu vas dire, Fidèle, parce qu’il existe quelqu’un qui est en effet un pont solide. » « Tu as raison, Amsiggel, » approuva Fidèle. « Personne sur ce pont-là ne glissera ni tombera dans l’abîme. Il parviendra sans dommage jusqu’à l’autre bord, car notre Sauveur a dit, ‘Je suis le chemin, la vérité et la vie. Personne n’atteindra la présence de Dieu que si je l’y conduis moi-même.’ »
Ils s’arrêtèrent alors pour prier et remercier Dieu, disant « O Seigneur Dieu, nous te louons parce que tu nous as envoyé le Sauveur pour enlever nos péchés, pour nous libérer de l’esclavage de ce monde, pour faire une alliance de paix entre toi et nous, pour payer la dette qu’il nous était impossible de régler, et pour nous conduire de cette terre au monde à venir. Tout ceci s’est passé selon ton dessein, par ton grand amour et ta grande miséricorde. A présent, ô Seigneur Dieu, guide-nous sur le chemin et permet que nous arrivions à bon port chez la vieille femme. Montre-nous comment la rassurer au sujet des choses qui la tracassent. Nous demandons ceci au nom de notre Sauveur, Amen. »
Ils reprirent encore une fois leur route, suivant la piste jusqu’au village des deux jeunes hommes, Hamou-le-Barbu et son ami Hamou-le-Voleur. Ils les trouvèrent dans les champs, en train de déblayer la boue et le débris d’une rigole d’irrigation. Les deux jeunes hommes furent contents de voir Amsiggel et Tazouite et leurs compagnons et ils s’assirent tous dans un verger et causèrent des évènements des derniers jours. Puis le forgeron prit la parole : « Mes amis, nous avons entendu dire que vous vous appelez tous les deux ‘Hamou’, mais nous ne pouvons pas savoir lequel de vous deux est Hamou-le-Barbu, parce que vous n’avez ni l’un ni l’autre la barbe ! » Tout le monde rit. Ils demandèrent alors au Barbu, « Pourquoi as-tu rasé ta barbe ? » « C’est très simple, » répondit-il. « J’ai trouvé par hazard un rasoir à côté de la rigole ! » Ils rirent encore une fois. Puis celui qui s’appelait le Voleur le fixa d’un regard en disant, « Ecoute, tu as changé ton aspect rien qu’avec un rasoir de deux centimes. Est-ce que je ne peux pas changer, moi aussi ? »
Se tournant vers Amsiggel, ils dirent, « Te souviens-tu de notre conversation ? Nous avons demandé s’il était possible pour une mauvaise personne de devenir bonne aux yeux de Dieu et d’autrui ? » Alors ils regardèrent tous Fidèle pour voir s’il savait la réponse. Il dit aux jeunes (nommés tous deux Hamou), « Mes amis, lorsque nous sommes arrivés ici, nous vous avons trouvés en train de déblayer la rigole. Dites-moi, d’où provient cette eau ? Coule-t-elle à partir d’une source ou d’une rivière ? » « A partir d’une source, » répliquèrent-ils. « Bon, et quand l’eau coule de la source, comment est-elle ? » « Elle est pure et propre et douce, » dirent-ils. « Dans ce cas-là, d’où provient la boue et le débris ? » demanda-t-il. « Ça tombe tout simplement là-dedans, » répondirent-ils, « chaque fois que des enfants ou des animaux marchent près de la rigole. » Fidèle leur dit alors, « Voyez-vous, cette eau sort de la source parfaitement pure, mais plus elle avance, plus elle devient boueuse, à cause des saletés et des ordures qui tombent dedans, jusqu’à ce qu’elle atteigne finalement la plaine, où elle expire parmi les cailloux et le sable et disparaît complètement. » « C’est juste, » approuvèrent-ils. « Ecoutez donc, » dit-il, « que je vous montre ce que cela signifie, car c’est comme ça que se passent les choses pour nous tous. A la naissance, le cœur d’une personne est propre et son esprit est innocent, mais à partir de ce point-là on est sur le déclin, se frayant un chemin parmi les ruses malhonnêtes et les stratagèmes diaboliques de ce monde avant de devenir vieux et faible et finalement mourir. Car tant qu’on est dans ce monde, les saletés vous tombent dessus et vous rendent de plus en plus crasseux. » Fidèle marqua une pause avant de dire, « Et qu’en est-il de cette boue et de ces ordures ? Certains flottent à la vue de tous, mais d’autres coulent sous la surface et ne se voient pas si facilement. Quelques-uns d’entre les gens font voir aux yeux de tous à quel point ils sont crasseux, mais d’autres cachent leur impûreté. Les péchés de quelques-uns sont si évidents qu’on peut facilement prévoir le jugement qui va tomber sur eux. Mais pour d’autres, ce n’est que plus tard que leurs péchés se feront voir. »
« Ecoutez, vous tous, » poursuivit Fidèle, « que je vous raconte une histoire : Il était une fois un homme qui fumait cinquante cigarettes par jour. Ses habits, ses mains et son corps étaient complètement imprégnés de fumée de cigarette. Chaque fois qu’il arrivait à la maison, sa femme se plaignait de la puanteur. Il est donc allé bien se baigner au hammam ; il a changé ses habits et il est revenu purifié de l’odeur de cigarette. A l’extérieur tout allait bien, mais comment était-il à l’intérieur ? Qu’en était-il de cette fumée qui était entrée au dedans de lui ? La fumée qui avait gâché ses poumons : voici qu’elle était en train de le tuer. Et l’homme se trouve exactement dans cet état-là. Il peut laver sa peau ; il peut laver ses habits ; mais son cœur est plein de toute sorte de mal. Et comment le rendre propre ? »
« O Fidèle ! Vous savez exactement comment nous sommes ! » dit l’autre Hamou. « Il est très difficile de nous purifier de toute notre pollution. Il n’est pas facile d’éviter des paroles méchantes et des pensées mauvaises, parce que l’homme est faible. Bien que nous désirions faire ce qui plaît à Dieu, nous n’y arrivons pas. Nous savons tous que nous échouons ! »
« Mais est-il possible pour une mauvaise personne de devenir bonne aux yeux de Dieu et de l’homme ? » demanda le Voleur. « Pouvons-nous déblayer la boue et le débris du péché de nos cœurs ? » « Il y a quelqu’un, » répondit Fidèle doucement, « qui est capable de nettoyer votre cœur. Il sait enlever toute l’impûreté et la méchanceté pour remplir ton cœur de l’Esprit d’amour et de paix. Si tu regrettes sincèrement toutes les mauvaises choses que tu as faites et tu détournes de tout ce qui te rend malpropre, il ne te reste qu’une seule chose à faire. » « Qu’est-ce que c’est, monsieur ? » demanda le Voleur. « Tu as besoin de te raccrocher à notre Sauveur, » dit Fidèle. « Crois en lui et appuis-toi sur lui parce qu’il s’est donné lui-même afin de nous libérer de tout mal et de nous purifier pour que nous devenions son peuple. Ainsi tu peux commencer une nouvelle vie, et Dieu te pardonnera et oubliera volontiers ce que tu as fait dans le passé. En fait, il fera un miracle en toi – il te rendra propre depuis l’intérieur et remplira ton cœur de la beauté et de la bonté du Paradis. »
Ils réfléchissaient lorsque Fidèle enchaîna, « Mais n’oubliez pas comment les femmes trient les lentilles jour après jour et enlèvent les gravillons et les graines de mauvaise herbe qui s’y trouvent. Si tu commences une nouvelle vie, Dieu t’aidera tous les jours à trier le mal au dedans de toi, que ce soit des paroles, des actions ou des pensées. Il t’aidera à éliminer les paroles méchantes de la conversation honnête et d’enlever les mensonges du discours sincère. Il t’aidera à éviter tout ce qui pourrait t’attirer vers des actions diaboliques et il t’éloignera de ceux qui se sont habitués aux grossièretés de ce monde. Il sera avec toi – celui qui sait te sauver de tout ce qui pollue le cœur de l’homme. Crois en lui, raccroches-toi à lui, appuis-toi sur lui. Si tu fais ceci, tu seras toujours bon aux yeux de Dieu. »
« Mais comment être bons aux yeux de l’homme ? » demanda le Voleur. « Comment les gens peuvent-ils nous pardonner ? Ils ne peuvent jamais oublier ce que nous avons fait dans le passé ! » « Nous ne voyons plus les gens, » répondit Fidèle, « comme les autres les voient. Car nous savons que, si quelqu’un a commencé une nouvelle vie, alors Dieu l’a transformé. Toutes les anciennes choses sont parties et il s’est renouvelé, parce que Dieu a fait la paix avec lui par notre Sauveur. Dieu ne compte plus ses péchés. Celui qui s’est renouvelé sera accepté chez nous tout comme il l’a été par Dieu. Nous l’aimerons et l’apprécierons et nous ne penserons plus jamais au passé. Si quelqu’un était voleur, nous ne l’appelerons plus un voleur, car nous devons oublier ce qu’il a fait dans le passé. » « Si c’est comme ça, » dit celui nommé le Voleur, « quel nom me donnerez-vous maintenant ? » « Nous t’appelerons Hamou-le-Nouveau, » répliqua Fidèle, « parce que l’ancien Hamou est mort au dedans de toi. »
Puis l’autre Hamou prit la parole : « Merci, Fidèle, de nous avoir raconté tout ceci. » « Nous devrions remercier Dieu, » répondit Fidèle, « parce que c’est lui qui nous a pardonné de toutes les mauvaises choses que nous avons faites. » Puis Hamou-le-Nouveau dit, « Permettez-nous de vous accompagner pendant votre voyage pour en entendre davantage à ce sujet. » « Venez donc, » répliqua Fidèle. « Nous avons toujours le temps aujourd’hui de voir le nomade. » Ils partirent tout de suite sur la piste.
Tôt le lendemain matin ils quittèrent le village de Paix et se rebroussèrent chemin. Après deux journées de marche ils arrivèrent chez le forgeron. Lui et son frère leur firent bon accueil. Ils les invitèrent à s’asseoir et apportèrent du thé à la menthe. Amsiggel raconta leur arrivé au village de Paix et présenta ses compagnons. « Cet homme, » dit-il, « est Fidèle. Lui et sa fille, Miel, ont été très bons envers nous – ils se sont occupés de nous dans leur village et maintenant ils nous accompagnent sur notre route. » « Celui qui fait le bien, » répondit le forgeron, « est certainement le bienvenu ! » Il demanda alors à Amsiggel, « Est-ce que tu te rappelles notre conversation ce jour-là, et comment nous avons discuté entre nous concernant le jour du Jugement ? » « Demandez-leur, » suggéra Amsiggel. « Ils sauront la réponse. » « D’accord, je vous dirai ce qui nous tracasse, » dit le forgeron. « Nous voudrions savoir ce que devient une personne qui n’arrive pas à faire tout ce que Dieu attend de lui ? Devra-t-il sans faille se lever le jour du Jugement pour faire le récit complet de tout ce qu’il a fait ? Et que devrait-il faire s’il est conscient d’avoir fait des choses dont il a honte ou qui le rendent inacceptable à Dieu ? Voici ce qui nous préoccupe. » « C’est une question difficile, » répliqua Fidèle, « parce que celui qui a des doutes là-dessus, passera sa vie dans la crainte du jour du Jugement. » En entendant ceci, le frère du forgeron prit la parole : « Mais nos bonnes œuvres ne feront-elles pas équilibrer la Balance ? » demanda-t-il.
Fidèle le regarda avant de dire, « Je vais vous raconter une histoire : Il était une fois un vieillard qui avait une grande maison et de nombreux champs. Pendant toute sa vie il avait fait du commerce et accumulé des richesses pour son propre compte. Il ne pensait qu’à ce qui lui serait profitable. Il n’avait pas le temps de réfléchir aux souffrances d’autrui ; il fermait les yeux à tous ceux qui étaient malades ou nécessiteux. Il passa sa vie ainsi jusqu’à sa vieillesse. Or, il vint un temps où il commença à méditer sur l’au-delà. Il se dit, ‘Je ferai quelques bonnes œuvres pour équilibrer la Balance avant de mourir.’ Donc ce vieillard sortit et fit l’aumône aux infirmes et aux aveugles ; il en fit à la mosquée et aux pauvres. » Fidèle s’arrêta de parler et les regarda tous à tour de rôle. Alors il posa la question, « A votre avis, que deviendra ce vieillard dans la Balance de Dieu ? Il a passé soixante ans à satisfaire à ses propres désirs et maintenant il veut passer un an à assurer son avenir. Pourra-t-il acheter sa place au Paradis avec l’aumône d’une seule courte année ? Que lui dira Dieu le jour du Jugement ? Il lui dira, ‘Homme insensé ! Pensais-tu gagner plus dans l’au-delà que tu as gagné dans le monde ? Tout ce que tu as mérité, c’est l’enfer, toi et tous ceux qui ne s’occupent que d’eux-mêmes ! »
Ils se turent tous, en réfléchissant. Puis le frère du forgeron dit, « Mais si nous faisons de bonnes œuvres à partir de notre enfance, peut-être qu’elles pèseront plus lourdes que nos péchés. » « Penses-tu vraiment qu’il y quelqu’un parmi nous, » rétorqua son frère, « qui a compté toutes ses bonnes œuvres et tous ses péchés depuis l’enfance, afin de savoir lesquels pèseront plus lourds ? » Son frère leva les yeux d’un air pensif et dit, « Mais celui qui n’a fait qu’une seule bonne œuvre, Dieu peut être miséricordieux envers lui s’il le veut. » « Eh bien, à quoi cela sert-il ? » répondit le forgeron. « Nous ne savons nullement s’il le veut ou non ! Ecoute, Dieu a décrété que nous vivions toujours à mi-chemin entre l’espoir et la crainte – nous espérons sa miséricorde et nous craignons son châtiment. » « Dans ce cas-là, » dit son frère d’une façon indécise, « peut-être qu’il sera miséricordieux envers nous si nous croyons qu’il n’y a pas d’autre dieu que lui. » « Il y a peu de chances ! » riposta le forgeron. « Même Satan croit en Dieu et sait qu’il est unique, mais à quoi sert ce genre de foi ? Est-ce qu’elle rend Satan acceptable à Dieu ? » « Je n’en sais rien, » soupira son frère, « nous n’avons qu’espérer en fin de compte qu’il sera miséricordieux envers nous ! » Il se tourna alors vers Fidèle pour demander, « Est-ce que Dieu n’est pas appelé le Miséricordieux ? »
« Il est certainement le Miséricordieux, » répliqua Fidèle, « mais il n’est point miséricordieux envers tous ceux qui désobéissent à sa parole. Savez-vous ce qui est arrivé à notre ancêtre Adam ? Dieu lui a dit, ‘Ne mange pas le fruit de cet arbre au milieu du jardin.’ Mais il a quand même fini par le manger. Qu’est-il devenu à ce moment-là ? Dieu l’a chassé du jardin et y a posté des anges pour surveiller l’entrée. Le chemin du retour au jardin a été bloqué par Dieu pour qu’Adam et sa femme ne puissent plus jamais y rentrer. Il avait beau crier à Dieu et frapper à la porte, il ne pourrait plus jamais retourner au Paradis. Même s’il faisait tout le bien dont il était capable, et faisait tout son possible pour plaire à Dieu pendant le restant de sa vie dans ce monde, il était impossible pour lui de revenir là où il a été auparavant. Dieu ne lui a pas permis de retourner dans le Paradis. Or, Adam a désobéi à la parole de Dieu une seule fois, il était coupable d’une seule transgression, et Dieu l’a enlevé du Paradis où il était. Alors, qu’en pensez-vous ? Dieu a-t-il été miséricordieux envers lui, ou non ? » « Non, il a été puni, » avoua le forgeron. « Dieu n’a pas été miséricordieux envers lui. » « Mais si Dieu juge si strictement, » dit son frère, « comment est-il possible pour qui que ce soit de recevoir sa miséricorde ? Savez-vous nous expliquer cette énigme, Fidèle ? »
Fidèle les regarda encore une fois à tour de rôle et dit, « Si vous avez désobéi à la parole de Dieu, qu’est-ce qu’il vous faudra avant tout ? » Personne ne parla. « Si vous n’avez pas fait ce que Dieu attend de vous, qu’est-ce qu’il vous faudra avant tout ? » Ils ne dirent toujours rien. « Si le jugement de Dieu reste sur vous, qu’est-ce qu’il vous faudra avant tout ? » Ils le regardèrent tous, puis le forgeron dit, « Il me semble qu’il vous faudrait quelqu’un pour se tenir entre vous et Dieu, quelqu’un qui a fait lui-même tout ce que Dieu exige. Il vous faudrait quelqu’un capable de demander à Dieu qu’il soit miséricordieux ! »
« Ecoutez, chacun d’entre vous, » dit Fidèle, « Je vais vous raconter une histoire : Il était une fois un caïd de village, un brave homme qui tenait toujours sa parole et jugeait avec justice et sagesse. Un beau jour un garçon sortit chasser les oiseaux avec un lance-pierre. Il lança un caillou qui fracassa la fenêtre de la maison du caïd. On le saisit et
l’amena devant le caïd, tremblant de peur. Il tomba par terre en disant, ‘Que Dieu allonge votre vie, ô mon maître !’ Le caïd lui ordonna de se taire, puis il demanda, ‘Est-ce que c’est bien toi qui a brisé cette fenêtre ?’ ‘O mon maître,’ répondit-il, ‘je ne l’ai pas fait exprès – c’est le vent qui a emporté la pierre !’ ‘Quiconque brise une fenêtre,’ déclara le caïd, ‘doit la réparer !’ ‘S’il vous plaît, pardonnez-moi,’ plaida le garçon, ‘je suis vraiment désolé pour ce que j’ai fait !’ ‘Comment vas-tu la réparer ?’ lui demanda le caïd. ‘Je ne briserai plus jamais la moindre fenêtre,’ répliqua le garçon. ‘Comment vas-tu la réparer ?’ insista le caïd. ‘O mon maître, je ferai une bonne œuvre. J’irai donner deux pains aux aveugles devant votre maison.’ ‘Crois-tu que la nourriture pour des mendiants réparera la fenêtre ? Comment vas-tu la réparer ?’ ‘O mon maître, je n’en sais rien,’ dit le garçon. ‘Personne ne peut réparer une vitre une fois qu’elle est brisée.’ ‘Tu payeras une nouvelle vitre,’ répliqua le caïd. ‘Mais je n’ai pas d’argent, ô mon maître, pour acheter une vitre.’ Il se prosterna alors par terre en disant, ‘O grand Caïd, O grand Caïd !’ ‘Ce n’est pas comme ça que tu payeras la fenêtre,’ dit le caïd. Le garçon renchérit, ‘O Caïd, grande est votre miséricorde ! O Caïd, grande est votre miséricorde ! Pardonnez-moi seulement cette fois-ci.’ ‘Non,’ répliqua le caïd, ‘tu dois réparer ce que tu as cassé.’ Le garçon baissa la tête : il ne savait que faire. Il n’avait aucun argent pour payer la vitre qu’il avait brisée. Il restait là en silence. Puis le caïd demanda, ‘As-tu des parents ou des frères qui ont de l’argent et qui peuvent venir te libérer de cette dette ?’ ‘J’ai un oncle,’ a-t-il répliqué, ‘mais je ne sais pas s’il viendra.’ On envoya chercher l’oncle. Lorsqu’il arriva, il prit deux pièces d’argent dans la poche de sa robe et les donna au caïd. Alors le caïd dit au garçon, ‘Va en paix, mon fils ! Ton oncle a payé pour toi !’ »
Fidèle regarda autour de lui et demanda, « Avez-vous compris cette parabole ? » Amsiggel prit la parole : « Le caïd ressemble à Dieu, » dit-il, « et le garçon me ressemble, moi. La fenêtre brisée représente les mauvaises choses que j’ai faites et les bonnes choses que je n’ai pas faites. Mais, pour ce qui concerne l’oncle du garçon, je ne sais pas qui c’est ! » Fidèle répondit alors, « Celui qui a réglé notre dette, nous l’appelons notre Sauveur. Parce que nous sommes tous en effet comme ce garçon : nous n’avons pas assez pour régler ce que nous devons. Alors, Dieu a envoyé celui qui a pu régler les comptes à notre place. Il est venu payer pour vous et pour moi, et pour chacun d’entre nous, afin de nous sauver de notre mauvais sort. Et le jour du Jugement le Grand Caïd nous dira, ‘Va en paix, mon fils ! Ton Sauveur a payé pour toi !’ »
Après ceci ils se turent tous, pensant à ce qu’ils avaient entendu. Puis le frère du forgeron demanda, « Donc, s’il a déjà payé pour nous, qu’est-ce que nous devrions faire nous-mêmes ? » En entendant cela, Fidèle posa la question, « Que ferait le garçon dans l’histoire ? » Et Amsiggel répondit, « Il se sentirait très reconnaissant envers celui qui lui est venu en aide. Il lui serait vraiment attaché. Il voudrait aller partout avec lui parce qu’il l’aimerait tant. » « Mes amis, nous ne pouvons rien faire du tout, » approuva Fidèle, « sauf éprouver une grande reconnaissance envers celui qui nous a libérés de notre Dette. Nous ne pouvons rien faire, sauf croire en lui, nous accrocher à lui, nous appuyer sur lui. » Le forgeron demanda alors, « Que deviendra quelqu’un qui croit en lui le jour du Jugement ? » « Pour nous, il n’y aura point de Jugement, » précisa Fidèle, « car il a déjà payé tout ce que nous devons. Il ne nous permettra pas de souffrir les Touments de la Tombe, parce qu’il nous a déjà fait échapper à la Balance et au Récit des Bilans et nous a sauvé du Feu de l’Enfer. Et c’est comme ça que nous recevons la miséricorde de Dieu, tout comme il a projeté depuis le début des temps ! »
Ils y passèrent trois jours ; puis les forgerons dirent, « Tout ceci est complètement nouveau pour nous. Restez encore quelques jours, parce que nous désirons comprendre encore plus à ce sujet. » Mais Fidèle répondit, « Que Dieu vous bénisse, mes frères. Nous voudrions rester, mais il y a d’autres gens et nous devons les aider, eux aussi. » « D’accord, » dit le forgeron. « Permettez-nous seulement de vous accompagner ! »
Après deux jours sur le chemin, ils arrivèrent au village de Paix le soir tombant. Il s’y trouvait quelques hommes en train de causer, assis à l’ombre sur le seuil d’un atelier – chacun tenait quelquechose de cassé ou d’endommagé. L’un avait une charrue cassée, un autre avait une table dont le pied s’était détaché, un autre avait une pelle sans manche, un autre avait une charrette en bois à la roue tordue. Amsiggel échangea des salutations avec eux, puis regarda à l’intérieur de l’atelier. Il y vit un homme qui rabotait du bois.
« Est-ce que tu veux voir le menuisier ? » demandèrent les hommes. « As-tu quelque chose de cassée ou d’endommagée ? » « Partout où nous sommes passés ces jours-ci, » répliqua Amsiggel, « nous avons entendu parler de ce qui est cassé ou endommagé. Votre menuisier sait-il redresser une vie tordue ? Sait-il réparer un cœur brisé ? Sait-il restaurer un monde ruiné ? » « Peut-être que oui ! » répondirent-ils.
La conversation continuait quand survint une jeune fille. C’était à toute évidence la fille du menuisier, qui apportait du thé à la menthe pour son père. Quand celui-ci sortit, il posa un regard bienveillant sur Amsiggel et sa sœur, en disant, « Dieu protège le chemin de ceux qui lui plaisent ! Vous avez fait une longue route et vous êtes assurément les bienvenus ! » Puis il ajouta gentiment, « Vous trouverez ici parmi nous le repos et la paix. » Il chargea sa fille de les emmener à la maison. En traversant le village ils aperçurent des femmes qui puisaient de l’eau et des hommes qui labouraient les champs. Il semblait que partout ils entendaient chanter, comme le chant des anges. Jamais de leur vie ils n’avaient entendu de chant pareil.
La jeune fille les fit entrer dans sa maison. Ils s’assirent dans une pièce longue où elle apporta de quoi préparer du thé à la menthe, et du pain tout chaud. Elle dit, « Moi, je m’appelle Miel, et le nom de mon père est Fidèle – à vrai dire, son nom signifie ‘Celui qui désire le mieux pour tous’. Sur le mur se trouvait l’image d’un berger. Il portait un agneau dans les bras, et d’autres agneaux l’entouraient. « Qui est ce berger ? » demanda Tazouite. Miel fixa son regard sur elle avant de dire, « Celui-là, c’est le Bon Berger. Il prend soin de ses agneaux…tout comme notre Sauveur prend soin de nous. » « Que veux-tu dire par ton ‘Sauveur’ ? » demanda Tazouite, perplexe. La fille sourit et dit, « Un sauveur, c’est quelqu’un qui vient en aide si l’on est en danger. Si quelqu’un est tombé dans une fosse profonde, il l’en tirera avant qu’il ne meure de faim. S’il est tombé dans la rivière, il l’en fera sortir avant qu’il ne soit emporté. »
« Parlez-nous de ce berger, votre Sauveur, » dit Tazouite. « Eh bien, le berger, c’est celui qui entre par la porte dans l’enclos des brebis, » répliqua Miel. « Les brebis obéissent à sa voix et il appelle celles qui lui appartiennent, chacune par son nom. Il les mène dehors, et ses brebis le suivent parce qu’elles reconnaissent sa voix. Il a dit lui-même, ‘Je suis le Bon Berger. Le Bon Berger donne sa vie pour les brebis. Je ne suis pas comme celui qui ne travaille que pour l’argent, et qui s’enfuit lorsque survient le loup, parce que les brebis ne lui appartiennent pas. Je suis le Bon Berger et je suis prêt à mourir pour elles. Je possède d’autres brebis qui ne viennent pas à cet enclos et je dois les rassembler, elles aussi. Elles obéiront à ma voix, et il y aura un seul berger et un seul troupeau.’ » Miel leva la tête pour regarder l’image. « Un jour, » enchaîna-t-elle, il a demandé aux gens, ‘Que ferait n’importe qui d’entre vous s’il possédait cent brebis et que l’une d’elles se soit égarée ? Est-ce qu’il ne laisserait pas les autres pour aller chercher celle qui s’était égarée ? Et lorsqu’il l’aurait trouvée, il la prendrait dans ses bras et la porterait sur ses épaules jusqu’à ce qu’il l’ait ramenée saine et sauve chez lui. Ensuite il convoquerait ses voisins, en disant : ‘Venez, célébrez avec moi ; j’ai retrouvé ma brebis perdue !’ »
Tazouite était plongée dans la réflexion. « Ça, c’est vraiment un bon berger, » lança-t-elle. « Il se soucie réellement de ses brebis ! Il est même parti à la recherche de l’agneau qui s’est égaré. » « Il veille sur eux nuit et jour, » ajouta Amsiggel, « et il est prêt à se sacrifier, jusqu’à la mort, pour qu’il ne leur survienne aucun mal. » « Voilà exactement ce que fait notre Sauveur, » poursuivit Miel. « Il appelle chacun de nous par notre nom et part à la recherche de celui qui est perdu. Il a sacrifié tout ce qu’il possédait pour notre compte, afin de nous ramener sains et saufs à l’enclos. C’est pour cela que nous l’appelons notre Sauveur. » Ils se turent, tout en réfléchissant à ce que Miel leur avait raconté. Puis elle dit, « Venez, que je vous montre où vous allez coucher. Nous pouvons continuer à parler demain matin. »
Lorsqu’ils se réveillèrent le lendemain matin, il y avait de nombreux enfants qui jouaient et riaient ensemble dans la cour au milieu de la maison. Le menuisier rentra avec du thé à la menthe et un bol de bouillie pour chacun d’eux. Amsiggel lui dit, « Monsieur Fidèle, c’est merveilleux ! Je n’ai jamais vu d’enfants pareils. Ils ne se battent, ni se disputent, ni ne s’insultent les uns les autres, et je ne les ai pas entendus prononcer la moindre parole grossière ! » Le menuisier sourit et dit, « O Seigneur Dieu, ta louange remplit les cieux, de la langue d’enfants et de nourrissons. Tu es en haut, au dessus de tous ceux qui se disputent etqui se battent. » Puis il leur demanda d’où ils étaient venus et où ils souhaitaient aller. Ils lui parlèrent des personnes qu’ils avaient rencontrées pendant leur voyage et ils rapportèrent les paroles du bûcheron, de l’ermite, de la vieille femme dans la forêt, du nomade, du voleur et du forgeron. « Chacun de ces gens, » expliqua Amsiggel, « se fait des soucis au sujet de plusieurs choses qu’ils n’arrivent pas à comprendre. »
« Quelles sont leurs questions ? » demanda Fidèle, d’un air bienveillant. Rassuré, Amsiggel commença : « Monsieur Fidèle, le bûcheron dit, ‘Nous voyons la sagesse et la bonté de Celui qui a fait toutes les créatures de la forêt, mais nous ne savons pas s’il s’occupe toujours du monde ou s’il l’a laissé à ses propres soins.’ L’ermite dit, ‘Tout dans le monde est malade – il a été frappé d’un fléau.’ La vieille femme dit, ‘Il n’y a aucune sécurité, ni dans ce monde, ni dans l’au-delà.’ Le nomade demande, ‘Comment trouver le moyen de plaire à Dieu ?’ Le voleur demande, ‘Comment une mauvaise personne peut-elle devenir bonne ?’ Le forgeron demande, ‘Peut-on purifier son cœur de la honte et se libérer de la crainte, le jour du Jugement ?’ » Puis Amsiggel enchaîna, « Vous, le peuple de Paix, avez-vous découvert comment on peut faire sa paix avec Dieu, avec les autres villageois et avec soi-même ? »
Le menuisier sourit avec bonne humeur. « Remercions Dieu pour cette heure qui nous a rapprochés les uns des autres, » dit-il, « car il est dit dans sa parole, ‘Je les ferai entrer dans la sécurité tant désirée.’ Dieu désire montrer à chacun de ces personnes la Voie de la Paix. » « Comment est-elle, la Voie de la Paix ? » demanda Amsiggel, « et où se trouve-t-elle, pour qu’on puisse l’emprunter ? » Fidèle le regarda sérieusement. « Il est vrai que maintenant on nous appelle le Peuple de Paix, mais dans le passé ce n’était pas la paix qui occupait nos pensées. C’était une époque de violence. Nos ancêtres se battaient avec d’autres tribus et s’emparaient de toutes leurs possessions par la force. » « Que s’est-il passé parmi vous alors, » demanda Amsiggel, « pour vous faire changer si complètement de vie ? » « Il est venu quelqu’un chez nous, » répliqua Fidèle, « qui nous a donné la paix avec Dieu, avec nos voisins et avec nous-mêmes. Il a fait une nouvelle alliancepour nous. Il nous a montré comment être bons les uns envers les autres, et comment réfléchir à ce que voudrait autrui, sans exiger plus que notre part ni convoiter ce qui ne nous appartient pas. Il nous a montré comment aider ceux qui sont dans le besoin, nourrir ceux qui ont faim et habiller ceux qui ont froid. En une seule phrase il a résumé tout ce qui est écrit dans la loi de Dieu et les prophètes – il a dit, ‘Faites pour les autres tout ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous !’ » Puis Fidèle poursuit, « Restez ici avec nous quelque temps et j’expliquerai tout ce que Dieu nous a montré. »
Ils y passèrent quelques mois ; Amsiggel accompagnait Fidèle régulièrement à l’atelier, et Tazouite aidait Miel à la maison. Ils entendaient parler de tout ce qui avait été fait par celui qu’ils appelaient leur Sauveur. Finalement il fut temps de partir et Amsiggel leur dit, « Chers amis, vous avez été très bons envers nous, mais il nous faut revenir sur nos pas pour voir toutes les personnes que nous avons rencontrées pendant notre voyage, avant de rentrer chez nous. » Mais Tazouite n’avait pas envie de rentrer. « Non, » dit-elle fermement. « J’ai trouvé ici parmi ces gens tout ce que je cherchais. Je ne peux pas les quitter maintenant ! » « Il faut leur ramener ce que nous avons entendu, » lui dit Amsiggel avec douceur, « car nous les avons laissés tout perplexes et abattus. » Il se tourna vers Fidèle et sa fille. « Mais je voudrais vous demander un service, » dit-il, « encore plus grand que la bonté dont vous nous avez déjà fait preuve. Pourriez-vous nous accompagner afin de mettre ces gens en liberté ? » « Demandons à Dieu de nous montrer sa volonté, » répliqua Fidèle. Il ferma les yeux et pria, « O Seigneur notre Dieu, nous te louons parce que tu as rempli nos cœurs de ta paix. Tu nous a donné la paix les uns avec les autres et la paix avec toi. Fais-nous savoir à présent si tu désires que nous partions avec nos chers hôtes apporter ta parole à ceux qui leur ont posé des questions le long de leur route. Montre-nous ce que tu veux de nous, au nom de notre Sauveur. » Tous dirent « Amen ! » Fidèle les regarda pendant un moment, puis déclara, « Celui qui emprunte ce chemin, rien ne le boulversera ! Restez jusqu’à demain et nous partirons avec vous. »
Amsiggel et Tazouite passèrent la nuit chez les deux Hamous et tôt le lendemain matin ils se mirent encore une fois en route. Il faisait très chaud et il n’y avait aucune ombre ; bientôt ils eurent très soif. Mais ils poursuivirent toujours leur chemin, jusqu’à ce qu’ils aperçurent au loin une petite maison. Cela leur remonta beaucoup le moral – ils espéraient s’y rafraîchir.
A mesure qu’ils s’approchaient, il se fit entendre de l’intérieur de la maison un bruit de grands coups de marteau. Amsiggel appela à haute voix, mais personne ne l’entendit. Tazouite frappa à la porte, mais il ne survint personne. La poussant légèrement, ils regardaient l’intérieur. Ils y aperçurent deux hommes qui tapaient le fer avec un lourd marteau. C’était une forge, noire et sombre, avec un fourneau rougoyant d’où jaillissaient des étincelles de partout. Ils y entrèrent et restèrent là à regarder les forgerons. Tazouite avait tellement soif qu’elle s’évanouit sur place. « C’est comme la Demeure des Morts ici, » se dit son frère. « Nous avons appelé à la porte, mais personne ne nous a entendus. Nous avons frappé, mais personne nous a fait entrer. Et, une fois à l’intérieur, voici que nous sommes condamnés à l’obscurité et au feu torride avec des coups bruyants et du pilonnage, comme si nous vivions les Tourments du Tombeau. »
Finalement les forgerons posèrent leurs outils et montrèrent du doigt un tabouret fait d’un tronc de palmier où il put faire asseoir Tazouite ; puis ils apportèrent à boire. Lorsqu’ils furent quelque peu remis, Amsiggel raconta leur voyage et les épreuves qu’ils avaient affrontés en route. Le forgeron répliqua, « L’homme est comme une pièce de monnaie qui roule ça et là, sans cesse passant d’une bourse à l’autre. Toute notre vie nous nous déplaçons continuellement, et nous ne trouvons aucun repos dans ce monde ! » Son frère prit la parole : « Mais les anciens disent, ‘On ne roule pas plus loin que le pied de la colline !’ Et chaque pièce a ses deux côtés : elle tombe sur l’un des deux, et reste tel quel. L’homme est pareil ; lui aussi a ses deux faces : il tombe sur l’une des deux et reste tel quel. Quand il cessera de rouler, le jour du Jugement, il se trouvera ou au Paradis, ou en Enfer, et c’est là où il restera ! »
« Savez-vous ce qui se passera le jour du Jugement ? » demanda Amsiggel. « Eh bien, on dit que chacun de nous se tiendra devant Dieu, » répondit le forgeron, « et chacun récitera un bilan entier de ce qu’il a fait. Ceux qui ont fait des choses admirables les raconteront. Ceux qui ont fait des choses honteuses les raconteront. Puis tous les gens envers lesquels vous avez agi honteusement se lèveront et vous demanderont des comptes pour la manière dont vous les avez traités. Ils vous feront peser dans la balance parfaite qui ne ment jamais. Puis les coupables iront en enfer et ceux qui ont fait tout ce que Dieu désire(rãa) iront au Paradis. Amsiggel retourna tout ceci dans sa tête. « Mais lequel d’entre nous, » dit-il à la fin, « a fait tout ce que Dieu désire ? » Le forgeron le regarda fixément. « Voilà ce qu’on dit, » répliqua-t-il, « mais il n’y a certainement personne d’entre nous qui a fait tout ce que Dieu désire. » « Si tel est donc le cas, » demanda Amsiggel, « que deviendrons-nous qui échouons aux examens de Dieu ? » « Eh bien, nous demanderons alors à Dieu d’être miséricordieux, » répondit le forgeron, d’un air gêné. « Savez-vous si Dieu sera miséricordieux envers nous tous, ou seulement quelques-uns d’entre nous ? » insista Amsiggel. « Que sais-je, moi ? » répliqua le forgeron. « Lui seul le sait ! » « Cela ne me rassure pas du tout ! » dit Amsiggel. « Est-ce qu’on ne peut pas savoir définitivement si on ira au Paradis ou à l’autre endroit ? » « Eh bien, quiconque craint la damnation doit espérer recevoir la miséricorde, » répondit le forgeron.
En entendant ceci, son frère reprit la parole : « On dit qu’une seule bonne œuvre pesera plus lourde que cent mauvaises œuvres. Il faut donc faire beaucoup de bonnes œuvres pour que la balance soit en équilibre. » Son frère l’observa attentivement avant de dire, « Est-ce que tu crois que tu seras capable de te tenir devant Dieu pour faire peser tout le mal que tu as fait avec le bien ? N’auras-tu pas honte de tes péchés et des mauvaises choses que tu as faites ? »
« Je vais vous raconter une histoire, » enchaîna-t-il, « que j’ai entendue chez les anciens : Il était une fois un roi qui était un homme très pieux et ne mangeait jamais du porc. Il avait dans son palais un cuisinier qui préparait ses repas tous les jours. Un beau jour ce cuisinier a fait un tajine pour le roi. Il y a mis du bœuf, de l’agneau et du porc… puis il a rajouté tous les autres ingrédients comme le sel et les légumes ; il a remué le tout et a attendu qu’il soit bien cuit. Ceci dégageait un arôme magnifique et le roi était prêt à diner de bon appétit. Quand le cuisinier l’eut servi, le roi a dit, ‘Quel excellent tajine ! Qu’est-ce que tu as mis là-dedans ?’ ‘Un peu de bœuf,’ a-t-il répondu, ‘un peu d’agneau et un peu de porc.’ Le roi s’est levé, tout en colère. ‘Malheureux !’ s’est-il écrié. ‘Croyais-tu que le bœuf et l’agneau rendraient pur le porc ? Au contraire, c’est le porc qui a corrompu le tajine tout entier !’ Se tournant vers ses serviteurs il ordonna, ‘Liez ce païen. Coupez-lui la tête et jetez-le dans la fosse noire, lui et son tajine ! Il a fait entrer la corruption dans ma présence. Il ne mérite que la mort !’ » Le forgeron poursuivit, « Voilà ce qui arrivera à chacun qui se tiendra devant Dieu, en faisant entrer dans sa présence le mal mélangé au bien. Et que lui dira Dieu à ce moment-là ? Il dira, ‘Jetez ce malheureux dans l’enfer ! Il a fait entrer la corruption dans ma présence ! Il ne mérite que le feu de l’enfer !’ Et laissez-moi vous dire que les bonnes œuvres n’enlèveront jamais les mauvaises œuvres, parce que les mauvaises œuvres ont corrompu la personne toute entière. On retire du four exactement ce qu’on y a mis ! »
« Monsieur, tout ceci me fait dresser les cheveux sur la tête ! » s’exclama Amsiggel, d’une voix éteinte. « Est-ce que nous ne pouvons trouver aucun moyen d’effacer ce qui nous a rendu inacceptables devant Dieu et honteux à nos propres yeux, avant d’arriver en présence de Dieu lui-même ? N’est-il pas possible de nous purifier de nos péchés avant qu’ils ne soient mis sur la balance ? » « Si seulement un homme pouvait savoir sans aucun doute si Dieu lui sera miséricordieux ! » répliqua le forgeron. « Si seulement nous pouvions nous réconcilier avec lui avant l’Heure du Châtiment ! » En entendant ceci, Amsiggel poussa un grand soupir. « Celle-ci est la plus difficile de toutes les questions qu’on a entendues pendant ces jours passés, » dit-il. « Continuez à monter en suivant cette piste, » répondit le forgeron, « et vous arriverez à la longue au village appelé Paix. S’ils ne savent pas la réponse, eux – personne ne la saura ! »
Ils suivirent la route jusqu’à midi, quand ils croisèrent par hazard deux jeunes hommes qui venaient des champs, la pelle à l’épaule. Ils se saluèrent mutuellement et continuèrent ensemble sur la piste.
Ils causèrent pendant quelque temps au sujet du labourage et de la récolte, puis Amsiggel demanda, « Comment vous appelez-vous ? » L’un répliqua, « Je suis Hamou-le-Barbu, et nous appelons ce type-ci Hamou-le-Voleur. » Amsiggel s’étonna. « Je vois pourquoi on t’appelle ‘le Barbu’, » dit-il, « parce que tu as la barbe – mais ‘le Voleur’ : pourquoi ce nom-là ? » « Eh bien, » répondit l’autre tristement, « j’ai volé une fois un poulet au caïd du village et on l’a trouvé chez moi. » Amsiggel, surpris, lui demanda, « Il y a combien de temps de cela ? » « Deux ans, » répliqua-t-il, « et depuis ce temps-là, je n’ai plus rien volé. » « Bon, » dit Amsiggel, « il est donc évident que tu n’es plus un voleur ! » Mais Hamou-le-Barbu s’interposa, « Un type louche, » dit-il, « se fait toujours soupçonner ! »
Amsiggel réfléchit à ceci avant de dire, « Tu as une barbe – à n’importe quel moment tu peux la raser et changer ton aspect. Alors, ton ami, est-ce qu’il ne peut pas changer, lui aussi ? » « Ah ! » répondit Hamou-le-Barbu, « les poils poussent à l’extérieur d’un homme, mais une nature de voleur se trouve bien au dedans de lui. » « Mais est-ce qu’on ne peut pas changer ce qui est au dedans de soi ? » demanda Amsiggel. « Ce type-là, » enchaîna Hamou-le-Barbu, « a une nature de voleur depuis sa plus jeune enfance – il l’a absorbé avec le lait de sa mère et avec le fruit du travail de son père. Un petit garçon est comme du bois de laurier-rose – pendant qu’il est encore vert, on peut en faire ce que l’on désire, mais du moment qu’il se dessèche, il n’est bon que pour le feu ! »
Se tournant vers le voleur, Amsiggel demanda, « Le caïd t’a-t-il pardonné ? » « Il m’a pardonné, » répondit-il, « quand je lui ai rendu le poulet, mais il n’a jamais oublié ce que j’ai fait. Chaque fois que je le rencontre il se moque de moi et m’insulte, lui et sa famille et tous ses parents. » « Mais si tu faisais la promesse de ne jamais plus commettre le vol, » suggéra Amsiggel, « est-ce qu’ils ne te permettraient pas de recommencer à zéro ? Ne peux-tu pas trouver le moyen de te réconcilier avec eux ? » « Mais non ! » dit-il, « parce qu’ils me soupçonnent toujours. Chaque fois qu’il y a quelquechose de volée dans le village, on croit que c’est moi qui l’ai prise ! » Amsiggel fut très étonné par ce comportement.
« Ces gens-là, » poursuivit le voleur tristement, « sont comme une pomme qui paraît bonne à l’extérieur mais qui est pourrie à l’intérieur. Le mal que j’ai fait a été remarqué tout de suite, mais le mal qu’ils font, eux – ils savent tout simplement comment le cacher. Ils te racontent combien ils sont bons, mais je sais qu’en vérité ils sont pires que moi. Seulement, ils agissent en secret pour que personne ne les aperçoive. » « Tu as tout à fait raison, » approuva Amsiggel. « Les gens n’ont pas honte de ce qu’ils font s’il n’y a personne pour le voir. »
« En temps d’hiver, » dit le voleur, « la neige tombe et couvre toutes les ordures qui sont éparpillées par terre. Mais lorsque le soleil apparaît, il fond la neige et révèle que les ordures sont toujours là. La neige est comme quelqu’un qui dit, ‘Je suis un brave type – je n’ai rien fait de mal !’ Cette personne-là ment, parce qu’elle dissimule les saletés dans son cœur et dans son esprit. Dieu les révélera tous le jour du Jugement, tout comme le soleil révèle les mauvaises choses que la neige cache à notre vue. » « Beaucoup de gens disent qu’ils sont bons, » ajouta Hamou-le-Barbu, « mais ils ont une nature menteuse, abusant de la confiance d’autrui et les trompant. Ils ont une nature jalouse, convoitant ce qui appartient aux autres. Ils ont une nature aggressive, se disputant avec quiconque s’oppose à eux. Ils ont une nature lascive, convoitant d’autres femmes. Ils ont une nature vaniteuse, abusant de leurs frères et de leurs camarades de travail. Ils ont une nature paresseuse, ne tenant pas leurs promesses. Bref, nous savons tous comment nous sommes ! » « Tu as raison, » reconnut Amsiggel. « Nous savons ce qui est caché dans le cœur de l’homme. Mais nous ne voulons jamais excuser les fautes d’autrui, car nous désirons tous donner l’impression que nous sommes meilleurs qu’eux. Nous pouvons bien cacher nos fautes, mais comment arriver à nous purifier de ce mal caché au fond de nous ? »
« Ce n’est pas du tout facile, en effet ! » dit Hamou-le-Barbu. « Prenons la vache, par exemple, sans cesse agacée par des mouches. Elle agite sa queue, tape des pieds, ferme les yeux, secoue la tête, mais elle ne réussit pas à se débarrasser des mouches. Elles ne veulent pas la laisser tranquille. Tous les jours elles continuent à la démanger et à l’agacer. C’est comme ça que la vache passe ses jours, jusqu’à sa mort. Pour nous aussi c’est pareil. Des paroles méchantes et des pensées mauvaises nous assaillissent de partout. Elles nous ennuient et nous vexent et nous séduisent et nous préoccupent. Cela ne nous plaît pas du tout et nous nous sentons mal à l’aise. Nous tentons inefficacement de les chasser de tous côtés, de la même manière que la vache agite sa queue ; nous faisons de notre mieux pour renvoyer ces méchantes choses – nous prions, nous jeûnons, nous lisons et récitons, nous faisons l’aumône, mais nous ne pouvons pas échapper au mal de ce monde, qui vient se poser sans cesse sur notre corps. C’est comme ça que nous passons nos jours, jusqu’à la mort. A vrai dire, les mouches ne pénètrent pas à l’intérieur de la vache qu’après sa mort, mais, quant à nous, ces méchantes choses pénètrent au dedans de nous pendant que nous sommes encore vivants. »
« Que Dieu nous protège ! » s’exclama le voleur. « Car nous ne pouvons pas éviter les choses polluantes de ce monde, ni savoir aucun moyen d’enlever la pollution du dedans de nous-mêmes. » « Tu raison, » dit Hamou-le-Barbu, en le regardant attentivement, « parce que, comme nous l’avons dit, une mauvaise personne ne peut devenir bonne, ni aux yeux de Dieu, ni aux yeux d’autrui. » Amsiggel prit la parole : « En effet, nous finissons par nous éloigner complètement de nos voisins, de nous-mêmes, et de Dieu. Si seulement la paix et la réconciliation pouvaient exister entre nous ! Si seulement il pouvait y avoir de la compassion pour rapprocher ceux qui se sont brouillés ! » Tous se turent, absorbés par leurs propres pensées. Puis Hamou-le-Barbu dit, « J’ai entendu dire qu’il y a un endroit de l’autre côté des montagnes qui s’appelle Paix. Peut-être que les gens de là-bas sauront le moyen de vivre en paix l’un avec l’autre. »
A l’aube ils se mirent encore une fois en marche. La piste les mena à la fin hors de la forêt et les fit monter parmi des rochers gigantesques. Ils poursuivirent leur chemin jusqu’à ce qu’ils recontrent un troupeau de moutons et de chèvres qui broutaient dans un lieu herbeux. Il s’y trouvait une tente en poil de chèvre noir, un âne se tenant tout près. Une famille de nomades était rassemblée dans la tente, en train de prendre un repas. Lorsque la femme les aperçut, elle se leva pour les inviter à partager ce qu’ils mangeaient dans l’assiette. La famille leur demanda d’où ils étaient venus et où ils allaient ; alors Amsiggel leur raconta le voyage qu’ils avaient fait, lui et Tazouite, et les gens qu’ils avaient rencontrés. « Mais il y a trois énigmes qu’on n’a pas pu résoudre, » ajouta-t-il. « Le bûcheron dit que quelqu’un a créé ce monde beau et bon. L’ermite dit qu’il est arrivé quelquechose au monde qui a abîmé sa beauté et sa bonté. Et la vieille femme dit qu’il ne reste aucune sécurité dans le monde – et même dans l’au-delà, elle ne peut pas non plus s’assurer d’y trouver un abri. »
« Nous languissons tous pour la sécurité, » dit le nomade, « mais nous ne le trouverons nulle part dans ce monde, ni dans l’au-delà – pour la simple raison que nous ne savons vraiment pas satisfaire Dieu. » En entendant ceci, Amsiggel enchaîna, « La vieille femme, la pauvre, craint que Dieu ne l’acceptera jamais, parce qu’elle ne peut pas satisfaire aux exigences de la religion. » « Nous ne satisfaisons pas à ces exigences, nous non plus, » avoua la femme du nomade. « Nous habitons des régions sauvages, » ajouta son mari, « donc nous n’entendons pas l’appel à la prière, ni à midi, ni le soir. Nous ignorons les mois et les jours de jeûne. Il n’y a pas de mendiants auxquels on pourrait faire l’aumône. Nous ne savons pas comment faire les ablutions rituelles. Le pèlerinage et l’enseignant de la mosquée sont tous les deux loin de chez nous. Nous ignorons les paroles qui sont récitées dans la mosquée et, de toute façon, nous ne comprenons pas leur sens. Que deviendrons-nous alors ? Comment pourrions-nous plaire à Dieu ? Et comment arriver à être en sécurité chez lui ? »
« N’existe-t-il un autre moyen de plaire à Dieu et trouver la sécurité chez lui ? » demanda Amsiggel. « Seulement ceux qui assistent à la mosquée sont acceptés par Dieu et vivent en sécurité, » répliqua la nomade. Son mari se tourna vers eux en disant, « Voici un conte que racontaient les anciens : Il était une fois un roi qui a invité quelques hommes à souper avec lui au palais. Ils sont entrés dans la présence du roi et se sont inclinés devant lui avec le plus grand respect. Ils n’ont ni fumé ni craché ; ils n’ont pas osé jeter un regard sur les servantes du palais, ni se permettre qu’un mot grossier n’échappe de leurs lèvres. Il s’agissait clairement d’hommes de bon comportement, et le roi en était enchanté. Cependant, c’était un homme intelligent qui savait comment sont les gens. Donc, quand ses invités furent partis, il envoya ses serviteurs demander à leurs voisins comment ils se comportaient dans le souk et à se renseigner chez leurs femmes sur la façon dont ils se conduisaient à la maison. Quand les serviteurs furent rentrés au palais, ils firent leur rapport au roi, ‘Ces hommes battent leurs femmes ; ils pratiquent l’escroquerie dans le souk ; ils se disputent avec leurs voisins. Chacun lutte pour son propre avantage – ils ne sont point dignes d’être vos amis.’ Le roi a répondu, ‘Qu’on ne les voit plus jamais dans mon palais !’ »
Le nomade poursuivit, « Dans la mosquée, les gens s’inclinent devant le Grand Roi, et font tout leur possible pour démontrer combien ils sont bons. Mais quand ils sortent de la mosquée, c’est alors que le Roi les met à l’épreuve pour voir de quoi ils sont faits. Qu’en penses-tu ? Si la prière et le jeûne n’assurent pas le bon comportement d’un homme envers sa famille, quelle valeur ont-ils ? Et quelqu’un dont les démarches ne sont pas honnêtes dans le souk, comment peut-il satisfaire Dieu dans la mosquée ? C’est pour cela qu’il n’y a plus de sécurité dans le monde – parce qu’on ne sait plus plaire à Dieu par sa conduite bienséante et honnête. Au lieu de ça, ils essaient de lui plaire en récitant des paroles et manquant des repas ! Ils sont habitués aux choses comme elles sont – ils ne cherchent rien de neuf ! »
Amsiggel les regarda, puis il dit, « Tout cela ne rime à rien. Prenez la bijouterie en argent, par exemple. Tout le monde dit que l’argent est d’une grande valeur et il se vend très cher. Mais à quoi sert-t-il ? Est-ce qu’un couteau en inox n’est pas plus utile ? On pourrait s’en servir pour couper des navets. Ou une clé en fer – on pourrait s’en servir pour ouvrir une porte. Avec une cuillère en bois on pourrait remplir les bols de bouillie. Toutes ces choses nous sont utiles. Mais une bague en argent, à quoi sert-elle ? Ou une broche en argent, en quoi est-elle utile ? Il me semble que les gens ne savent plus distinguer ce qui est utile de ce qui est complètement inutile ! » Le nomade fut d’accord : « Ils sont tous habitués à faire ce que fait tout le monde, » dit il. « Ils font tout simplement ce qu’ont fait leurs ancêtres ; ils suivent les coutumes transmises de père en fils sans se demander si elles sont utiles ou non. »
La femme poussa un grand soupir. « Tout ceci est déconcertant, » dit-elle. « A ton avis, n’existe-t-il pas un autre moyen de plaire à Dieu ? » Son mari répondit, « Une vache attachée par une corde dans un pré tourne en rond en piétinant la terre jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à manger. Elle tire sans cesse et fait tout son possible pour rompre sa corde ou arracher le piquet auquel elle est attachée, essayant d’atteindre l’herbe fraîche. Voici à quoi nous ressemblons. Nous languissons de partir à la découverte du grand royaume de Dieu, mais nous sommes attachés à nos coutumes, craignant ce que diront les gens ! »
« Vous nous avez dit que l’important, monsieur, c’est de faire du bien aux autres, » dit Amsiggel, « mais comment savoir ce qui est bon ? Il y a sûrement des choses qui sont bonnes pour l’un, et mauvaises pour l’autre, et des choses qui sont mauvaises pour l’un et bonnes pour l’autre. » La femme du nomade lui coupa la parole : « Je ne comprends pas ce que tu veux dire, Amsiggel ! » « Eh bien, si ma sœur et moi avons une pomme et je la prends pour moi tout entière, voilà qui est bon pour moi, mais pas pour elle. Si je la coupe et lui en donne la moitié, j’ai réduit ce que je possède de bon, et augmenté ce qu’elle a, elle. Peut-on alors couper la bonté en deux et la partager entre nous ? Si quelqu’un va au souk et achète quelquechose pour plus qu’elle ne vaut en réalité, pour lui c’est un marché de dupes, mais pour l’homme qui la lui a vendu, c’est un marché avantageux. Ou si le garçon qui garde les moutons entend l’appel à la prière et laisse le troupeau broutant sur la colline pour aller à la mosquée, on dirait que c’est une bonne chose, mais pour le propriétaire des moutons, c’est une mauvaise chose. Je n’arrive pas à résoudre ce problème. Comment pouvons-nous distinguer ce qui est bon de ce qui est mauvais ? »
« J’ai aussi une autre question, » poursuivit Amsiggel. « Si je fais une chose avec la meilleure des intentions, mais ensuite je trouve que cela fait du mal à quelqu’un, comment puis-je réparer le mal que j’ai fait ? Comment puis-je mettre cela en ordre avec les gens concernés et avec Dieu ? Par exemple : je lance une pierre pour empêcher aux brebis de s’éloigner, mais si elle frappe un enfant et il meurt, que puis-je faire pour que sa famille me pardonne ? Et que faire pour que Dieu me pardonne ? Ou si je me dispute avec quelqu’un et lui donne un coup de poing, puis je me rends compte qu’il avait raison après tout, que puis-je faire pour qu’il me pardonne ? Que faire pour que Dieu me pardonne ? »
Ils restèrent là avec les nomades pendant une semaine. Amsiggel tressa de la ficelle à partir de feuilles de palmier et répara toutes les sandales des enfants. Tazouite raccommoda leurs vêtements en loques avec l’aiguille et le fil que lui avait donnés le bûcheron. Puis Amsiggel et Tazouite les quittèrent et poursuivirent leur chemin, tout en se souvenant des questions qu’avaient posées le nomade et sa femme.
La piste serpentait entre les arbres. Amsiggel et Tazouite marchèrent jusqu’à midi ; ils étaient alors fatigués et avaient soif. Ils aperçurent une vieille femme qui ramassait des herbes. Tazouite la héla, « S’il vous plaît madame, avez-vous un peu d’eau à boire ? » « Venez ici, » répondit-elle, « que je vous emmène à la source. » Ils la suivirent, passant à côté d’une petite hutte faite de roseaux et de branches de laurier-rose, et montèrent par un chemin jusqu’à ce qu’ils arrivent à une source d’eau fraîche.
Lorsqu’ils eurent bu tout leur content, ils se couchèrent par terre pour se reposer. Sous peu, le sommeil s’empara d’eux. Après quelque temps Amsiggel se réveilla en entendant la vieille femme pleurer. Il réveilla sa sœur et ils lui demandèrent, « Qu’avez-vous, madame ? Pourquoi pleurez-vous ? » Tazouite la prit par la main en disant, « Qu’est-ce qui ne va pas, madame ? » « Oh, que le monde est dur ! » répliqua-t-elle. « Vous ne pouvez pas savoir combien il est dur avant de l’avoir vécu vous-mêmes ! » Ils étaient vraiment désolés pour elle. « Ne pleurez pas, madame ! » dirent-ils. « Racontez-nous donc ce qui s’est passé. » « Pauvre de moi ! » s’exclama la vieille femme. « Je n’ai pas un ami au monde ! Personne ne pense à moi maintenant que j’ai vieilli. Depuis mon plus jeune âge j’ai toujours raconté mes ennuis à Dieu, mais à présent que tout le monde m’a abandonnée, lui aussi m’a abandonnée – il ne m’entend ni m’aime plus. Il ne m’a laissé que des ennuis et la tristesse. » « Même si d’autres oublient, nous n’oublierons jamais votre gentilesse envers nous, » dit Tazouite. « Voyez-vous ce foyer ? » répliqua la vieille femme « et le feu ? Les étincelles s’envolent en haut et le bois carbonisé s’affaisse. Les bonnes œuvres qu’on fait s’envolent et ne vous laissent que la cendre. » « Mais les bonnes œuvres ne s’envolent-elles pas jusqu’à Dieu ? » demanda Tazouite. « Qui sait ? » dit la vieille femme. « Qui sait si elles arrivent jusqu’à Dieu ou non ? Nous nous trouvons parmi les cendres – voici tout dont je suis sûre. »
« Assez de larmes, madame ! » dit Tazouite. « Racontez-nous seulement vos ennuis pour que nous puissions peut-être trouver le moyen de vous aider. « Est-ce que vous voulez vraiment savoir ? » s’étonna la vieille femme. Puis elle les fixa tous deux du regard en disant, « Que Dieu vous protège d’ennemis comme ceux qui sont venus me séparer de mon mari ! Ils m’ont accusée de ce que je n’ai jamais fait. Il m’a renvoyée de la maison, donc je suis rentrée chez mes parents. Mais quand j’y suis arrivée, j’ai découvert qu’ils étaient tous morts. Notre maison était habitée par des inconnus, qui l’avaient prise par la force. Je suis tombée évanouie. Lorsque je suis revenue à moi, je me suis rendue compte qu’on m’avait volé mes deux derniers sous. Je me suis effondrée encore une fois par terre, ne sachant que faire ni où aller. On avait pris tout ce que j’avais : mon mari, mes enfants, ma demeure, même mon argent. Regardez comme Dieu m’a affligée ! Me voici donc dans la forêt parmi les bêtes sauvages, entourée de démons. Chaque jour je ramasse des herbes, des feuilles et des fruits de la forêt. J’en mange plusieurs et avec d’autres je fabrique des remèdes pour guérir les malades. Mais, quant à vous, où allez-vous ? Vous êtes sûrement bien loin de votre famille ? »
« Nous recherchons un lieu de paix et de sécurité, madame, » dit Tazouite. « Eh bien, c’est certainement le Paradis que vous cherchez, » répliqua la vieille femme. « Vous ne trouverez ni paix ni sécurité ici-bas. Regardez, tout ce qui vit étend les bras vers le ciel, désirant ardemment atteindre au Paradis. L’herbe surgit de terre ; les roseaux poussent du sol ; les arbres se dressent bien haut ; les enfants grandissent ; les chamois grimpent parmi les pics, et les oiseaux planent au-dessus de tous. Chacun tâche de s’approcher du Seigneur Dieu – mais lequel d’entre eux peut atteindre sa demeure, le Paradis ? Regardez ce qui arrive à eux tous. Tout ce qui a envie de monter se fait repousser en bas de vive force. L’herbe flétrit ; les roseaux fléchissent ; les arbres tombent ; les chamois descendent dans les vallées ; les oiseaux reviennent se percher ; et les enfants meurent. Ils retournent tous à la terre dont ils sont faits. Personne n’atteint les hauteurs ni obtient la sécurité qu’il désire si ardemment. »
« J’ai entendu dire, » dit Amsiggel, « que tous les hommes au Paradis seront comme de grands rois. » En entendant ceci, Tazouite le fixa d’un regard interrogateur. « Alors, qu’y a-t-il de nous, les femmes ? » rétorqua-t-elle. « Est-ce que nous ne serons pas en Paradis, nous aussi ? » La vieille femme prit la parole encore une fois : « Nous n’entrons même pas dans la mosquée, » dit-elle. « Comment donc pourrions-nous entrer au Paradis ? Nous les femmes ne savons même pas faire nos prières, et nous ne comprenons pas les paroles qu’on récite. Nous n’avons rien à voir avec ces affaires-là. » « Ne pleurez pas, madame ! » supplia Tazouite. « Dieu nous sera miséricordieux, si c’est sa volonté. » « Mais comment pouvons-nous savoir, » sanglota la vieille femme, « si c’est sa volonté ou non ? » « On dit que Dieu est miséricordieux, » dit Tazouite. « Mais qui sait ? » insista la vieille femme. « Qui sait s’il sera miséricordieux, à moi, ou à toi, ou à ton frère ? Si seulement quelqu’un pourrait soulager nos cœurs de tout ce que nous craignons, dans ce monde et dans l’au-delà ! »
« Croyez seulement en Dieu, madame, et supportez tout patiemment, » dit Amsiggel. « Combien de fois ai-je entendu ces paroles, » s’exclama la vieille femme, « mais elles ressembent à la lune pour quelqu’un qui marche dans les ténèbres : croissant et décroissant, grandissant et diminuant, allant et venant, et personne ne sait si elle éclairera son chemin jusqu’à la maison. Nous languissons d’entendre quelquechose de fiable, quelquechose qui ressemble au soleil, qui brille toute la journée et ne manque pas d’éclairer le chemin qui nous amène à notre destination voulue. Oh, que nous sommes misérables ! Qui peut nous soulager de cette crainte et ce doute ? Qui peut nous sauver de la souffrance et de l’angoisse ? Qui peut nous emmener à un abri sûr dans ce monde et celui qui est à venir ? » « Nous sommes en train de chercher, mon frère et moi, » dit Tazouite, « si nous pourrons trouver quelqu’un qui sait tout ceci. Si nous réussissons, nous reviendrons vous le dire ! » « Allez donc, » dit la vieille femme, « chercher quelqu’un qui peut nous emmener à un abri sûr ! »
« C’est convenu, madame, » approuva Amsiggel, « mais avant de partir, nous pouvons sûrement vous aider de quelque manière. » Ils se mirent donc au travail : ils rangèrent la hutte et déblayèrent le chemin qui menait à la source. Ils apportèrent quelques grosses pierres et construisirent un bon foyer pour elle. Puis ils la donnèrent un baiser sur le front et partirent encore une fois sur la piste.
Ils continuèrent à marcher jusqu’à ce qu’ils arrivassent à un torrent. Plusieurs personnes se tenaient sur la rive, ne pouvant pas traverser parce qu’il coulait avec violence et avait emporté le pont. Quelques hommes apportèrent des troncs d’arbre et des cordes. Ils les lièrent ensemble, puis les traînèrent de façon à ce qu’ils puissent enjamber le fleuve d’une rive à l’autre. Ensuite, lorsqu’ils eurent maintenu les deux bouts avec de lourdes roches pour que le pont soit solide, les gens traversèrent. Amsiggel et Tazouite étaient en train de traverser quand ils entendirent un cri aigu derrière eux. Ils se retournèrent pour regarder. Une femme avait glissé du pont. Elle fut entraînée dans le torrent. Tous les gens hurlèrent et à se précipitèrent vers elle, mais le courant était trop fort et il l’emporta avant qu’on ne puisse l’atteindre. Amsiggel et Tazouite furent extrêmement peinés. « Qui sait quand Dieu peut appeler n’importe qui d’entre nous ? » dit Tazouite. « Et qui sait où nous en serons avec Dieu s’il le fait ? » répondit Amsiggel. Au crépuscule ils se trouvèrent encore dans la forêt ; ils y dormirent donc jusqu’au matin.
Ils poursuivirent leur route jusqu’à ce qu’ils arrivèrent devant une maison en ruines. Un homme en haillons était assis sur le seuil. Ils le saluèrent poliment mais il ne répondit pas – il restait là, la tête baissée. « S’il vous plaît, monsieur, » dit Amsiggel, « ce chemin, où mène-t-il ? » L’ermite les regarda fixément, plongé dans sa réflexion. Finalement il parla : « Il va et il vient, » dit-il, « il monte et il descend. » « Il me semble, monsieur, que vous habitez à côté de cette piste, » dit Amsiggel, « alors, ne savez-vous où elle mène ? » L’ermite ne dit rien pendant quelques minutes, puis il annonça, « Personne ne sait où elle mène ! » Amsiggel fut très surpris et demanda, « Est-ce qu’elle n’aboutit nulle part ? » L’ermite regarda le sol, absorbé par sa méditation. « Que veux-tu donc que je dise ? » dit-il à la fin. Personne n’est jamais venu jusqu’ici en partant du bout de la piste. Elle n’a probablement pas de bout. » « Eh bien, le ciel n’a pas de bout, » poursuivit Amsiggel, « mais les oiseaux volent ça et là, et arrivent là où ils ont envie d’aller. Si nous suivons cette piste, même si nous n’arrivons jamais au bout, nous allons sans doute arriver quelque part ! »
L’ermite se leva. Il saisit Amsiggel par la main en disant, « Tu as tout à fait raison ! Je vois que tu es une personne d’intelligence et de discernement. Ecoute, mon garçon, que je te dise quelquechose. Sur un abricotier, il faut cinq cents feuilles pour faire un abricot. Sur un grenadier, il faut mille feuilles pour faire une grenade. Si tu veux parler avec bon sens, tu dois réfléchir cent fois et observer cent fois avant d’ouvrir la bouche ! » En entendant ces paroles, Amsiggel fut plus étonné que jamais. L’ermite enchaîna, « Permets-moi maintenant de te poser une question : Pourquoi Dieu nous a-t-il faits avec deux yeux et seulement une bouche ? Pourquoi nous a-t-il donné deux oreilles et seulement une langue ? » « Peut-être, » suggéra Amsiggel, « parce qu’il veut qu’on regarde et qu’on écoute plus qu’on ne parle ? » L’ermite hocha la tête. « Et pourquoi a-t-il arrangé les choses pour qu’on puisse fermer la bouche mais pas les oreilles ? » « Je suppose que c’est pour qu’on se taise et qu’on fasse attention, » dit Amsiggel. « Mais pourquoi Dieu a-t-il fait un petit canal en haut de notre oreille ? » demanda l’ermite. « Ça, je ne saurais pas le dire, » admit Amsiggel. « Peut-être que vous monsieur, vous savez pourquoi ? » Et l’ermite dit, « Chaque fois que tu entends une chose qui ne te plaît pas, tu peux la faire passer par le canal pour que le vent l’emporte avant qu’elle ne rentre dans ta tête ! Pèse tout ce que tu entends, mon garçon, et décide si c’est vrai ou non, et si c’est du bon sens. Rappelle-toi, parmi les coquilles de noix, ce sont les vides qui parlent ! »
Sur ce, Amsiggel se tut, n’osant plus dire un mot. L’ermite, lui aussi, ne disait rien. Finalement Amsiggel prit la parole, « Monsieur, nous avons rencontré un bûcheron qui nous a montré combien le monde est beau et bon – les oiseaux, les fleurs et les insectes ont tous été créés avec une grande sagesse et connaissance scientifique. Il nous a dit qu’il y a quelqu’un qui a fait toutes ces choses. Quant à moi, j’estime que la beauté de ce monde réside en ses couleurs. S’il n’y avait que le noir et blanc, nous ne saurions jamais ce que c’est que la beauté véritable. Mais il y a une chose que je ne comprends pas : que sont ces couleurs et d’où proviennent-elles ? La neige est blanche à cause du froid, mais un œuf blanchit à cause de la chaleur. Comment le froid et la chaleur peuvent-ils se mettre d’accord pour faire la blancheur ? » L’ermite répliqua, « Le soleil rougit dans la fraîcheur du soir, mais le fer rougit dans la chaleur du feu. Comment la fraîcheur et la chaleur se mettent-ils d’accord pour faire la rougeur ? Je ne sais pas comment, mon garçon ! » admit-il. Amsiggel soupira. « Il y a énormément de choses dans ce monde que nous ne savons pas et que nous ne comprenons pas, » dit-il.
« La route monte et elle descend, » répondit l’ermite, « mais nous n’arriverons jamais au bout ! Nous voici assis au bord du chemin : nous observons et écoutons, mais à vrai dire nous ne le connaissons pas, ce chemin – ni comme il est, ni comme il sera. Le bûcheron t’a montré combien le monde est beau et bon, mais je te montrerai autrechose, parce qu’il s’est passé quelquechose qui a gâché sa beauté et sa bonté. A mon avis, le monde ressemble beaucoup à cette maison en ruines. »
« Dites-moi ce que vous voulez dire, monsieur, » dit Amsiggel. « Eh bien, si tu observes soigneusement, » poursuivit l’ermite, « tu verras que rien n’est laid ni mauvais par lui-même. Tout commence bien et se fait abîmer par autrechose. Tu entres dans un verger d’amandiers et tu t’émerveilles de la beauté des fleurs, mais ensuite tu aperçois la rouille sur le fruit croissant, ce qui gâche entièrement cette beauté. Tu bois de l’eau de la rivière qui est douce et fraîche, mais tu découvres qu’elle contient des petites bêtes qui rendront malades tous ceux qui la boivent. Tu entres dans une maison et tu trouves un petit garçon tout beau et robuste qui vient de naître, mais il grandit sourd et muet. Regarde comment un paysan sème l’orge et les pousses surgissent de terre, mais dès que les épis commencent à se gonfler, ils pourrissent. Et regarde comment un homme aime une femme et dépense tout ce qu’il possède pour se marier avec elle, mais survient un problème entre les deux, et il la renvoie. Une maison peut être construite sur de bonnes fondations, mais à la longue les murs et le toit s’écrouleront. Toute la création démontre comment Dieu a fait tout parfait et beau, mais un problème est survenu entre la création et sa beauté – quelquechose a abîmé tout ce qui existe. »
« Mais qu’est-ce qui est entré pour tout abîmer ? » insista Amsiggel. « Eh bien, le monde est plein de papillons et de chats ! » répondit l’ermite. « Des papillons et des chats ont-ils vraiment abîmé le monde ? » demanda Amsiggel. « Pas vraiment, » répliqua-t-il, « mais les gens ressemblent à des papillons et à des chats. Le papillon bat ses ailes et volète ça et là. Le vent l’emporte un peu partout, pendant qu’il cherche une fleur plus belle que toutes les autres. Les gens sont comme ça. Ils ne savent pas où trouver ce dont ils ont envie. Le chat aussi chasse sa queue sans cesse, en espérant l’attraper, mais il n’arrive jamais à la saisir. Les gens agissent de la même manière – ils ne font que chasser leur ombre. Ils courent ça et là jusqu’à l’épuisement mais ils n’ont toujours pas ce qu’ils désirent. Si le chat réussit à la longue à saisir sa queue, que fait-il alors ? Après l’avoir brièvement mâché, il la lâche, puis se lève et s’en va. Il ne prend plus aucun intérêt à sa queue. Les gens ne savent pas ce qu’ils veulent, et s’il se trouve qu’ils obtiennent ce qu’ils cherchent, ils décident alors que cela ne leur plaît pas. Leurs idées sont complètement embrouillées ! Ils ne savent ni trouver ce qu’ils veulent, ni comment profiter de ce qu’ils obtiennent ! Quelquechose est venue séparer l’homme de son propre bon sens, et cela l’a ruiné ! »
« Savez-vous, » demanda Amsiggel, « ce que c’est qui est venu séparer l’homme de son bon sens ? » L’ermite répondit, « Peut-être que la chose qui est arrivée au monde, est aussi arrivée à l’homme. Il n’est donc plus ce qu’il était lorsque Dieu l’a créé. Nous voyons que le monde est rempli de maladies, de désastres et de toute sorte de mal. On dirait qu’il est arrivé quelquechose au monde – comme si un fléau affreux s’en est emparé – parce que tout ce qui vit dans ce monde devient malade et meurt. Oh, si seulement nous pouvions trouver la santé et le repos ! Mais avec chaque année qui passe, la santé s’affaiblit et le repos s’envole ! Ça, c’est la vie – parce que l’homme est malade et il habite un monde malade. »
Amsiggel et Tazouite partirent encore une fois sur la piste. L’ermite leur souhaita bonne route. « Si vous trouvez quelqu’un, » dit-il, « qui sait ce qui est arrivé au monde, ce qui l’a gâché, et comment nous pourrions nous libérer du fléau affreux qui s’en est emparé, revenez me le dire ! »
Ils se mirent donc en route. Pendant qu’ils suivaient la piste, il se trouva que Tazouite aperçut un objet par terre, dans l’herbe longue. Elle se pencha pour le ramasser. « C’est un œuf ! » s’exclama-t-elle, « mais je n’en ai jamais vu de pareil. Regarde, sa coquille est si dure – elle ne se casse pas. » Elle le mit près de son oreille. « Comme c’est merveilleux ! » dit-elle. « Il parle, cet œuf – il dit ‘tic-tac, tic-tac’. Quel oiseau aurait pu pondre un œuf pareil ? » « Ceci n’est pas un œuf, » dit son frère. « J’ai entendu parler de choses pareilles. On l’appelle une montre. Regarde ces aiguilles – elles tournent pour nous montrer l’heure qu’il est. » « D’où vient-elle ? » demanda-t-elle. « Sans doute quelqu’un l’a fait tomber en revenant du souk ou de la ville, » dit-il, et Tazouite remarqua, « Les personnes qui ont fabriqué cette chose merveilleuse sont de très grands scientifiques – ils sont sûrement très sages et intelligents ! »
Amsiggel et sa sœur continuèrent à traverser la forêt jusqu’à ce qu’ils arrivent à une petite maison. Elle était construite en bois et près d’elle se trouvait une pile de bûches. Amsiggel appela la personne qui y habitait et il en sortit un homme, une hache à l’épaule. Lorsqu’il les aperçut, il posa la hache et les salua. Il leur apporta de l’eau. Ils parlèrent pendant quelque temps au sujet des arbres et des bûches, puis Amsiggel demanda au bûcheron, « Habitez-vous tout seul cette forêt ? » « Pas du tout ! » répliqua-t-il. « J’ai mes amis ici – le renard, les souris et la cigogne. » « Parlez-vous avec ces amis ? » demanda Tazouite. « Mais non ! » répondit-il. « Nous sommes tous trop occupés par notre travail. Regardez les fourmis, les abeilles et les oiseaux, comme ils se déplacent et sont toujours en train de travailler. » « Mais les arbres et les buissons, eux, » dit Tazouite, « ils ne font que rester sur place. » « Même les arbres et les buissons » répondit-il, « ont leur besogne : ils étirent leurs feuilles vers le soleil et envoient leurs racines boire de l’eau sous la terre. Ils fabriquent des fleurs et des fruits. N’est-ce pas du travail ? Il n’y a que l’homme et ses bêtes domestiqués qui n’aiment pas travailler. » « Alors, lequel est le plus utile ? » demanda Amsiggel, « la fourmis ou le mulet ? » « La fourmis porte volontiers son fardeau, » répliqua le bûcheron, « mais le mulet le fait à contre-cœur. La fourmis obéit à ses maîtres, mais le mulet a besoin du bâton de son maître. La fourmis court sans cesse, mais le mulet reste sur place chaque fois que son maître le quitte. Et s’il ne reste pas sur place, il s’égare loin de là, et s’il ne s’égare pas, il mange tout simplement sa selle ! » Ils éclatèrent tous de rires.
Puis le bûcheron leur dit, « Il me semble que les habitants de la forêt sont plus intelligents que ceux de la ville. Nous ne lisons pas de livres mais nous lisons ce qui est écrit dans les nuages des cieux, la boue de la rivière et l’écorce des arbres. Ecoutez, et je vous raconterai ce que j’ai appris de la part des insectes de la forêt. Il y en a qui brillent dans les ténèbres. Il y en a qui filent une toile. Il y en a qui écrivent par terre avec du mucus. Il y en a même qui jouent au football ! Je me suis posé la question, ‘D’où proviennent tous ces insectes ? Est-ce qu’ils se sont fabriqués par eux-mêmes, ou existe-t-il Quelqu’un qui les a faits ?’ »
Tazouite lui montra ensuite la montre qu’elle avait trouvée à coté de la piste. « Regardez cet œuf qu’on a trouvé, » dit-elle. « N’est-ce pas que ceux qui l’ont fabriqué étaient de grands scientifiques ? » « Ils connaissaient certainement la science, » dit le bûcheron, « mais il y a dans la forêt une plus grande science que celle-ci. Ton ‘œuf’ ne ressemble pas à un véritable œuf – aucun oiseau n’en éclora. Il ne peut ni grandir ni faire des petits. Mais les œufs que pondent les oiseaux contiennent quelquechose de plus merveilleux que celui que vous avez trouvé, car tout œuf véritable contient un petit oiseau vivant. Lorsque le petit oiseau éclot, il grandira et volera et chantera et fera son propre nid pour pondre des œufs. Les êtres humains savent-ils faire quelque chose d’aussi étonnant avec leur science et leur sagesse ? L’homme est très intelligent, mais celui qui a fait l’homme est de loin le plus savant. Allez donc, déplaçons ces bûches avant qu’il ne pleuve ! »
Ils soulevèrent et transportèrent les morceaux de bois jusqu’à ce que tous soient en sécurité dans la maison, puis ils s’assirent tous sous le porche. « J’ai réfléchi à tout ceci, » poursuivit le bûcheron, « et je me suis demandé, ‘ Si quelqu’un a fait le monde, à quoi ressemble-t-il ? Comment est-il possible que je le connaisse ? Où puis-je le trouver ? Où se trouve-t-il : par ici, dans la forêt ou dans les champs ? Ou puis-je m’envoler parmi les étoiles, pour le chercher dans la gloire du ciel ?’ J’ai demandé donc au soleil et à la lune, ‘Est-ce vous qui avez fait ce monde ?’ Ils ont dit, ‘Non.’ J’ai demandé aux montagnes et aux rochers à pic, ‘Y a-t-il en vous un esprit qui a fait ce monde ?’ Ils ont dit ‘Non.’ J’ai demandé à la mer et aux rivières, ‘Y a-t-il en vous quelque puissance qui a fait ce monde ?’ Ils ont dit ‘Non.’ Puis je leur ai demandé tous, ‘Si vous n’avez pas fait ce monde, s’il vous plaît, montrez-moi celui qui l’a fait.’ ‘Il y en a un de plus grand que nous,’ m’ont-ils dit. ‘Les yeux de l’homme ne peuvent pas le voir. C’est lui qui nous a faits.’ Je ne leur ai point demandé avec des paroles, et ce n’est point avec des paroles qu’ils m’ont répondu, mais la sagesse et la beauté dont ils étaient faits m’ont montré la réponse. »
Amsiggel demanda, « A quoi ressemble celui qui a fait tout ceci ? » « Eh bien, quand nous regardons la lune et les étoiles, » répondit le bûcheron, « elles nous montrent sa gloire. La chaleur écrasante du soleil, la foudre qui tombe par terre, les explosions violentes du tonnerre, le torrent déchaîné de la rivière en crue nous démontrent son pouvoir. Sa beauté se fait voir dans les fleurs et les feuilles des arbres. Sa sagesse est révélée dans les oiseaux et les abeilles, chacun faisant la tâche qu’il lui a donné. Quand nous observons les rochers escarpés et les hautes montagnes, nous comprenons qu’il est constant et invariable. Lorsque nous entendons les oiseaux chanter, nous sentons que sa parole est douce. Lorsque nous réfléchissons à ce que nous sommes, nous les êtres humains – que nous sommes capables de voir, d’entendre, de penser et de parler – nous nous rendons compte qu’il voit et entend et pense et parle mieux que nous, parce que celui qui crée sera toujours plus grand que ce qu’il a créé. Et chaque fois que nous nous trouvons parmi toutes ces choses, nous ressentons son amour et sa paix, et nos cœurs sont remplis de louange et de remerciments. »
La nuit tombait et le bûcheron vit qu’ils étaient fatigués. Il leur apporta du pain et de l’huile d’olive, puis il leur donna des couvertures et leur montra où ils pouvaient dormir. Amsiggel lui dit, « Je n’ai jamais entendu quoi que ce soit, monsieur, des idées comme celles que vous nous avez racontées aujourd’hui. » Et le bûcheron répondit, « Peut-être que tu n’as jamais demandé à quelqu’un qui vit parmi les créatures de la forêt. » Puis Amsiggel enchaîna, « Mais celui qui nous a créés, quelle relation y a-t-il entre lui et nous ? J’ai compris que ce monde est comme une montre, fabriquée avec un grand savoir-faire. Mais lorsque Dieu a créé le monde, est-ce qu’il l’a remonté, puis l’a laissé marcher jusqu’à ce qu’il s’arrête ? Ou est-ce qu’il le remonte continuellement ? » Le bûcheron le regarda et dit, « Parfois il me semble qu’il est loin – qu’il nous a tourné le dos comme quelqu’un qui écrase des fourmis. Mais quelquefois je pense qu’il s’intéresse à nous et qu’il fait de bonnes choses pour notre compte. De temps en temps j’ai l’impression qu’il aime nous aider avec les problèmes de la vie quotidienne. Mais à d’autres moments j’estime qu’il nous observe afin de nous punir pour les fautes qu’il nous voit commettre. Ces choses-là dépassent ma compréhension. Mais il se fait tard. Dormez à présent, jusqu’à demain matin. »
Le lendemain quand Amsiggel se leva, le bûcheron avait fait un feu et faisait chauffer de l’eau pour le thé à la menthe. « Nous voudrions vous récompenser de quelque façon pour votre gentilesse envers nous, » lui dit Amsiggel. « Je n’ai besoin de rien, » répondit le bûcheron, « mais prenez ces choses pour pourvoir à vos besoins pendant que vous êtes en route. » Et il lui donna une sacoche contenant des clous pour réparer des souliers, quelques petits morceaux de cuir et une aiguille avec plusieurs sortes de fil. Lorsqu’ils eurent bu leur thé, il leur donna ce qui restait du pain, puis leur montra le chemin et leur souhaita bonne route.
Tous les jours Amsiggel allait à l’école dans la mosquée. Il avait du respect pour le maître et tentait de mémoriser les mots écrits sur son ardoise, mais à vrai dire il ne concentrait pas sur ses leçons. Il regardait souvent par la fenêtre. Il pensait aux écureuils qui jouaient parmi les rochers. Il songeait aux abeilles qui bourdonnaient dans le verger. Il songeait aux grenouilles qui coassaient près de la source. Il songeait au merle qui chantait dans les peupliers à côté de la rivière. Il se souvenait de tout ce qu’il avait vu dans la forêt et se demanda, « Comment un arbre pousse-t-il bien droit à partir de racines tordues ? » Il pensait au foyer fait de grosses pierres près de la source et se posa la question, « Pourquoi est-ce que la fumée monte et l’eau descend ? » Il se souvenait des tourbillons de poussière qui s’élevaient le soir et s’interrogea, « D’où provient le vent ? Les arbres remuent-ils l’air, ou l’air remue-t-il les arbres ? » Ses pensées voyageaient loin, de par des forêts et des rochers à pic, et son imagination le transportait dans le domaine des nuages et des étoiles des cieux. Et il se passa que maintes fois il reçut des coups de bâton parce qu’il ne connaissait pas les mots sur son ardoise.
Un jour il rentra à la maison et trouva le Grandpère assis sur le seuil. « Pépé, il y a des choses que je n’arrive pas à comprendre ! » dit-il. Et le vieillard répondit, « L’ombre du palmier est jetée loin de ses racines. Continue à chercher les réponses, mon fils, jusqu’à ce que tu trouves ce que tu désires ! »
Ces jours-là la mère d’Amsiggel attendait un troisième enfant. Mais elle fit un accouchement pénible et le bébé fut mort-né. Elle s’affaiblit et devint souffrante au point où elle ne pouvait plus se lever de sa natte à coucher. Pendant deux mois elle resta suspendue entre la vie et la mort. Son mari rentra de la ville et s’aperçut de son état : elle ne pouvait plus faire le ménage. Alors, il la divorça et se remaria avec une autre femme. Elle rentra chez ses parents et trois mois plus tard elle mourut. La nouvelle femme du foyer se souciait peu d’Amsiggel et de sa soeur Tazouite. Comme disent les anciens, « Les pieds d’un orphelin font de la poussière en temps de pluie et de la boue pendant la sécheresse d’été ! » On voulait donner Tazouite en mariage à un homme en ville qui avait prêté de l’argent à son père. Elle ne l’avait jamais vu et ne savait rien de lui: elle n’avait que treize ans. Elle pleurait sans cesse et Amsiggel ne trouvait pas le moyen de consoler sa soeur, car lui aussi avait succombé à une profonde tristesse. Il restait quatre jours avant la fête du mariage.
Cette nuit-là vinrent des voleurs. Ils creusèrent un trou dans le mur de l’épicerie et prirent la caisse. A l’aube les gens de l’épicerie passèrent d’une maison à l’autre, demandant à chacun où il s’était trouvé cette nuit. Ils découvrirent que tous avaient été chez eux, sauf Amsiggel. Il était sorti cette nuit-là suivre des étoiles filantes; il voulait savoir si elles tombaient dans la forêt ou de l’autre côté de la montagne. Iguider raconta à tout le monde qu’il avait vu Amsiggel partir vers l’épicerie.
Tout de suite ils s’en allèrent arracher Amsiggel de son lit. Ils le jetèrent dans une fosse profonde et le laissèrent là-dedans sans nourriture ni boisson. Amsiggel ignorait complètement ce qui s’était passé. Il entendait les autres garçons qui récitaient dans la mosquée, mais personne ne vint le voir. Il resta là pendant deux jours et deux nuits, des pensées confuses tournant dans sa tête. Puis quelques hommes du village vinrent le tirer de la fosse et se mirent à le rouer de coups de bâton, tout en disant, « Voici ce que mérite un voleur ! » Ensuite ils le chassèrent du village, en lui lançant des pierres à travers les champs.
Amsiggel grimpa la colline sur la piste qui menait vers la forêt. Il marcha jusqu’à l’épuisement et ne put aller plus loin. Il tomba évanoui sous un figuier. Pendant qu’il dormait, il fut éveillé tout d’un coup par la voix d’une fille. Il se retourna er reconnut Tazouite. Elle courut vers lui: « Oh, Amsiggel ! Que s’est-il passé ? Qu’est-ce que c’est que tout ce sang sur ton visage ? » « Tu vois comme je suis, » dit-il, « mais de ce qui s’est passé, je ne sais rien du tout ! » Elle le prit par la main. « Viens, rentrons à la maison ! » dit-elle. « Non ! » répliqua-t-il. « La famille ne veut pas de moi, et le village non plus – ils m’ont chassé à coups de pierres ! Je m’en vais chercher un endroit sûr et paisible. » « Bon, dans ce cas-là, je t’accompagne ! » lança Tazouite. « Non, ce chemin est trop dur pour toi, » répondit-il. « Tu n’y arriveras jamais. » « Même si c’est dur, » insista-t-elle « qu’est-ce qui me reste à la maison sauf le travail ingrat et le mauvais traitement ? »
A ce moment-là se fit entendre comme un chuchotement parmi les feuilles du figuier : « Cherchez et vous trouverez. Cherchez et vous trouverez. » Ils se retournèrent et virent le Grandpère qui s’avançait vers eux. « Oh, Pépé, » s’exclama Tazouite, « est-ce toi qui as dit cela ? » « Je n’ai rien dit du tout, chérie, » répliqua-t-il. « Alors, pourquoi es-tu venu dans la forêt, Pépé ? » demanda Amsiggel. « Va maintenant, Amsiggel ! » répondit-il. « Dieu a décrété que tu cherches et que tu trouves. Regarde combien le monde est vaste ! Va, cherche partout jusqu’à ce que tu trouves la vérité entière – que tu saches tout comme il l’est en réalité et que tu comprennes ce qui nous est caché. » Tazouite prit la parole : « Pépé, je vais partir avec lui ! » dit-elle. « Vas-y, ma chérie, toi aussi, » répliqua-t-il. « Ton frère prendra soin de toi. Je connais celui qui veut se marier avec toi – c’est un ivrogne. Il vaut mieux que tu sois loin. » Puis le vieillard les fixa du regard. « Ecoutez ! » dit-il. « Il y a encore une chose que je dois vous dire. Ne vous inquiétez pas de ce qui est en dépôt pour vous. C’est sous bonne garde jusqu’à votre retour ! » Ensuite il leva la main et Amsiggel et Tazouite l’embrassèrent sur la tête. Il se leva et se mit en chemin pour le village. Amsiggel et Tazouite partirent sur la piste. « Que voulait dire Pépé, » demanda-t-elle, « quand il parlait d’un dépôt pour nous ? » « Il y a quelquechose qu’il garde, » répondit son frère, « mais je ne sais pas ce que c’est. Il sait quelquechose que nous, nous ne savons pas. »
La nuit où naquit Amsiggel, il faisait noir et il régnait un brouillard glacé. Des éclairs aveuglants illuminaient la montagne ; le tonnerre explosait dans les falaises ; un vent puissant précipitait la pluie contre la porte de la maison. C’est en cette nuit-là qu’il naquit l’enfant Amsiggel ; il sortit du sein de sa mère en souriant !
« Pauvre petit ! » s’écria la Grand-mère, « né dans une tempête par une nuit des plus noires ! »
« Que deviendra cet enfant ? » lui demanda l’assistance. « Orageux seront ses jours, » déclara-t-elle, « et sa vie remplie de tempêtes ! » « Pas du tout ! » protesta le Grandpère, « Regardez, il nous observe comme s’il comprenait tout; il sourit sur le monde comme s’il connaissait l’avenir. » A ce moment-là, ils levèrent leurs yeux et aperçurent la pleine lune qui se promenait sur les nuages échevelées de la nuit, entourée d’une auréole brillante. « Ecoutez mes paroles ! » déclara le vieillard. « Une tempête nous a apporté cet enfant, mais il survivra à la tempête. Né dans les ténèbres, il nous conduira à la lumière; né dans le tonnerre et la foudre, il nous apportera la paix et nous délivrera de tout ce qui nous abat. » En entendant ceci l’émerveillement s’empara de tous. « Nous appelerons cet enfant Amsiggel, » poursuivit le vieillard, « car il dénichera des choses cachées; il découvrira ce que nous avons toujours ignoré et nous montrera la Voie de la Paix. »
Deux ans s’écoulèrent, puis naquit une petite fille, une soeur pour Amsiggel. Ils lui donnèrent le nom Tazouite. Elle vint au printemps, à midi ; les arbres fruitiers étaient en fleurs, les pousses vertes d’orge surgissaient de terre et les oiseaux chantaient d’allégresse dans les prés et les bois. La famille était très contente, et toute la création avec elle; on remerciait ensemble le Créateur de la beauté qui les entourait.
Et l’année suivait son cours, mais aucune pluie ne tombait. Les ruisseaux se tarissaient, ainsi que les puits; une famine cruelle s’empara du pays. Ils étaient obligés de remplir les jarres d’eau potable à une source lointaine. Les enfants n’avaient que de petits navets à manger. Leur mère pleurait; eux aussi pleuraient. Le père partit chercher du travail en ville. Le Grandpère se plantait tous les jours sous la voûte, les yeux fixés sur la piste. Puis il entendit raconter par quelques voisines que la Grand-mère lui avait jeté des sorts; enragé, il frappa sa femme et la renvoya. Quelle année de misère que cette année-là !
Le temps passa et Amsiggel grandit. C’était un garçon serviable et tous les villageois l’aimaient. Il prenait plaisir à descendre à la rivière, la regarder couler. « D’où provient cette eau ? » se demanda-t-il, « Et où va-t-elle ? » Il grimpa en haut d’une colline et se coucha sur un grand rocher, contemplant les nuages dans le ciel, et s’émerveilla de tout ce qu’il apercevait. « Pourquoi le ciel est-il bleu ? » songea-t-il, « et pourquoi les nuages sont-ils blancs ? » Il y passa toute la journée. « Pourquoi la lumière du soleil est-elle jaune à midi, » se demanda-t-il, « mais rouge le soir ? » Une autre fois il y resta jusqu’au coucher du soleil et se posa la question: « Où le soleil va-t-il la nuit ? Se cache-t-il sous la terre ? Ou s’éteint-il dans la mer ? » Et pendant que la lune se levait il s’interrogea, « D’où vient la lune ? Et que devient-elle pendant la journée ? Est-ce qu’elle est timide, pour se cacher ainsi quand il fait jour ? Ou peut-être qu’elle fond comme la neige sous la chaleur du soleil ? » Un jour, dans la forêt, il entendit le son du vent dans les arbres. « Cherchez et vous trouverez, » sembla-t-il murmurer, « Cherchez et vous trouverez ! » Trois fois il entendit ces paroles et puis plus rien. Ce jour-là il s’en alla émerveillé par le monde autour de lui.
Les autres garçons de son âge le trouvaient impossible à comprendre, car il ne se comportait pas de la même façon qu’eux. Il n’avait aucune envie de se bagarrer ni se chamailler comme eux. Il ne voulait ni jouer ni même passer son temps avec eux. « Pourquoi ne veux-tu pas être comme nous, Amsiggel ? » lui demandèrent-ils un jour. « Parce que vous êtes comme des clous dans un sac, » répondit-il. « Vous vous piquez tous les uns les autres ! » Une autre fois ils lui posèrent la question, « Pourquoi est-ce que nous ne t’avons jamais entendu prononcer le nom de Dieu ? » « Devrais-je me servir d’un marteau en argent pour frapper le fer ? » rétorqua-t-il. « Quant à vous, vous ne prenez le nom de Dieu sur vos lèvres que lorsque vous voulez appuyer des mensonges ou provoquer des ennuis. » Un autre jour ils lui firent le reproche, « Le mouton qui n’accompagne pas le troupeau se fait manger par le loup ! » « Mais le mouton qui n’accompagne pas le troupeau, » renchérit Amsiggel, « peut trouver de l’herbe fraîche et les mener tous à des pâturages plus riches ! »
L’un d’eux était un garçon dur nommé Iguider. Un jour il se moqua d’Amsiggel, le saisit et le poussa très fort. Amsiggel tomba sur les roches, se blessant grièvement à la jambe et à la tête. Lorsque les garçons virent le sang, ils s’enfuirent et le laissèrent gisant par terre. Puis Iguider alla à la maison d’Amsiggel et raconta des mensonges à son sujet: « Amsiggel a jeté des roches dans le puits, » dit-il. « Il a pissé sur la porte de l’épicerie. Il a abimé la rigole dans le potager. » Quand Amsiggel revint à la maison, pour comble de malheur, son grandpère lui flanqua une correction à coups de bâton. Le cœur d’Amsiggel fut envahi ce jour-là par une grande amertume; il aurait été content de tuer Iguider.
After that they went to the well; they started scooping out the fish with buckets, pouring the water on to a bit of waste ground. For five days they kept up this work until they had cleaned out the well. Then they put a concoction down it to kill whatever was left.
At that moment some people came by, dragging a youth all tied up with cords. Amsiggel recognized it was Igider. “What’s he done?” asked Amsiggel. “This wretch,” they replied, “stole our cow. And last week he stole some barley from the hamlet of Ayt-Sukka. And yesterday he stole Addi’s shoulder-bag from the vegetable patch. And it was him who took the money box from the shop that time when the villagers chased you away!” “Let me have a word with him please,” replied Amsiggel. They stopped in the road and Amsiggel said to him, “Igider, is it true you’ve done all this?” “I’m in a mess!” he replied, “This disease has killed my father and mother, and my little brothers and sisters have no one but me. And now they’re taking me off to the magistrate!” “Don’t worry about them at all, Igider!” replied Amsiggel, “We’ll look after them till you come back.” “Why is it, Amsiggel,” he said, “that you want to do me good when I’ve only ever done you harm?” “I’ll tell you why,” he replied, “and you’ll be glad too and come to know the Way of Peace.”
That night Amsiggel had a dream. In his dream he saw an angel standing in the room where the old man slept. The angel gave him a spade and showed him a place to dig in the corner of that room. He dug and dug until he struck something hard, then kept on digging until a large wooden box appeared. He opened the box, and found it full of gold and silver. When he woke next morning, he went and told his grandfather about his dream. The old man looked at him and said, “Well, the time has come for me to deliver what the Lord God left in my safe keeping. Fetch the spade!” Amsiggel began to dig up the floor in the corner till he came to something hard. As he removed the earth a box appeared just like the one he’d seen in his dream. When they opened it, they found it full of bracelets and brooches of gold and silver. Amsiggel asked, “Where did all these riches come from, Grandad?” “My own father was a goldsmith,” replied the old man, “in the service of the king. He left all this to me saying ‘Hide this in safekeeping until you find someone able to make peace between us and God and between man and his neighbours and between man and himself.’ And God has shown us that now the time of this peace has come.” “But what shall we do with these goods, Grandad?” asked Amsiggel. “We’ll do good with them!” he replied, “Get started, dear lad, and build a school where children can find an answer to all their questions, build a clinic where the sick can be healed, build a workshop where the poor can earn their living, and so you’ll give new life and solid hope to the whole village.”
“O Grandad!” exclaimed Amsiggel, “You saw all of this from afar and you understood and knew it all before it happened!” “I don’t know anything,” replied the old man, “but I always lived in hope, from the moment when a boy was born amidst thunder and lightning with a smile on his face. That night I said, ‘A storm brought us this child, but he’ll outlive the storm. Born in darkness, he’ll lead us into light; born amidst thunder and lightning, he’ll bring us peace from all that beats down on us.’ And now, Amsiggel, you’ve done all I imagined, seeing that you’ve discovered the Way of Peace.” “Do you believe, Grandad,” asked Amsiggel, “in our Saviour?” “I’ve seen with my own eyes,” he replied, “one who can turn infamy into honour, conflict into peace, tears into joy, wickedness into goodness, enemies into dear friends. I’ve observed the miracles he’s done among us: what more do I need in order to believe in him? There’s no one else able to make peace between man and God, between man and his neighbour, or between man and himself, apart from him alone.” Then the old man said, “Now I’ve done what was decreed for me, having delivered what God put in my safekeeping. Long enough I’ve spent in this world, and now I would enter into the sure and everlasting place. I trust the one I’ve believed in, that he will guard what I’ve placed in his safekeeping until the Last Day.” Amsiggel wept, but the old man said, “Don’t weep, my child. I’m leaving you in peace and comfort till we meet again in heaven.” No sooner had he said this than his spirit departed.
The Old Woman continued living with Amsiggel and his sister. She cooked, brought the water, washed the clothes, and looked after both them and their guests along with the brothers and sisters of Igider. Everyone helped with the work of building according to what the old man had said. Their father went back to town and sent a letter telling about his work and about some Christians he met with there.
Several months went by, and the guests decided to return, each to his own home – all except the Old Woman who stayed there. Every two months they came back to see Amsiggel and Tazzwit, and they all gathered together to praise God, to read from his word and to encourage one another. Day by day Amsiggel taught in the school and the children asked him about everything they didn’t know, and he told them all about the knowledge of the world and of heaven from the books which the People of Peace brought him. Tazzwit worked in the clinic, dispensing the Old Woman’s remedies to anyone who was ill. Others laboured in the workshop, making woollen blankets, leather sandals and wooden utensils and furniture. Everything they produced was strong and well-made, and they sold it in the market. Their goods were very popular and people said, “This is well-made and very strong – it’s the work of Amsiggel’s People.”
Some months passed and Amsiggel married Honey. They made a firm covenant always to help one another loyally and patiently. When Igider was let out of prison, he too embarked on the Way of Peace, regretting all the wrong he’d done in the past. Tazzwit saw how much he’d changed as he helped everyone wanting to learn a new craft. Eventually he asked to marry Tazzwit, and they too made a firm covenant together.
And thus it was that the village was filled with peace and the blessing of God. Many came to see what Amsiggel’s People did, and many believed in those days and took the news to other villages. And so the peace of God spread throughout our land and reached every place. They sang a song saying, “O Lord God, your name is great in all the world,” and “The earth is God’s and all that exists in it; the world is God’s and all who live in it.”
Emerging from the forest, they walked on between some fields. They could see how dry the earth was, cracked all over, badly needing rain. As the village came nearer, they were chatting among themselves – all except Tazzwit who was very quiet. She came beside Honey. “Do my brother and I really have to return to our village?” she said, “Can’t we go back and stay with you? All that awaits us here is trouble!” “Don’t worry, Tazzwit,” she replied, “With us is the one who is able to protect you from all that causes trouble.”
A little further on Tazzwit spoke to her again. “Poor thing!” she said, “I feel very sorry for the Old Woman. Her husband sent her away and her children are taken from her, and now she’s all alone in the forest with no one to look after her.” “We who are called the people of Peace,” said Honey, “divorce is not allowed among us. On the wedding day, the bridegroom and bride make a covenant promising always to be loyal to one another and patient with one another.” “That’s amazing!” said Tazzwit. “In the beginning,” continued Honey, “God created one man and gave him one woman – not two or four – so they could help one another through all the bad times and rejoice together in all the good times. As for the Old Woman, we don’t yet know what will come to pass for her or exactly how God will bless her, but it says in his word, ‘Those who love God, whom he has called as he planned, we know he does them good in all that happens to them.’ I believe this promise: there’s no doubt at all, he’ll do her good!”
As they continued, Amsiggel began to think about his enemy Igider, the one who had tormented him in the past. As these thoughts went through his head it began to rain; they took shelter under a terebinth tree. “What’s upsetting you, Amsiggel?” asked Faithful. “I’ve remembered an enemy I have in this place,” he said, “and I don’t know what to do about him.” They fell silent, watching the rain fall. Then Faithful said to him, “See these fields, how dry the soil is. The villagers are badly in need of water, and at this very moment God has sent relief to them, as though we ourselves had brought them blessing from heaven. This is what God does in his kindness, so what do you think, Amsiggel? Shouldn’t we also do good to those who’ve treated us badly? Our Saviour said, ‘Be kind to your enemies and ask God to have mercy on those who mistreat you – in this way, you’ll be like God who is in heaven.’” Faithful looked at him and said, “O Amsiggel, we don’t yet know what God’s going to do in your village!”
When the rain stopped, they set out again along the track. After walking about a half an hour, they reached the village: it was evening time. They were very surprised to find the whole village silent as though it were deserted – no one at all in the fields or in the shop doorway. When they got to the house of Amsiggel and Tazzwit they found some men standing at the door. Amsiggel asked them, “What’s going on?” “There’s sickness in the whole village,” they replied, “Some have died and some are close to death. Your grandfather, poor man, is inside and having a hard time of it.” Amsiggel asked them about his father: “Has he come back or is he still in town?” “His news is not at all what you want to hear,” they replied, “He’s in jail.”
Amsiggel and Tazzwit went in to see the old man. Opening his eyes he looked at them, and they went over to him. The old man whispered, “If only she’d come back for me to see her before I go! Every one of us pays the price for what he’s done!” “I don’t understand what you mean Grandad,” said Amsiggel. Tazzwit was crying. Then they heard a sound in the doorway of the room and the Old Woman came in carrying a glass. She gave it to Tazzwit saying, “Give him to drink.” Amsiggel and Tazzwit were very surprised; they gave it to the old man. He took the glass and drank the medicine, then closed his eyes and drifted off into sleep. They left the room then, all weeping and not knowing if he would live or die.
Then Faithful gathered them all together. “It’s getting late,” he said “Show us the way to a spring, because we won’t be drawing water from this well!” They went then and brought water from the spring, and after about an hour night fell. They all gathered in the courtyard of the house and prayed: “O God our Lord, you created the world and all that’s in it. We know you are able to heal the old man, and we ask you to reveal your wisdom and power and kindness to the people of this village and restore its health, in our Saviour’s name.” They all said, “Amen.”
An hour passed and everyone was overcome by sleep, apart from Faithful and Amsiggel who kept watch. About three hours later the old man woke up asking for something to drink; they gave it to him. Next morning, when they all awoke, the old man was still fast asleep. The neighbours came in with some porridge, and Faithful asked them, “Is it just this village that’s sick, or other villages too?” “Just us,” they replied, “It looks as though God is punishing us for our misdeeds, because the other villages are perfectly alright.” Then Faithful and Amsiggel went to look at the well. There was nothing particular to see, but it did have rather an unpleasant smell. Faithful climbed down till he reached the water, then came up and said to Amsiggel, “It’s full of fish!”
They went back to the house to call their companions. When they got there they found the old man sitting up in bed, his fever gone. Seeing them he said, “Come all of you: I want to tell you something!” They gathered round him, and he said, “I’ve done something I’m ashamed of. I paid attention to the malicious lies of some women who came between me and my wife.” Then he took the Old Woman by the hand and said, “This blessed woman has saved my life. I treated her very badly, and she has treated me very well. I drove her out of the house, and she has driven the fever out of me! Tell me now, all of you, what I must do.” They were silent, then Faithful spoke up. “Take her,” he said kindly, “as God wishes. She is your wife and it is written, ‘What God has united, let not man divide.’” This saying pleased them all, and then Amsiggel said, “We’ve seen today that God is able to bring together those who are separated.” The Woodcutter said, “He’s able to meet all our needs!” The Hermit said, “He’s able to rebuild whatever is ruined!” The Nomad said, “He’s able to rescue us from any difficulty!” Hamu the New said, “He’s able to change evil to good!” The Blacksmith said, “He’s able to free us from us all we’re ashamed of!” Then, looking round at them all, the old woman said, “He’s able to bring us into perfect security! In my dream he told me, ‘In the life of this world, you’ll see the goodness of God.’ And now I’ve clearly seen it.”
They were still talking when a man came in. Tazzwit let out a shriek. “Daddy!” she said. It was the father of Amsiggel and Tazzwit, the son of the old man and woman. They ran to him, all talking and asking questions at the same time and thanking God. He asked for quiet so he could tell them what had happened. “One day,” said, “I asked the boss to pay me. He refused, so I got into a fight with him, and they took me to jail. But I thank God for all that this, because in jail I met two men. I asked them what they’d done and they told me they’d done nothing wrong. Only one thing stood against them: they prayed to God in the name of Christ. I said to them, ‘It’s no offence to pray!’ Those who examined their case found they’d broken no law, and so released them straightaway. But they talked with me about Christ, saying that God had sent him to make a covenant of peace between himself and mankind. Their words impressed me. I asked them where they’d heard about these things, and they told me there are many in our country who believe as they do.”
When they all heard this, they were filled with joy and thanked God. Then Faithful stood up, seized the hand of the father of Amsiggel and Tazzwit and said to him, “We’ve seen today that our saviour spoke the truth when he said, ‘I am the light of the world. Whoever follows me will have the light of life and will never walk in darkness.’” Their father was amazed. Looking round at them, he asked, “Do you all believe in Christ too?” “The people of our village,” replied Faithful, “took the way of Christ long ago.” At this, he was even more astonished. “Did the people of olden days believe in Christ?” he asked. “Many of them were Christians,” replied Faithful, “and there were great scholars among them. They were people of our country and they are famous to this day all over the world.” “They left us an ancient book,” he added, “and in it is written a record of what Christ did and said.” Their father asked him, “Do you still have that book?” “Yes, we still have it,” replied Faithful, “And though it’s many years old, there’s not a single page missing.” “Do you all read it?” he asked. “Each of us takes from it what he needs,” replied Faithful, “and writes it down in order to memorize it and apply it to his life.” Hearing this, they were all very glad and amazed at what God had done.
Then they all got up, ready to continue their journey through the forest. As they went, Amsiggel told them the Woodcutter’s ideas: “He looks at the stars and sees in them the glory of their Creator. He looks at the hot sun and the rushing river and sees in them his power. He looks at the flowers of the forest and sees that God appreciates beauty. He looks at the insects of the earth and sees they were made with great wisdom. But he has the idea that our Creator has abandoned us and no longer takes any notice of us.” They kept walking until eventually they reached the Woodcutter’s house. Amsiggel called out to him, but no one answered! He knocked on the door, but there was no one there! As they sat down to rest a boy walked through the trees, so they asked him, “Have you seen the Woodcutter?” “No,” he replied. Amsiggel enquired, “Will he be away all day, or is he coming back sometime?” “Only he knows his own business!” replied the boy. No sooner had he said this than they heard footsteps coming through the trees, and the Woodcutter appeared.
He was delighted, and having exchanged warm greetings with Amsiggel and Tazzwit he said, “I recognized your voice in the distance when you called, and as soon as I heard it I came to welcome you and your companions. Come on all of you into the house.” He brought some figs and grapes, and when they had all sat down, Faithful said, “This Woodcutter has shown us something very important. He heard Amsiggel’s voice and came straightaway, without delaying a moment, because Amsiggel is a special friend. And he invited us in too because we’re Amsiggel’s companions. He looked round at them all, then said: “That’s what God does. Whenever we call to him in our Saviour’s name, he hears us and welcomes us straightaway, because the one who brought us to him is specially dear to him.”
“I know there is a Creator who made mankind,” said the Woodcutter, “but he’s far away now, in the highest heaven, and he’s left us here below in this world where each of us must stick up for himself.” Faithful took him by the hand. “Look at the birds in the sky,” he said, “They don’t plough or reap or gather the harvest into barns, but their Creator gives them all they need. And look at the flowers of the forest: they’re dressed better than Solomon in the majesty of his kingdom. That’s because a father will never leave his children to fend for themselves: he’ll look after them and see to all their needs. If we ourselves do that much for our own offspring, won’t our Father in heaven do more for us than we do for our own children?” Then Faithful said to him, “God wants us always to tell him about our concerns and our needs. His word says, ‘Ask of God and he’ll give to you; seek from him and you’ll find; knock on his door and he’ll open it to you.’“
The Woodcutter was doubtful. “Do you think God really looks after us like a father who loves his children?,” he said, “But wouldn’t someone who cares for his children protect them from all that makes them cry?” “That’s exactly what’s happened,” replied Faithful, “Our Saviour came and took away all that frightens and intimidates us. He’s filled our hearts with peace and hope.” “We really thank God for that,” said Amsiggel, and all the others said, “Amen! Amen!” The Woodcutter was surprised: “Do you all believe in this Saviour?” he asked. The Hermit said, “He came to remove the terrible blight from this world.” The Old Woman said, “He’s brought us into the safe refuge.” The Nomad said, “He’s shown us how to obtain God’s favour.” The new Hamu said, “He’s changed bad people into good in the sight of God and man.” The Blacksmith said, “He’s paid the debt we owed.” His brother said, “He’s made peace between us and God so we need not fear the Day of Judgment.”
“Now we have all these things, just as our brothers have said,” affirmed Faithful, “but in a future time there will be more than this, because God’s wisdom and power that made this world will make a new world after it. This old world will be annihilated with fire, and another will be formed, full of all that’s good and beautiful. Nowadays people call our Saviour ‘Lord of the Hour’ because he’s going to return at the end of the age and raise the dead and take them into new life. He himself said, ‘Don’t be surprised at this, because the hour will come when all who are in the graves will hear my voice, and then they will come forth.’ He’ll separate those who believe in him from everyone else, and take those who are his to share in the life which is much better than the life of this world.”
“But how will those who’ve died get up out of the ground?” asked the Woodcutter, “Doesn’t the body return to dust? So how will it get up?” “Well, consider what happens to charcoal,” replied Faithful, “This piece of charcoal was once a stick of wood. Pick it up and tap it, and it disintegrates. But if you bury this charcoal in the ground, it will never rot or spoil. Leave it for five years, summer and winter, and it will remain exactly the same. Now, tell me, what has entered into the charcoal to make it imperishable?” “Fire has gone into it,” replied the Woodcutter, “and changed it into charcoal.” “But what is fire?” asked Faithful, “We know fire destroys all it touches, yet it has made this piece of wood indestructible. This is one of the wonders of the Lord God. And if he can do such a thing in this Age of the Blight, won’t he be able to do much more when he makes all things new? He’ll change this weak body that dies into a strong body that lasts forever. He’ll transform this earthly body into a body fit for heaven.”
“What you’ve said is true,” agreed the Woodcutter, “because I’ve seen it in the creatures of the forest. Like the tadpole that’s black and swims in the water, then gets bigger and grows legs and becomes a green frog that jumps on dry land. Or like a caterpillar with many legs that eats leaves of grass, and then becomes a butterfly that drinks from flowers and flies in the sky. If God is able to change the body of the insects, it won’t be difficult for him to change our human bodies too.” Then the Woodcutter added, “All this can be clearly seen by one who looks, but if you’d not come I would never have known its meaning.” “We should thank God,” said Faithful, “because he’s shown us the truth as it really is.”
So they all raised their voices and sang, “Praise God because he’s good: he always acts with steadfast love.” They spent some days with the Woodcutter, then set out again on the track leading to the village of Amsiggel and Tazzwit. He went with them.
They found the Hermit sitting beside his ruined house, as always, lost in thought. Having recognised them, he gazed at them some time before waving a greeting, then they all sat down beside him. He studied them all again and said, “Well, did you get to the end of the road?” “You were right,” replied Amsiggel, “This road has no end! Nevertheless, we found what we were looking for along the way. And what about you? Are you still meditating? Have you discovered anything new?” “Here I am,” replied the Hermit, “just where you left me!” Then turning to Faithful he enquired, “And what do you think about this world we live in? Doesn’t it look like a terrible blight has fallen upon it? Isn’t the whole world in decay like this ruin, afflicted by diseases and all kinds of disasters?” “You’re right,” replied Faithful. The Hermit regarded him seriously, then asked, “Was the world like this from the beginning, or has something happened to spoil it and bring it to this sad state?”
“What do you think?” replied Faithful, “What is the Creator of the world like?” “He’s perfect,” answered the Hermit, “He does nothing bad.” “And what is the Creator able to do?” asked Faithful. “Obviously, he’s able to do anything at all,” replied the Hermit.” “Quite right,” said Faithful, “Now since the Lord God is perfectly good, he would want to create the world good. And as he’s able to do anything at all, he would be perfectly able to create it good. Isn’t that right?” “That’s right,” agreed the Hermit, “But since he created it good, what happened to spoil it?” “Well,” Faithful asked, “What is it that spoils things now, worse than anything else?” The Hermit replied, “Surely nothing is worse than man who tyrannizes, wages war and kills others. But we also have disease and plague and earthquakes and famine, and man is not responsible for those: that’s what I really can’t understand. What is the terrible blight that’s fallen upon the whole world?”
“Listen, all of you,” said Faithful, “and I’ll tell you what happened. When the Lord God created the world, he observed all he’d made and saw it was perfect. There was no disease and nothing that could kill: the world was good, just as God is good. He made a garden in it, and he created Adam and his wife, and he told them to look after it and to eat the fruit from all the trees… except the tree of the Knowledge of Good and Evil. ‘The day you eat from that tree,’ God told him, ‘the blight of death will come upon you!’ Then Satan appeared in the form of a snake and said to the woman, ‘Oh no, there won’t be any blight on you. God only said that to you because he’s afraid you’ll become like him with knowledge of good and evil.’ The woman looked at the tree and liked what she saw. She really wanted to eat from it and she thought it would also be able to give them knowledge. She picked some fruit and ate it and gave some to her husband and he ate it too. Then God called to Adam saying, ‘Have you eaten from the tree I told you not to eat from?’ Adam replied, ‘It was my wife who gave it to me.’ God said to the woman, ‘What’s this you’ve done?’ She said, ‘The snake told me it would be a good thing to do.’ Then the curse of God fell upon the snake so that mankind and the snake would always be enemies. Then God said to the woman, ‘with sharp pains you’ll give birth, and you’ll be under your husband’s authority.’ And he said to Adam, ‘You’ve eaten from the tree which I told you not to eat from. From now on there will be a curse on the earth because of you. With wearisome toil you’ll get your food from it all the days of your life. The earth will bring forth brambles and thorns and you must find what you’ll eat from amongst them. With the sweat of your face you’ll get your bread until you yourself return to the earth, for from earth you were made and to earth you will return.’” Faithful paused, then he said, “That’s how the world was spoiled on account of our father Adam, because he and his wife disobeyed the word of God. But it’s not only they who have disobeyed his word. Their children right down to the present generation still disobey it. Disease and wearisome toil and death are inevitable for all of us, because we are so far from what God requires of us.”
“What you say is absolutely right,” agreed the Hermit, “And that’s why there’s this awful blight upon the world: because God has cursed it, and there is no longer any hope for it.” “A curse is certainly upon it,” said Faithful, “but God has not left us without hope, because he’s sent us one who is able to remove the blight – one who can heal people and give them perfect health and eternal life. Listen, all of you, and I’ll tell you about the one who brought the blessing of God from heaven to earth. One day he was going out of a town, accompanied by his disciples and many other people. A blind man was there, called Bartimaus the son of Timaus; he was sitting by the roadside, begging. Hearing who was going by, the blind man called out, ‘Help me! Help me!’ The people rebuked him and told him to be quiet, but he kept on shouting even louder, ‘Help me!’ Our Saviour stopped and told them to call him. ‘Cheer up,’ they said to the blind man, ‘Get up – look he’s calling you to him!’ The blind man leapt to his feet, threw his cloak to aside and came to him. ‘What do you want me to do for you?’ asked our Saviour. ‘O Sir,’ replied the blind man, ‘I wish I could see!’ ‘Go then,’ he said, ‘You are healed because you believe.’ In that instant he could see, and he followed him along the road. And there were many others, blind and paralysed and dumb people and epileptics – he healed them all.”
“This one you call your Saviour,” said the Hermit, “it’s clear that he was full of the power of God so he could heal people from their illnesses. But the blight of death, that’s the biggest problem.” “Well,” replied Faithful, “one day he went to a town called Nain, accompanied by his disciples and many others. When he got to the town gate, some people were carrying out a young man who’d died. His mother was a widow and she had no one apart from him. Many of the townspeople had come with her. When he saw her, he felt very sorry for her. Then he said, ‘Don’t weep!’ and he went up to the bier and touched it. The men carrying it stopped. Then he said, ‘Young man, I command you, Get up!’ The dead person got up and started to speak. Our Saviour took him and gave him to his mother. The people were all awestruck. They praised God and said, ‘A great prophet has come to us. God has drawn near to help his people.’“
“That Saviour evidently had power to heal people,” observed the Hermit, “and power even to raise the dead. But there’s still something in this world which afflicts it more severely than sickness and death: it’s human conflict – quarrels and disputes on every hand!” “You’re right,” said Faithful, “People don’t know how to treat one another well or be patient with one another, nor how to help and do good to one another. Everyone is envious of what someone else has, reluctant to let others get what they’re entitled to.” “There’s no peace and quiet where people are to be found,” agreed the Hermit, “because every one is sticking up for himself. A continual blight this is upon the world! And it’s the worst thing of all!” “When Adam was created,” replied Faithful, “he was perfect, but when he disobeyed God, he became like this ruin. And it’s the same with us: we’re not at all like we were when God created us, for something has happened to spoil us just as it spoiled Adam.” “Now I can see what’s happened to us,” declared the Hermit, “We’ve disobeyed God’s word just as Adam did, and we no longer do what God requires of us.” “Correct,” said Faithful, “So what do we need now? We need someone who can rebuild this human house and remove the blight from our hearts. We need someone who can take away the sin that spoils us.” “Well, who can take away sin?” asked the Hermit.
Faithful replied, “One day many people came to see our Saviour, and the house was so crowded that there was no space at all inside or even outside the door. Four men came carrying a paralysed man, but they couldn’t take him in to where our Saviour was because of the crowd. So they climbed up on to the roof, removed a section above where he was, opened a hole and lowered the mat with the paralysed man lying on it. Our Saviour saw how much they believed in him. He said to the paralysed man, ‘Son, your sins are taken away!’ Some teachers of the law were there, thinking, ‘How can he speak like that? It’s blasphemy! Who can take away sins apart from God alone?’ But our Saviour knew in his spirit what was going through their minds, and he said to them, ‘Why do you have such thoughts? Which is easiest, for me say to this paralysed man: Your sins are taken away, or to say: Get up, pick up your mat and walk? But I’ll show you that I can take away sins.’ He turned then to the paralysed man saying, ‘Get up, pick up your mat and go home! He got up immediately, picked up his mat and went out in front of all them all. Everyone was astonished and praised God saying, ‘We’ve never seen anything like this.’“
“That’s an amazing thing!” said the Hermit, “This Saviour of yours had power to heal the sick, to raise the dead, and even to set people free from the bondage of their sins. He removed the blight from all of them – but how long ago did this happen?” “About two thousand years ago,” replied Faithful. “Ah well!” said the Hermit, “Your Saviour no longer lives in this world, and the world still suffers the blight!” “Listen carefully,” said Faithful, “to what I’m going to say. The first time, he came to show us he has power to remove the blight, but he’ll come a second time at the end of the world, and then he’ll remove it completely and make everything new.” “How we long for such a time!” sighed the Hermit, “when the world could be made new! As it is, the world is exceedingly sick and completely futile.” “The time is very near,” replied Faithful, “but God has not left us in the world just to sit in useless futility. The one who came to remove the blight has sent us to help people suffering from it. He himself went from place to place helping all who were sick and supporting all who were weak… and he wants us to do likewise.”
Then Faithful looked round at them all and asked, “Do you think we can find a way to do something positive for the world before it passes away? Can we add a little to the good in it and reduce a little of its evil? Look, who was it built this house? Who dug the well? Who planted the trees? Who cut down the thorns? Who cleared the stones from the earth? Didn’t our ancestors find something useful to do in this world?” The Hermit replied, “They did all those things because they wanted to leave their children with more than they had themselves.” “Yes, and that’s what we must do too,” agreed Faithful, “so we can leave our children more than we have ourselves.”
At this, the Hermit stood up. “Now I understand,” he said, “how my life can have a useful purpose. First of all, I’ll come along with you and help all the people we meet. Then I’ll return to rebuild my house.” “God bless you!” they all cried. Then Amsiggel spoke up: “We’ll no longer call you the Hermit (Master of the Ruin): We’ll call you the householder (Master of the New House)!” Then Faithful broke into song with a Psalm: “Sing praise to God, O all mankind! Glorify him, all who live the world! How great is his steadfast love towards us! He’ll never abandon us in this world or the next!” They all took up the words, singing happily together.
They continued along the track, talking together about all that had happened. Eventually they came to the Old Woman’s hut. As soon as she recognized them, she came out and hugged them and kissed them. They all sat down, some on the grass and some on the stones beside the hut. They brought water from the spring, and when they had drunk, Amsiggel asked her politely, “Do you remember we told you we were going to see if there was still any goodness in this world? Well, here we are, and we’ve found goodness in it!”
Then the Old Woman spoke up. “I’ve got some good news too,” she said, “I’ll tell you what’s happened to me, and it’s the most wonderful thing! Two nights ago I was sleeping when suddenly there appeared to me in a dream one who looked like an angel. His clothes were white like snow and flashed like lightning, and he carried in his hand a golden key. He spoke to me in our own language and said, ‘Come, you who toil and carry a heavy load and I will give you rest. Take up my yoke and learn from me, because things are peaceful with me and my heart is full of kindness, and you’ll find with me the rest you need.’ When I heard this I asked him, ‘Who are you Sir?’ and he replied, ‘You don’t know me yet, beloved daughter, but you will come to know me.’ I asked, ‘O Sir, what’s that key in your hand?’ and he said, ‘This is the key to heaven, ready for its time.’ I said, ‘I want, Sir, to leave this world and go with you wherever you wish.’ Then he looked at me and his face was filled with sympathy as though he knew all that had come upon me of trouble and sorrow, and he said, ‘Your time has not yet come, my daughter, but in the life of this world you’ll see the goodness of God. You’ll enter the safe refuge and rest from all that torments.’ At that I woke up. I just lay there in bed, and my heart was filled with a great peace. I thought and thought, but I couldn’t fathom the meaning of what I’d seen. Was it an angel, or was it someone else? What was the key in his hand? Where is this safe refuge which he’d take me to? And what is the goodness I would see in this world?”
They were all overcome with amazement at what the Old Woman told them. Then Faithful said to her, “You are very blessed! Our Saviour has appeared to you in a dream. He’s set his favour on you and granted you to enter into the safety of God in this world and the world to come.” “But… the key?” she asked. “No one can enter someone else’s house unless the master of the house invites him in,” he replied, “No one can enter heaven unless the one with the key opens the door for him.” “Is it our Saviour who has the key to heaven?” asked Tazzwit. Faithful replied, “He it was who said, ‘I possess the keys of Death and the Place of the Dead… Whatever I open, no one can shut; and whatever I shut, no one can open.’ He also said, ‘I am the Door. Anyone who enters through me, will be safe. Never will I send away anyone who comes to me!”
Faithful looked at the Old Woman and said, “You are blessed indeed, because few get through this door. The one who appeared to you in the dream once said, ‘Enter through the narrow door, because the wide one leads to destruction and many go through it. But this door that leads to life is narrow and few find it.’ One day he spoke to the people who believe in him and said to them, ‘Don’t let anxiety enter your hearts. Believe in God and believe also in me because I’m going away to prepare a place for you. I’ll come back and take you with me, and you too will be where I’m going to be.’“
“I’m so thankful to God,” said the Old Woman, “and I’ll never forget this dream or its meaning. I’m not afraid now of what will happen to me in the hereafter, but I still don’t know if there’s any safety to be had in this world.” Faithful replied, “When our Saviour came into the world, he travelled from place to place doing good to everyone in need. He was always concerned for those who were weak or ill or afraid, and he healed all who were in bondage to Satan. One day he was in the house of prayer. A woman was there who’d been oppressed by a demon for eighteen years: she was hunched and could not straighten her back. When he saw her, he called to her, ‘O woman, see now, you’re healed from your affliction!’ He laid his hands on her and immediately her back went straight. He has compassion like this on all who are afflicted. Still today, he is able to save anyone who takes refuge in his name – he can shelter them from Satan and from all that torments. He hears anyone who calls to him and he says to them, ‘Don’t be afraid! Just believe!’ So don’t be afraid now. Just put yourself under the protection of his name and you’ll always be safe – he’ll bless you more than you could possibly imagine.” Then Faithful smiled and said to her, “These next few days we’ll see what good things God will do for you!”
“The wild animals we’ll chase out of the forest,” he said then, “and as for the invisible spirits, I’ll tell you what we’ll do about them! Our Saviour has power to drive them out. Crowds of people came to him in those days bringing all who were possessed by demons – he drove them out with a word and healed all who were ill.” “How wonderful!” said the Old Woman. ‘I’m so thankful to God for sending one able to do this.” “If you believe in him,” said Faithful, “he’ll protect you from all that torments. The demons fear his name and flee from it. They cannot approach one who is under the protection of his name.” Then Faithful stood up with Honey and all their friends, and they formed a circle round the Old Woman’s hut. Faithful shouted out loud, “In our Saviour’s name I command you to come out from the hut, and the spring, and from the whole forest, and never return.” “Amen, Amen,” said the others.
Then he spoke to the Old Woman. “Take refuge always in the name of our Saviour, and tell him anything that troubles you – he’ll keep you safe.” “I believe,” she said, “in the one who appeared to me in the dream, but I really don’t know how to pray or ask him for anything.” “Didn’t he speak to you in our own language?” Faithful replied, “Well, speak to him just like that, any time you like. He’ll understand what you want and what you’re asking. Speak to him as though you were still a child, just as a little girl talks to her mother. One day people brought little children to our Saviour, wanting him to lay his hands on them and bless them. His disciples tried to stop them but he said, ‘Let the little children come to me. Don’t try to stop them, because the kingdom of heaven is for this sort of people.’ He also said, ‘Anyone who doesn’t want to enter the kingdom of heaven like a little child will never enter it.’ Believe in him with all sincerity just as little children believe.”
The Old Woman raised her eyes to heaven and said, “O Lord God, I thank you that you’ve restored to me the faith I had when I was small. You’ve come close to me to comfort my heart from all that frightens me. You’ve brought these people to me to help me with all that’s too hard for me.” They were all very happy to hear this, thanking God. Then they set out along the track once more, accompanied by the Old Woman, towards the place where the Hermit lived. As they went, they sang a song to God: “In God alone I seek rest: in his presence I find safety. God alone is my rock, my tower and my place of refuge: I shall never be shaken.”
When they came to the Nomad’s encampment, they sat happily in the shade of the tent and Amsiggel recounted all their experiences. He told how Faithful and Honey had come with them, accompanied by the Blacksmith and his brother and the two lads called Hamu. Then the Nomad asked, “Have you found an answer to our question?” “What was your question?” enquired Faithful in friendly fashion. “Well, we’ve actually got two questions,” he replied, “The first is: What is good? How can we know good from bad?”
Faithful smiled. “Quiet, all of you!” he said. Silence fell and there was no sound. Then he said, “Can you hear your heart beating? Listen carefully to your heart, because that’s where the Lord God reveals what is right. The heart of man is his life. When the heart goes silent, he’s dead. It’s to the heart that God reveals what he wants of us as long as we live, and he’ll show you what is good and what is bad. Listen always to what your heart tells you, and act on it, because it will be the truth of God.”
“I’ve listened to my heart beating,” said the Nomad’s wife, “but I’ve never yet heard a word from God. How can he show us what’s good and what’s bad?” “A person who listens carefully to the birds sing,” replied Faithful, “will know each bird by its song. A person who’s accustomed to measuring fields and rooms will know from a distance how many paces long they are. And a person who’s accustomed to hearing his heart will know what is good from what is bad, because his heart will weigh up what he sees and hears. If you see someone climbing off his mule so a blind man can ride, you know he’s done good. If you see someone lift a heavy sack for an Old Woman and carry it where she wants it, you know he’s done good. Someone who picks up broken glass from the path, or takes a straying donkey back to its owner, we all know that it’s good he’s done. Our heart shows us that it’s good to help people like this. Everywhere in the whole world, from the beginning of time to the present, this has been obvious because the heart of man shows him what is good. And we can put into practice goodness of this sort every day.” “Is there anyone,” asked Amsiggel, “who’s done all the good he could do? Surely there’s no one who’s been perfectly good?” “What you say is quite correct, Amsiggel,” replied Faithful, “and anyone who knows the good he should do but fails to do it – he is guilty of a sin!” “You’re right Faithful,” said the Nomad’s wife, “It’s easy to know what is good, but it’s hard for us to do it.”
“You’ve told us what good is like,” said the Nomad, “but how can people know what is bad? – they just don’t listen to what their heart tells them. They’re so used to doing evil that they can no longer distinguish between good and bad.” “You’re right,” replied Faithful, “But even they really know what is good and what is bad. There’s no liar who’ll tolerate his son lying to him. Even if a man tells lies more than anyone in the whole village, he’ll not stand for his son to lie to him, because there’s something in the heart of man that shows him lying is bad, and it can never meet with his approval. And it’s the same with theft. There’s no thief who’ll tolerate someone stealing from him. Even if he has lots of property himself and knows the one who steals from him is in need, he’ll not accept it, because there’s something in the heart of man that shows him stealing is bad, and it can never meet with his approval. Similarly, there’s no adulterer who’ll tolerate his wife committing adultery, because there’s something in the heart of man that shows him adultery is bad, and it can never meet with his approval. That’s how it is: we all know what is bad.” “You’re right Faithful,” said the Nomad, “It’s easy to know what is bad, but it’s hard for us to avoid it and keep away from it.”
“So, what was your second question?” asked Faithful. The Nomad replied, “Someone who knows he’s done wrong, and knows he’s failed to do good, how can he possibly enter into peace with God? How can he obtain God’s approval? What can he do to get God’s forgiveness?” “Well now, see your grey donkey there beside the tent,” replied Faithful, “When God created it, he gave it a black mark on its back above its front legs. What shape is the mark?” To this the Nomad replied, “It’s like if you put one stick across another.” “Well, that mark is the sign of a new covenant between us and God,” said Faithful, “Listen, all of you, and I’ll tell you about it. Once there was a good man who did everything God required of him; he taught people all about the way of God. He was kind and helped anyone in need; he did good to everyone, whoever they were. One day he was riding to the big city on a donkey: those who came to meet him along the road were so pleased to see him that they wanted to make him their king. But when he reached the city, one of his friends betrayed him. They seized him, tied him up, tore his clothes and beat him severely. Despite this, he did not retaliate at all – he didn’t hit back or dispute with them or get a sword to start a riot. Then they took him and hung him to die on a tall wooden pole. That pole was made of two pieces of wood; one was stuck into the ground and the other went across the top like that shape on the donkey. He hung there with his blood dripping to the ground – and he said nothing, except one thing. He raised his voice to heaven and cried out, “O God, forgive them! They just don’t know what they’re doing!” In fact, God had planned all this and knew about it from the very beginning. He puts that mark on every donkey colt born throughout the whole world so that we’ll never forget the one who rode on a donkey colt or how he asked God to forgive those who killed him.”
Then Faithful continued: “The man who rode that donkey, he wasn’t like other people, because he’d never done anything bad or shameful. He was always doing good to everyone; he did all that God required of him. He never needed God to forgive him, nor did he have to ask for mercy – he didn’t have to suffer the judgment of death that loomed over everyone else. And that’s why God planned for him to do something no one else could do except him. He sent him to do something very special.” “What did God plan for him?” asked the Nomad, “Why did he send him?” “God sent him,” said Faithful, “to suffer the judgment that lay upon mankind. He himself did not have to be punished for anything he’d done because he was without fault and had never done anything bad. That’s why he could bear the punishment that was coming to others. God sent him to die and suffer the Torments of the Grave and after that to rise from among the dead. And by raising him from the tomb to new life, God showed us he’d found acceptance with him. Then God lifted him out of this world and into his presence in heaven. And this new kind of life, he’s now given to all who believe in him. He’s made peace between us and God; he’s made a new covenant between us and our Creator.”
“Who was that man who came and made peace for us?” asked the Nomad. Amsiggel spoke up, “It’s the one we call our Saviour!” Tazzwit said, “It’s the Good Shepherd who dies for the sheep!” Hamu the New said, “It’s the one who makes us clean from the inside!” The Blacksmith said, “It’s the one who paid the debt we owed!” At this they all fell silent, listening to what their hearts were saying.
That night they stayed at the encampment. Early next morning the Nomad brought them some sheep’s milk and they had breakfast. Then they set out, accompanied by the Nomad and his wife who left their children there, some to watch the sheep, some to look after the tent. At this moment, Amsiggel remembered the bridge and the poor woman who’d fallen in the river, and he said to himself, “It’ll be hard to cross if the river has risen any further.”
Descending from the higher land, they entered the forest and went on till they came to the river. When they got there, the bridge and its foundations had been completely washed away. They asked some people how they could get across. “Keep going up the river, “they replied, “until you get to the big bridge.” They set off again but it was a long way. When they finally reached the big bridge they were impressed with its strength. It was so high above the river that the water could not reach it. They crossed safely and continued along the track.
“Year by year,” said Faithful, “people make wooden bridges and the river carries them away. Wooden bridges are fine for a while, but when the floods come they always collapse. Do you see the metaphor? The things we do and make are like that. What we do and make is fine for a while but eventually it collapses. Someone may do his ritual washing and say his prayers and keep the fast and do all that religion requires in order to draw close to God. The things he does may be fine for a while, but he never knows if they’ll endure to eternity or not. People are all in need of a bridge to cross over from this world to heaven but they’re always in doubt whether a bridge made of things they do will take them to the other side. They’re afraid they’ll just get carried off in the flood that comes with death… because the bridges they build always fall down!”
“We need a firm high bridge,” said Amsiggel, “one that will carry us from earth to heaven without doubt or fear. And I know what you’re going to say, Faithful, because there is someone who is a firm bridge.” “You’re right Amsiggel,” agreed Faithful, “No one on this Bridge will slip or fall into the Abyss. He’ll get safely to the other side, because he himself said, “I am the way, the truth and the life. No one will get to God’s presence unless I take him there myself.”
They stopped then to pray and thank God, saying, “O Lord God, we praise you because you’ve sent us the Saviour to remove our sins, to release us from the bondage of this world, to make a covenant of peace between you and us, and pay the debt that was beyond us, to take us from this earth into the world to come. All this was according to your plan in your great love and mercy. And now, O Lord God, guide us along the track and bring us safely to the old woman. Show us how we can comfort her from all that frightens her. We ask this is in the name of our Saviour, Amen.”
They set out once more, following the track until they came to the village of the two young men, Hamu the Beard and his friend Hamu the Thief. They found them in the fields, digging out the mud and debris from an irrigation channel. The two young men were happy to see Amsiggel and Tazzwit and their companions, and they all sat together in an orchard talking about the events of the past few days. Then the Blacksmith addressed them, “We’ve heard,” he said, “that you are both called Hamu, but we can’t tell which of you is Hamu the Beard because neither of you has a beard.” They all laughed. Then they asked the Beard, “Why have you shaved it off?” “That’s simple,” he replied, “I happened to find a razor beside the channel.” They all laughed again. Then the one called the Thief stared at him saying, “Look, you’ve changed your appearance simply with a razor costing two ryals. Can’t I change too?”
Turning to Amsiggel, they said, “Do you remember our conversation? We asked if a bad person can become good in the eyes of God and in the eyes of other people?” They all looked then at Faithful to see if he knew the answer. He said to the two lads (both called Hamu), “When we got here, we found you digging out the channel. Tell me, where does this water come from? Does it flow from a spring or from the river?” “From a spring,” they replied. “Okay, and when the water flows from the spring, what’s it like?” he enquired. “It’s pure and clean and sweet,” they said. “So, where does the mud and debris come from?” he asked. “It just falls in,” they replied, “whenever animals or children walk along beside the channel.” Then Faithful said to them, “You see, this water comes from the spring perfectly pure, but the further it goes the muddier it gets with the dirt and rubbish that fall into it, until finally it reaches the plain where it expires among the stones and sand and disappears completely.” “That’s right,” they agreed. “Listen then,” he said, “and I’ll show you what this signifies, because it happens to us all just like that. When a person is born his heart is clean and his mind is pure, but from that point on he goes downhill, winding his way amidst the crooked tricks and the satanic wiles of this world until he grows old and weak and finally dies. For as long as he’s in the world, dirt keeps on falling into him and making him more and more muddy.” Faithful paused, then said, “And what about this mud and rubbish? Some of it floats along in full view but some flows beneath the surface and isn’t so easily seen. Some people show how filthy they are, but others hide their uncleanness. The sins of some people are so obvious that you can easily foresee the judgment that will fall upon them. But others, it’s only later that their sins will show.”
“Listen, all of you” continued Faithful, “and I’ll tell you a story. Once there was a man who smoked fifty cigarettes a day. His clothes and his hands and his body were completely permeated by cigarette smoke. When he got home, his wife complained to him about the stench. So he went and had a thorough wash in the public baths; he changed his clothes and he came back clean from the stink of cigarettes. But it wasn’t really that simple. On the outside he was fine, but what was he like inside? What about all the smoke that had gone inside him? The smoke that had fouled up his lungs: that’s what was killing him. And man is in just this condition. He can wash his skin; he can wash his clothes; but his heart is still full of all kinds of evil. And how can it be made clean?”
“O Faithful, you know exactly what we’re like!” said the other Hamu, “It’s very difficult to get ourselves clean from all the pollution deep inside us. It’s not easy to avoid evil talking and wicked thoughts, because man is weak. Although we want to do what pleases God, we can’t manage it. We all know we fail in this!”
“But is it possible for a bad person become good in the sight of God and man?” asked the Thief, “Can we dig out the mud and debris of sin from our hearts?” “There is someone,” replied Faithful gently, “who is able to make your heart clean. He can remove all the uncleanness and all the evil and fill your heart with the Spirit of love and peace. If you truly regret the wrong things you’ve done and turn away from all that makes you unclean, there’s only one thing more you need to do.” “And what’s that?” asked the Thief intently. “You need to hold onto our Saviour,” said Faithful, “Believe in him and lean on him because he gave himself to set us free from all evil and cleanse us to become his people. In this way you can start a new life, and God will forgive you and willingly forget what you’ve done in the past. In fact, he’ll do a miracle in you – he’ll purify you from within and fill your heart with the beauty and goodness of heaven.”
They were all thinking about this when Faithful continued, “But don’t forget how the women sift lentils day by day and remove the grit and the vetch seeds that have found their way into it. If you enter into new life, God will help you every day to sift within you all that is evil, be it words or deeds or thoughts. He’ll help you eliminate wicked words from honourable speech, to keep lies out of sincere conversation. He’ll help you avoid all that would entice you to satanic deeds, and he’ll keep you away from those who’ve accustomed themselves to the filth of this world. He’ll be with you – the one who can save you from all that pollutes the heart of man. Believe in him, hold onto him, lean on him. If you do, you’ll always be good in the sight of God.”
“But how can we be good in the sight of man?” asked the Thief, “How can people forgive us? They can never forget what we’ve done in the past!” “No longer,” replied Faithful, “do we see anyone as other people see them. Because we know that if someone has entered into new life, then God has transformed him. The old has gone from him and he’s become new, because God has made peace with him through our Saviour. God no longer counts his sins. Anyone who’s become new will find acceptance with us as he has with God. We’ll love him and appreciate him, and we won’t think about the past at all. If someone used to be a thief, we’ll no longer call him a thief, because we must forget what he did in the past.” “If that’s so,” said the one called the Thief, “what name will you give me now?” “We’ll call you Hamu the New,” replied Faithful, “because the old Hamu has died within you.”
Then the other Hamu spoke up. “Thank you, Faithful,” he said, “for telling us all this.” “We should thank God,” replied Faithful, “because it’s he who’s forgiven us all the wrong things we’ve done.” Then Hamu the New said, “Let us come with you on your journey and hear more about these things.” “Come on then,” replied Faithful, “There’s still time for us to see the Nomad today.” Immediately, they started up the track.
Early next morning they set out from the village of Peace, retracing their steps along the way they had come. After two days’ journey they came to the Blacksmith’s. He and his brother welcomed them in. Sitting everyone down, they brought mint tea. Then Amsiggel told them about their arrival at the village of Peace, and he introduced their companions. “This man,” he said, “is Faithful. He and Honey, his daughter, have been very good to us – looking after us in their village, and now in coming along with us.” “Anyone who does good,” the Blacksmith replied, “is very welcome!” Then he said to Amsiggel, “Do you remember our conversation that day, and how we discussed what might happen on the Day of Judgment?” “Ask them,” Amsiggel agreed, “They’ll know the answer.” “Alright, I’ll tell you all what’s troubling us,” said the Blacksmith, “We’d like to know what will happen to someone who fails to do all that God requires of him? Must he inevitably stand up on the Day of Judgment and recite a full account of all he’s done? And what should he do if he knows he’s done things that make him ashamed or make him unacceptable to God: that’s what troubles us.” “It’s a difficult question,” replied Faithful, “because anyone in doubt will always live in fear of the Day of Judgment.” Hearing this, the Blacksmith’s brother spoke up. “But won’t our good deeds balance the Scales?” he asked.
Faithful regarded him and said, “I’ll tell you a story. Once there was an old man who had a large house and many fields. All his life he’d bought and sold and accumulated wealth for himself. He thought about nothing except what would be to his own advantage. He had no time to consider the hardship faced by others; he turned a blind eye to any who were sick or in need. That’s how he lived until he got old. Then he began to think about the hereafter. He said to himself, ‘I’ll do some good deeds to balance the Scales before I die.’ So this old man went out and began to give to the disabled and the blind; he gave to the mosque and to the poor.” Faithful stopped speaking and looked round at them all. Then he asked, “What do you think will become of that old man in the Scales of God? He spent sixty years indulging himself for the present, and now he wants to spend one year providing for his future. Will he purchase a place in Heaven that lasts forever with the alms of one short year? What will God say to him on the Day of Judgment? He’ll say, ‘You foolish man! Did you think to get for yourself in the hereafter more than you got for yourself in the world? Hell is the place for you and for all who care only about themselves!’“
They all went quiet, thinking about this. Then the Blacksmith’s brother said, “But if we do good deeds from childhood, perhaps they’ll be enough to outweigh our sins.” “Do you think there’s any one of us,” retorted his brother, “who’s counted all his good deeds and all his sins since childhood to know which will weigh more?” His brother looked up thoughtfully and said, “But one who’s done even a single good deed – God may have mercy on him if he wishes.” “Well what good is that?” replied the Blacksmith, “We don’t know if he wishes or not! Look, God has decreed that we must always live half way between hope and fear – we hope for his mercy and we fear his punishment.” “Well in that case,” said his brother doubtfully, “perhaps he’ll have mercy on us if we believe there is no god but him.” “Not likely,” retorted the Blacksmith, “Even Satan believes in God and knows he’s unique, but what good does that sort of faith do? Does it make Satan acceptable to God?” “I don’t know,” sighed his brother, “There’s nothing for it but to hope he’ll be merciful towards us!” They he turned to Faithful and asked, “Isn’t God called the Merciful One?”
“He certainly is the Merciful One,” replied Faithful, “but he doesn’t have mercy on everyone who disobeys his word. Do you know what happened to our ancestor Adam? God told him, ‘Don’t eat the fruit from that tree in the middle of the garden.’ But he went and ate some. What happened to Adam then? God drove him out of the garden and posted angels there to guard the gateway. The way back into the garden was blocked by God so that Adam and his wife could never again go back into it. However much Adam might try to call out to God and bang on the gate, he could never return to that paradise. Even if he did all the good he could do, and put all his effort into pleasing God throughout the rest of his life in this world, he could not go back to where he’d been. God did not allow him to go back into paradise. Now then, Adam disobeyed God’s word once, guilty of one transgression, and God took him away from the paradise he’d been in. So what do you think? Was God merciful to him or not?” “No, he was punished,” the Blacksmith agreed, “God was not merciful to him.” “But if God judges so strictly,” said his brother, “how will anyone receive his mercy? Can you explain this puzzle to us, Faithful?”
Faithful looked round at them all again and said, “If you’ve broken God’s word, what will you need most of all?” No one spoke. “If you’ve not done what God wants of you, what will you need most of all?” Still they said nothing. “If the judgement of God lies upon you, what will you need most of all?” They all looked at him, then the Blacksmith said, “It seems to me you’d need someone to stand between you and God, someone who has himself done all that God requires. You’d need someone able to ask God to have mercy on you!”
“Listen, all of you” said Faithful, “I’ll tell you a story. Once there was a village magistrate, a good man who always kept his word and judged justly and wisely. One day a boy went out hunting birds with a catapult. He shot a pebble which shattered the window of the magistrate’s house. They seized him and brought him before the magistrate. Trembling with fear, he fell to the ground saying, ‘O Sir, may God lengthen your life!’ The magistrate told him to be quiet, then asked, ‘Was it you who broke this window?’ ‘O Sir,’ he replied, ‘I didn’t mean to – the wind just carried the stone!’ ‘Whoever breaks a window,’ declared the magistrate, ‘must fix it!’ ‘Oh please forgive me,’ begged the boy, ‘I’m very sorry for what I’ve done!’ ‘How are you going to fix it?’ asked the magistrate. ‘I won’t ever break another one,’ replied the boy. ‘How are you going to fix it?’ insisted the magistrate. ‘O Sir, I’ll do a good deed. I’ll go and give two loaves of bread to those blind men at the door of your house.’ ‘Do you think that food for beggars will mend the window? Come on now, how are you going to fix it?’ ‘O Sir, I don’t know,’ said the boy, ‘No one can mend a pane of glass once it’s got broken.’ ‘You’ll pay for a new pane,’ replied the magistrate. ‘But Sir,’ said the boy, ‘I haven’t got any money to buy a pane of glass.’ He bowed then to the ground saying, ‘O Great Magistrate! O Great Magistrate!’ ‘That’s not how to pay for the window,’ said the magistrate. The boy continued, ‘O Magistrate, great is your mercy! O Magistrate, great is your mercy! Just forgive me this one time.’ ‘No,’ insisted the magistrate ‘You must fix what you’ve broken.’ The boy bowed his head: he didn’t know what to do. He had no money to pay for the glass he’d broken. He just stood there in silence. Then the magistrate asked him, ‘Have you parents or brothers with money who can come and free you from this debt?’ ‘I’ve got an uncle,’ he replied, ‘but I don’t know if he’d come.’ His uncle was sent for. When he arrived, he took two silver coins from the pouch of his robe and gave them to the magistrate. Then the magistrate said to the boy, ‘Go in peace, son! Your uncle has paid for you!’“
Faithful looked round at them all and asked, “Did you understand this parable?” At this, Amsiggel spoke up. “The magistrate is like God,” he said, “and the boy is like me. The window that got broken represents the bad things I’ve done and the good things I’ve not done. But as for the boy’s uncle, I don’t know who he is!” Then Faithful replied, “The one who paid our debt – we call him our Saviour. Because really we’re all like that boy: we haven’t enough to settle up what we owe. So God sent one who was able to settle up for us. He came to pay for you and me, and each one of us, to save us from our doom. And on the Day of Judgment the Great Magistrate will say to us, ‘Go in peace, son! Your Saviour has paid for you!’“
At this, they all went very quiet, thinking about what they’d heard. Then the Blacksmith’s brother asked, “So, if he’s already paid for us, what should we do ourselves?” Hearing this, Faithful asked, “What would the boy in the story do?” Amsiggel spoke up: “He’d feel very grateful to the one who came to his rescue. He’d be really attached to him. He’d want to go everywhere with him because he’d love him so much.” “We can’t do a thing,” agreed Faithful, “except feel grateful to the one who has freed us from our Debt. We can’t do anything except believe in him, hold onto him, lean on him.” Then the Blacksmith asked, “What will happen on the Day of Reckoning to one who believes in him?” “For us, there won’t be any Reckoning,” replied Faithful, “because he’s already paid all we owe. He won’t let us suffer the Torments of the Grave, because he’s already taken us past the Scales and the Reciting of Accounts and saved us from the Fire of Hell. And that’s how we receive the mercy of God, just as he intended from the beginning of time!”
Three days they spent there; then the blacksmiths said, “This is all quite new to us. Stay another few days because we want to understand more about these things.” But Faithful replied, “God bless you. We’d like to stay, but there are still other people and we must help them too.” “Alright,” said the Blacksmith, “Just let us come with you!”
Two days more they spent on the road, and it was evening before they came to the village of Peace. There were some men sitting and chatting in the shade of a shop doorway – each one had something broken or damaged. One had a broken plough, one had a table whose leg had come off, another had a spade with no handle, and one had brought a cart with a twisted wooden wheel. Amsiggel exchanged greetings with them, then looked inside the shop. He saw a man there planing wood.
“Is it the carpenter you want?” the men asked, “Have you got something broken or damaged?” “Everywhere we’ve been these days,” replied Amsiggel, “we’ve heard about what’s broken and damaged. Does this carpenter of yours know how to straighten out a twisted life? Does he know how to fix a broken heart? Does he know how to mend a ruined world?” “He probably does!” they replied.
They were still speaking when a girl came up. She was evidently the carpenter’s daughter, and she’d brought mint tea for her father. When he emerged, he looked cheerfully at Amsiggel and his sister and said, “God guards the path of those who please him! You’ve come a long way, and you’re very welcome!” he added kindly, “You’ll find rest and peace here among us.” And he told his daughter to take them home. Walking through the village, they saw the women drawing water and the men digging in the fields. There seemed to be singing everywhere, like the singing of angels. They had never heard singing like that before.
The girl took them into a house. They sat in a long room where she brought things for making mint tea and a loaf of bread still warm. She said, “I’m called Honey and my father’s name is Faithful – his name actually means ‘One who wants the best for everyone’“. On the wall was a picture of a shepherd. He was carrying a lamb across his shoulders, with other lambs round about him. “Who’s that shepherd?” Tazzwit asked. Honey looked at her a moment, then said, “That’s the Good Shepherd. He’s looking after his lambs… like our Saviour looks after us.” “What do mean, your ‘Saviour’?” asked Tazzwit puzzled. The girl smiled and said, “A saviour is someone who rescues anyone in danger. If you’ve fallen into a deep hole, he’ll haul you up before you starve to death. If you’ve fallen into the river, he’ll pull you out before you get swept away.”
“Tell us about this Shepherd, your Saviour,” said Tazzwit. “Well, the shepherd is the one who goes in through the door of the sheepfold,” Honey replied, “The sheep obey his voice and he calls those that are his, each one by name. He leads them outside, and his sheep follow him because they recognise his voice. He himself said, ‘I am the Good Shepherd. The Good Shepherd gives his life for the sheep. I am not like the hired hand who runs away when the wolf comes because the sheep are not his. I am the Good Shepherd and I am ready to die for their sake. I have other sheep that don’t come to this sheepfold, and I must gather them too. They will obey my voice, and there will be one flock and one Shepherd.’” Honey looked up at the picture. “One day,” she continued, “he asked the people ‘What would any one of you do if he had a hundred sheep and one of them got lost? Wouldn’t you leave the others, and go to look for the lost one? And when you’d found it you’d pick it up and carry it on your shoulders till you’d brought it safely home. Then you’d call your neighbours saying: Come and celebrate with me: I’ve found my lost sheep!’”
Tazzwit was lost in thought. “That’s a truly good shepherd,” she said, “He really cares about his sheep! Even the lamb that strayed away, he went off to look for it.” “He watches over them night and day,” said Amsiggel, “and he’s willing to sacrifice himself, even to death, so that no harm will come to them.” “And that’s exactly what our Saviour does,” continued Honey, “He calls to each of us by name and searches for any one that’s lost. He sacrificed all he had for our sake, so he could bring us safely into the sheepfold. That’s why we call him our Saviour.” They all went quiet, thinking about what Honey had told them. Then she said, “Come on, I’ll show you where you’ll be sleeping. We can talk some more in the morning.”
When they woke up next morning, there were a lot of children playing and laughing happily together in the courtyard in the middle of the house. The carpenter came in with some mint tea and a bowl of soup for each of them. Amsiggel said to him respectfully, “It’s amazing! I’ve never seen children like this before. They’re not fighting or quarreling or insulting each other, and I’ve not heard any bad language from them at all!” The carpenter smiled, and he said, “O Lord God, your praise fills the heavens, from the tongues of infants and babies. You are high above all who quarrel and fight.” Then he asked them about where they’d come from and where they wanted to go. They told him about the people they’d met on their journey, and they recounted what the Woodcutter, the Hermit, the Old Woman in the forest, the Nomad, the Thief and the Blacksmith had each said. “These people,” said Amsiggel, “each of them is anxious about some things which don’t make sense to them.”
“Tell me what their questions are,” suggested Faithful kindly. Feeling quite encouraged, Amsiggel told him: “The Woodcutter says, ‘We can see the wisdom and goodness of the One who made all the creatures of the forest, but we can’t tell whether he’s still looking after the world or if he’s just left it to look after itself.’ The Hermit says, ‘Everything in the world is sick – there’s a blight upon it.’ The Old Woman says, ‘There’s no security in this world or in the hereafter.’ The Nomad asks, ‘How can we find a way to please God?’ The Thief asks, ‘What can a bad person do to become good?’ The Blacksmith asks, ‘Can anyone purify his heart from shame and be free from fear on the Day of Judgment?’” Then Amsiggel continued, “Have you, the people of Peace discovered how someone can make his peace with God and with the other villagers and with himself?”
The carpenter smiled cheerfully. “Thank God for this hour that’s brought us together,” he said, “because it says in his word, ‘I will bring them into the security which they long for.’ God wants to show each of those people the Way of Peace.” “What is the Way of Peace like?” asked Amsiggel, “And where is it so that someone can set out on it?” Faithful regarded him seriously. “It’s true that nowadays people call us the People of Peace, but in times past it wasn’t peace that occupied our thoughts. That was a time of violence. Our forefathers fought against other tribes and took all their possessions by force.” “What happened among you then,” asked Amsiggel, “to make you change so completely?” “Someone came to us,” replied Faithful, “and he gave us peace with God, with our neighbours, and with ourselves. He made for us a new covenant. He showed us how to be kind to one another, and how to consider what others would like, without asking for more than our fair share or wanting to get what doesn’t belong to us. He showed us how to help any who are in need, to feed any who are hungry and clothe any who are cold. He summed up in one sentence all that’s written in the law of God and the prophets – he said, ‘Treat other people just as you’d like them to treat you!’“
“That’s a good saying,” said Amsiggel, “but if you are easygoing with people and always do them good, won’t they take advantage of you and take what’s yours?” “Not at all,” replied Faithful, “because God is the one who stands with us and protects us from the devil and all his servants. ‘If God be for us who can defeat us?’ That’s why we’re not afraid to leave all our affairs in his hand, because nothing happens to us except at his command.” Then Faithful continued, “Stay here with us for a time and I’ll explain everything God has shown us.”
Several months they spent there: Amsiggel went regularly with Faithful to the workshop, and Tazzwit helped Honey at home. They heard about all that had been done by the one they called their Saviour. At last the time came to leave and Amsiggel said to them, “Dear friends, you’ve been very kind to us, but we must go back and see all the people we met on our journey and then return to our home.” Tazzwit, however, did not want to go back. “No,” she said firmly, “I’ve found here among these people all I was looking for. I can’t leave them now!” “But think of the fox,” Amsiggel said to her kindly, “He goes out to hunt far from home, and then he brings back what he’s caught to those left in the den. We must take back to them what we’ve heard, because we’ve left them all perplexed and dejected.” He turned to Faithful and his daughter. “But I would like to ask you a favour,” he said, “even greater than the kindness you’ve already shown us. Can you come with us and set these people free?” “Let’s ask God to show us what he wants us to do,” replied Faithful. He closed his eyes and prayed: “O God our Lord, we praise you because you’ve filled our hearts with your peace. You’ve given us peace with one another and peace with you. Show us now if you want us to go with our dear guests and take your word to those who questioned them along the road. Show us what you want of us, in our Saviour’s name.” They all said, “Amen!” Faithful looked at them a moment, then declared, “He who goes on this road, nothing will upset him! Stay till tomorrow and we’ll go with you.”
Amsiggel and Tazzwit stayed the night with the two young men named Hamu and early next morning set out once more along the track. It was a hot day and there was no shade; before long they began to get very thirsty. Still they kept going, until they saw a little house in the distance. This cheered them up greatly – they reckoned they would find some refreshment there.
As they drew near, there came from inside the house the sound of heavy hammer blows. Amsiggel called loudly, but no-one heard him; Tazzwit knocked on the door, but no-one came. Pushing it open a little, they peered inside. They saw two men there, beating out iron with a heavy hammer. It was a forge, dark and gloomy with a scorching hot furnace and sparks flying everywhere. They went in and stood watching the blacksmiths. Tazzwit was so thirsty she fainted away. “This is like the Abode of the Dead,” said her brother to himself, “We called out at the door but no-one heard us. We knocked but no-one let us in. And now we’re inside, we’re doomed to darkness and scorching fire with hammerings and poundings as though we’d entered the Torments of the Grave.”
Eventually the blacksmiths put down their tools and pointed to a log bench where he could take Tazzwit to sit. They brought them a drink. When they’d recovered a little, Amsiggel told them about their journey and the hardships they’d encountered along the way. The Blacksmith answered, “Man is like a coin, rolling here and rolling there, constantly shifting from one moneybag to another. All our life we’re on the move, and we find no rest in this world!” His brother spoke up: “Yet the old-timers say, ‘You can’t roll further than the bottom of the hill!’ And every coin has two sides: whichever side it falls on, that’s how it lies. We have two sides, and whichever side we fall on that’s where we stay. When we roll to a stop on the Day of Judgment, we’ll find ourselves either in Heaven or in Hell, and that’s where we’ll stay!”
“Do you know what will happen on the Day of Judgment?” asked Amsiggel. “Well, they say we’ll each stand before God,” replied the Blacksmith, “and every one of us will recite a complete account of what he’s done. Those who’ve done admirable things will recount them. Those who have done shameful things will recount them. Then everyone you’ve dealt with shamefully will stand up and call you to account for how you treated them. They’ll weigh you in the perfect Scales that never lie. Then the Guilty will go to Hell, and those who’ve done all that God desires will go to Heaven.” Amsiggel turned this over in his mind. “But which of us,” he demanded, “has done all that God desires?” The Blacksmith gazed at him. “That’s what people say,” he replied, “but there probably aren’t any of us who’ve done all that God desires.” “Well, if it’s like that,” asked Amsiggel, “what will happen to those of us who fall short?” “Well, we’ll just ask God to have mercy on us,” replied the Blacksmith uneasily. “Do you know if God will have mercy on us all, or just some of us?” insisted Amsiggel. “What can I say?” replied the Blacksmith, “He alone knows!” “That doesn’t comfort me at all!” said Amsiggel, “Can’t we even know for sure whether we’re going to Heaven or to the other place?” “Whoever is afraid of damnation must hope for mercy,” replied the Blacksmith.
At this his brother spoke up: “People say that one good deed will weigh more than a hundred evil deeds. So we must do good deeds and try to balance the Scales.” His brother studied him closely, then said, “Do you think you’ll be able to stand before God and weigh up all the evil you’ve done along with the good? Won’t you just be disgraced by your sins and the shameful things you’ve done?”
“I’ll tell you a story,” he continued, “I heard it from the old-timers. Once there was a king who was a very religious man, and he would not eat pigmeat. He had a cook in his palace who prepared his meals every day. One day this cook made a stew for the king. He put some beef in, and some lamb, and some pigmeat… then added extra ingredients, like salt and vegetables, and stirred it all together until it was well cooked. It gave off a wonderful aroma so the king was ready to eat with a good appetite. When the cook brought it in, the king said, ‘This is an excellent stew. What did you put in it?’ ‘A little beef,’ he replied, ‘a little lamb, and a little pigmeat.’ The king rose in anger. ‘You wretch!’ he shouted, ‘Did you suppose that the beef and lamb would purify the pigmeat? On the contrary, that pigmeat has corrupted the whole stew!’ Turning to his servants he commanded, ‘Tie up this pagan. Cut off his head and throw him in the dark pit along with his stew! He’s brought corruption into my presence. Death is all he deserves!’” The Blacksmith continued, “That’s what will happen to anyone who stands before God bringing into his presence evil mixed with good. And what will God say to him then? He’ll say, ‘Throw this wretch into the Pit! He’s brought corruption into my presence! Hellfire is all he deserves!’ And I can tell you that good deeds will never remove evil deeds, because the evil deeds have corrupted the whole person. What you’ve put into the oven is exactly what you’ll take out of it!”
“This is enough to make my hair stand on end!” exclaimed Amsiggel faintly. “Can’t we find any way,” he asked, “to wipe out what’s made us unacceptable to God and ashamed of ourselves, before we get as far as the presence of God himself? Can’t we purify ourselves from our sins before they get put on the Scales?” “If only a man could know for sure whether God will have mercy on him!” replied the Blacksmith, “If only we could make our peace with him before the Hour of Retribution comes!” Hearing this, Amsiggel sighed deeply. “This is the hardest of all the questions we’ve heard during these past days,” he said. “Keep climbing along this track, “replied the Blacksmith, “until eventually you get to the village called Peace, “If they don’t know the answer, no-one will!”
They kept going until about midday when they chanced upon two young men coming up from the fields with spades on their shoulders. They exchanged greetings and continued together along the track.
They chatted a while about ploughing and harvesting, and then Amsiggel asked, “What are your names?” One replied, “I’m Hamu the Beard, and we call this fellow Hamu the Thief.” Amsiggel was surprised. He enquired of them, “I can see why they call you the Beard because your beard – but ‘the Thief’, why that name?” “Well,” he replied sadly, “I once stole a chicken from the village magistrate and they found it in my house.” In surprise, Amsiggel asked him, “How long ago did this happen?” “Two years ago,” he replied, “and from that time I’ve never stolen anything.” “Well then,” said Amsiggel, “it’s clear you’re no longer a thief!” Hamu the Beard intervened, “A shady character,” he said, “is always open to suspicion!”
Amsiggel thought about this, then said to him, “You have a beard – anytime you want, you can shave it off and change your appearance. So can’t your friend change too?” “Ah” replied Hamu the Beard, “hair grows on the surface of a man but a thieving nature lies deep inside him.” “Well, can’t someone change what’s inside him?” asked Amsiggel. “This fellow,” Hamu the Beard replied, “he’s had thieving nature since he was a child – sucked from his mother’s breast and eaten from his father’s toil. A small boy is like oleander wood – while still green you can make what you want of it, but once it dries out it’s good only for the hearth!”
Turning to the Thief, Amsiggel asked, “Has the magistrate forgiven you?” “He forgave me,” he replied, “when I returned the chicken, but he’s never forgotten what I did. Whenever I meet him he laughs at me and insults me, both him and his family and all his relations.” “But if you promised never to steal again,” said Amsiggel, “won’t they let you turn over a new leaf? Can’t you find some way to be reconciled to them?” “Oh no,” he said, “because they always suspect me. And whenever anything gets stolen anywhere in the village, they think I’ve taken it!” Amsiggel was amazed at this.
“These people,” the Thief continued sadly, “are like an apple, looking good on the outside but rotten within. The wrong I did was seen straightaway, but the wrong they do – they just know how to hide it. They tell you how good they are, but I know for a fact they’re worse than me. They just act in secret so no-one sees them.” “You’re quite right,” agreed Amsiggel, “People are not ashamed of what they do if there’s no-one around to see it.”
“In wintertime,” said the Thief, “the snow falls and covers up all the rubbish littered on the ground. But when the sun comes out, it melts the snow and reveals the rubbish still there. The snow is like someone who says ‘I’m a good person – I’ve done nothing wrong!’ That person is lying, because he’s covering up the filth in his heart and mind. God will reveal it all on the Day of Judgment, just as the sun reveals the bad things that the snow hides from view.” “Many people say they’re good,” agreed Hamu the Beard, “but they have a lying nature, betraying the trust of others and cheating them. They have an envious nature, wanting what belongs to others. They have an aggressive nature, quarreling with anyone who opposes them. They have a lustful nature, wanting other women. They have a conceited nature, taking advantage of their brothers and workmates. They have a lazy nature, not keeping their promises. Well, we all know what we’re like!” “You’re right,” agreed Amsiggel, “We know what’s hidden in the heart of man. But none of us wants to forgive someone who’s done us wrong, because we all want to give the impression we’re better than others. We may hide our faults, but how could we ever really purify ourselves from that evil hidden deep within us?”
“It’s not at all easy!” said Hamu the Beard, “Like the cow, for instance, continually bothered by flies. She waves her tail, stamps her feet, shuts her eyes, shakes her head, but she just can’t get rid of those flies. They won’t leave her alone. Every day they keep on itching and annoying her. That’s how the cow spends her days until eventually she dies. It’s like that for us too. Evil words and wicked thoughts come to us from all sides. They bother us and upset us and entice us and preoccupy us. We don’t like it at all and we feel quite ill at ease. We flap around, just as the cow wafts her tail, trying to send away all those evil things – we say our prayers, we keep the fast, we read and recite, we give alms, but we cannot get away from the evil of the world which keeps settling on our body. That’s how we spend our days until eventually we die. The flies don’t actually get inside the cow until she’s dead, but evil things get right inside us even while we’re still alive.”
“God save us!” exclaimed the Thief, “because we cannot avoid the polluting things of this world, nor do we know any way to remove the pollution within us.” “You’re right!” said Hamu the Beard regarding him closely, “because, as we said, a bad person can’t become good in the sight of God or in the sight of other people.” Amsiggel spoke up: “All this goes to alienate a person from his neighbour, to alienate him from himself, and to alienate him from God too. If only there could be reconciliation and peace between us all! If only there could be compassion which might draw together those at odds!” None of them spoke, all absorbed in their own thoughts. Then Hamu the Beard said, “I’ve heard there’s a place on the other side of these mountains which they call Peace. Perhaps the people there will know a way for us to be at peace with one another.”
At daybreak they set out once more. Eventually the track brought them out of the forest and led them up between mountainous crags. They kept going till they came to a flock of sheep and goats grazing in a grassy area. There was a tent there, made of black hair, and a donkey beside it. A family of nomads were gathered in the tent, eating a meal. When the woman saw them, she got up and invited them to share in what they were eating from the bowl. The family asked where they’d come from and where they were going, so Amsiggel told them about the journey he and Tazzwit had made and about the people they had met. “But there are three enigmas we’ve not been able to resolve,” he added, “The Woodcutter says someone created this world beautiful and good. The Hermit says something has happened to the world and spoiled its beauty and goodness. And the Old Woman says there’s no longer any security in the world at all – and even the world to come, she can’t be sure of safety there.”
“We all long for security,” said the Nomad, “but we won’t find it anywhere in this world, or the next, and the reason is simply that we don’t know how to really satisfy God.” Hearing this, Amsiggel added, “The Old Woman, poor thing, is afraid God will never accept her, because she isn’t able to fulfil the requirements of religion.” “We don’t fulfil the requirements either,” agreed the Nomad’s wife. “We live in the wilds,” added her husband, “so we don’t hear the call to noonday or evening prayer. We don’t know the months or days of fasting. We don’t have beggars to give alms to. We don’t know how to do the ritual washing. Pilgrimage and mosque teacher are both of them far away from where we are. We don’t know the words recited in the mosque and we don’t understand their meaning anyway. So what will become of us? How can we possibly be pleasing to God? And how can we ever be safe in his care?”
“Isn’t there some other way to please God and find safety in him?” asked Amsiggel. “Only those who go to the mosque find acceptance with God and live in security,” replied the Nomad woman. Her husband turned to them and said, “There’s a story that the old-timers used to tell. Once there was a king who invited some men to eat supper with him in the palace. They entered into the king’s presence and bowed to the ground before him with the utmost reverence. They did not smoke or spit; they did not dare to cast an eye at the servant girls of the palace, nor did they allow a single coarse word to slip from their lips. These were clearly men of excellent character, and the king was delighted with them. However, he was a man of intelligence and he knew what people are like. So when his guests had gone, he sent his servants to ask their neighbours how they acted in the market and enquire from their wives how they behaved at home. When the servants returned to the palace, they reported to the king, “Those men beat their wives; they cheat in the market; they quarrel with their neighbours. Each one fights for his own advantage – they are not worthy to be friends of yours.” The king replied, “Let them never again be seen in my palace!”
The Nomad continued, “In the mosque, people bow to the Great King and do all they can to show how good they are. But when they come out of the mosque, that’s when the King tests them to see what they’re made of. What do you think? Prayer and fasting that fail to make a man treat his family well, what use are they? And one who doesn’t deal honestly in the market, how can he satisfy God in the mosque? This is why there’s no longer any security in the world – because people no longer know how to please God through decent honest behaviour. Instead they try to please him by reciting words and skipping meals. They’re just used to things as they are – they’re not looking for anything new!”
Amsiggel regarded them, then said, “I can’t make any sense of this. Take silver, for example. Everyone says silver is valuable, and it has a very high price. But what use is silver? Wouldn’t a steel knife be more useful – you could cut turnips with it. Or an iron key – you can open the door with it. Or even a wooden spoon – you can fill the porridge bowls with it. All these are useful things for us. But a silver ring, what can you do with it? Or a silver brooch, what good is it? It seems to me that people no longer know what’s useful from what’s no use at all!” The Nomad agreed, “They’re all accustomed to doing what everyone else does,” he said, “They just do whatever their ancestors did, following the customs handed down without considering what benefit they might have.”
The woman sighed deeply. “All this is bewildering,” she said, “Don’t you think there could be some other way to please God?” Her husband replied, “A cow tethered in a field goes round in circles trampling the earth until it no longer has anything left to eat. It tugs and tugs, and does all it can to break its rope or uproot the stake it’s tied to, trying to get to some fresh grass. And that’s just what we’re like. We long to go and explore the whole great kingdom of God but we’re tied down, afraid of what people will say!”
“You told us that the important thing is for us to do good to one another,” said Amsiggel respectfully, “but how can we know what is good? Surely there are things which are good for one person and bad for another, and there are things which are bad for one person and good for another.” The Nomad’s wife interrupted him: “I can’t understand what you’re trying to say Amsiggel!” she said. “Well, if my sister and I have an apple and I take it all for myself, that’s good for me but it’s not good for her. If I cut it and give her half, I’ve reduced the good I have and increased what she has. So, can we cut goodness in half and share it among ourselves? If someone goes to the market and buys something for more than it’s really worth, that’s a bad deal for him but its a good one for the man who sold it to him. Or if the boy watching the sheep hears the call to prayer and leaves the flock grazing on the hillside to go the mosque, people would say that’s a good thing, but it’s a bad thing for the owner of the sheep. I can’t work this out. How can we know what’s good from what’s bad?”
“And I’ve got another question too,” continued Amsiggel, “If I do something with the best of intentions but then find it harms someone else, how can I make good the bad I’ve done? How can I put it right with the people concerned and with God? For example, if I sling a stone to stop the sheep straying and it hits a child and he dies, what can I do so that his family will forgive me? And what can I do so that God will forgive me? Or if I have a disagreement with someone and punch him and then find he was right after all, what can I do so that he’ll forgive me? What can I do so that God will forgive me?”
They stayed there with the Nomads for a week, and during that time Amsiggel plaited raffia twine from dum leaves and mended all the children’s sandals. Tazzwit sewed up their ragged clothes with the needle and thread which the Woodcutter had given her. Then Amsiggel and Tazzwit left them and continued their journey, remembering the questions which the Nomad and his wife had asked.
The track wound between the trees. Amsiggel and Tazzwit walked until midday, and by then they were tired and thirsty. They saw an old woman gathering herbs. Tazzwit called to her, “Please, have you a little water to drink?” “Come over here,” she replied, “I’ll take you to the spring.” They followed her past a little hut made of reeds and oleander branches, and up a path until they reached a spring flowing with cool water.
When they had drunk their fill, they lay on the ground beside the spring to rest. Sleep quickly overcame them. After a while, Amsiggel woke up to the sound of the Old Woman weeping. He wakened his sister, and they asked her, “What is it? Why are you crying?” Tazzwit took her hand saying, “What’s the matter?” “Oh it’s a hard world!” she replied, “You don’t know how hard until you’ve been through it yourself!” They felt really sorry for her. “Don’t cry!” they said, “Just tell us what’s happened.” “How wretched I am,” said the Old Woman, “to be left without a friend in the world! No one ever gives a thought for me now I’m old. Ever since I was a little girl I’ve always told my troubles to God, but now that everyone else has abandoned me, he’s abandoned me too – he no longer hears me or cares about me. He’s just left me with trouble and sorrow.” “Even if others forget, we won’t ever forget your kindness to us,” said Tazzwit. “Can you see this hearth,” replied the Old Woman, “and what the fire is like? The sparks fly upward and the charred wood sinks down. The good deeds you do fly away and just leave you with ashes.” “But don’t good deeds fly up to God?” asked Tazzwit. “Who knows?” said the Old Woman, “Who knows whether they get to God or not? Here we are amidst the ashes – that’s all I can be sure of.”
“Enough of tears!” said Tazzwit kindly, “Just tell us your troubles so we might find a way to help you.” “Do you really want to know?” asked the Old Woman. Then she looked up at them both and said, “May God save you from enemies like those who came between me and my husband! They accused me of what I never did. He sent me from the house, so I went back to my parents’ home. But when I got there, I found they’d all died. Our house was occupied by strangers who’d taken it by force. I fell down in a faint. When I came to, I realized that my last two little coins had been stolen from me. I collapsed again on the ground, not knowing what to do or where to go. All I had was taken from me: my husband, my children, my home, and now even my money. See how God has afflicted me! And here I am in the forest amidst the wild beasts, surrounded by spirits. Each day I gather herbs and leaves and the fruits of the forest. Some I eat and some I make into remedies to heal the sick. But you yourselves, where are going? Aren’t you a long way from your family?”
“We’re looking for some place of peace and security,” said Tazzwit. “It must be Heaven you’re after,” replied the Old Woman, “You’ll not find peace and security in this world. See, everything that has life reaches for the sky, longing to get to Heaven. Grass springs up; reeds rise above the ground; trees tower high; children grow up; wild goats climb the pinnacles, and birds soar above them all. Every one of them tries to draw close to the Lord God – but which of them can reach Heaven where he dwells? See what happens to them all. Everything that wishes to rise gets forced back down. The grass withers; the reeds bend; the trees fall; the goats come down to the valleys; the birds come back to roost; and the children die. They all return to the earth they’re made from. Not one reaches the heights or gets to the security he longs for.”
“I’ve heard,” said Amsiggel, “that all the men in Heaven will be like great kings.” When she heard this, Tazzwit looked hard at him. “Well what about us women?” she retorted, “Won’t we be in Heaven too?” The Old Woman spoke up once more, “We don’t even get into the mosque,” she said, “so how can we get into Heaven! We womenfolk don’t know how to say our prayers, and we don’t understand the words they say. We have nothing to do with things like that.” “Please don’t cry!” said Tazzwit, “God will have mercy on us if he wishes.” “But how can we know,” sobbed the Old Woman, “if he wishes or not?” “They say God is merciful,” said Tazzwit. “But who knows?” said the Old Woman, “Who know whether he’ll be merciful to me, or to you, or to your brother? If only someone could set our hearts at rest from all we fear in this world and the next!”
“Just believe in God and bear it all patiently,” said Amsiggel kindly. “Oh words like that, how many times I’ve heard them,” sighed the old woman, “but they’re like the moon to one who walks in darkness! Waxing and waning, getting bigger and smaller; coming and going, and no-one knows if it’ll light him home or not. We long to hear something reliable, something like the sun which shines all day and never fails to brighten the path that takes you where you want to go. Oh how wretched we are! Who can relieve us of this fear and doubt? Who can save us from hardship and anxiety? Who can bring us into a place of safety in this world and the world to come?” “We are looking, me and my brother,” said Tazzwit, “to see if we can find someone who knows all this. If we do, we’ll come back and tell you.” “Go then,” said the Old Woman, “and search for someone who can take us to safety!”
“We will,” agreed Amsiggel, “but before we go, surely there’s something we can do to help you.” Then they set to work: they fixed up the hut and cleared the path to the spring. They brought some large stones and made a good hearth for her. Then they kissed her on the forehead and set off once more along the track.
They kept walking till they came to a river. People were standing on the bank, unable to get across because it was flowing fiercely and the flood had carried away the bridge. Some men brought tree trunks and ropes. Tying them together, they dragged them so they lay across the river to the other side. Then, when they had weighted the ends with heavy rocks and the bridge was firm, people began to cross. Amsiggel and Tazzwit were just going over when they heard a scream behind them. They turned to look. A woman had slipped off the bridge. She was swept away in the flood. The people all started shouting and running to where she was, but the current was too strong and it carried her off before they could reach her. Amsiggel and Tazzwit were very upset. “Who knows when God might call any one of us?” Tazzwit said. “And who knows where we’ll stand with God if he does?” Amsiggel replied. Dusk found them still in the forest, so they slept till morning.
When Amsiggel got up next morning, he found that the Woodcutter had lit a fire and was heating up water for mint tea. “We’d like to repay you in some way for your kindness to us,” Amsiggel said to him. “I don’t need anything,” replied the Woodcutter, “but take these things with you so you can provide for yourselves along the way.” And he gave him a shoulder bag containing nails for mending shoes, and some small pieces of leather and a needle with various threads. When they had drunk their tea he gave them what remained of the bread and saw them safely on their way.
They kept going until eventually they came upon a ruined house with a man sitting in the doorway. He was dressed in rags. They greeted him politely but he made no reply, just sitting there with his head down. “Please Sir,” said Amsiggel, “where does this track go to?” The Hermit stared at them, lost in thought. Eventually he spoke. “It goes up and it goes down,” he said. “It rises and it falls.” “I think, Sir, that you live beside this track,” said Amsiggel, “so don’t you know where it leads to?” The Hermit said nothing for some moments, then announced, “Nobody knows where it goes to!” Amsiggel was very surprised and asked, “Doesn’t it come to an end somewhere?” The Hermit looked down, absorbed in his meditation. “Well, what can I say?” he replied eventually. “No-one has ever come to here from the end of the track. It probably has no end.” “Well, the sky has no end,” replied Amsiggel, “but the birds fly here and there and get where they want to go. If we follow this track, even if we never get to the end of it, surely at least we’ll get somewhere!”
The Hermit stood up. He seized Amsiggel by the hand saying, “That’s quite right! I can see you are a person of intelligence and discernment. Listen, my boy, and I’ll tell you something. On the apricot tree five hundred leaves go to making one apricot. On the pomegranate tree a thousand leaves go to making one pomegranate. If you want to talk sense you should think a hundred times and observe a hundred times before you open your mouth.” At this, Amsiggel was even more surprised. The Hermit continued, “Let me ask you now: Why has God made us with two eyes and only one mouth? Why has he given us two ears and only one tongue?” “Perhaps,” suggested Amsiggel, “it’s because he wants us to look and listen more than we speak.” The Hermit nodded, “And why has he fixed it so we can close our mouth but cannot close our ears?” “I suppose it’s so we’ll keep quiet and listen,” said Amsiggel. “But why has God made a little channel round the top of our ear?” asked the Hermit. “That I can’t answer,” admitted Amsiggel, “Perhaps you know why!” At this, the Hermit said, “Whenever you hear something you don’t like, you can direct it along the channel for the wind to whisk away before it gets into your head. Weigh up all you hear, my boy, and see whether or not it’s true and makes sense. Remember, the empty walnuts are the ones that speak!” (i.e. They echo when tapped because the kernel has shrivelled up.)
At this Amsiggel went quiet, not daring to say a thing. The Hermit too said nothing. At last Amsiggel spoke up, “We met a Woodcutter,” he said, “who showed us how beautiful and good the world is – birds and flowers and insects all created with great wisdom and scientific knowledge. He told us there’s someone who made all these things. For my part, I think that the beauty of this world lies in its colours. If it were just black and white, we wouldn’t know what real beauty was. But there’s one thing I don’t understand. What are these colours and where do they come from? The snow is white with cold, but an egg turns white with heat. How can cold and heat agree to make whiteness?” The Hermit replied, “The sun turns red in the cool of the evening but iron turns red in the heat of the fire. How can coolness and heat agree to make redness? I don’t know how, my boy!” he admitted. Amsiggel sighed. “There are many things in this world that we don’t know and don’t understand,” he said.
“The road goes up and it goes down,” replied the Hermit, “but we’ll never get to the end of it! Here we are sitting at the roadside: we look and we listen, but we don’t really know it – neither as it is nor as it will be. The Woodcutter showed you how good and beautiful the world is, but I’ll show you something else, because something has happened to it to spoil its beauty and goodness. To me the world looks just like this ruined house.”
“Tell me what you mean, Sir,” said Amsiggel. “Well, if you look carefully,” the Hermit replied, “you’ll see that nothing is ugly or bad in itself. Everything starts out well and gets spoiled by something else. You can go into an orchard of almond trees and marvel at how lovely the blossom is, but then you see the mildew on the growing fruit and it spoils all the beauty. You drink water from the river and it’s sweet and cool, but you find it contains bugs which will make anyone who drinks it ill. You go into a house and find that a lovely strong baby boy has just been born there, but he grows up deaf and dumb. See how a farmer sows barley and the shoots spring up, but as soon as the ears begin to fill they go rotten. And see how a man will love his bride and spend all he has to marry her, but something comes between them and he sends her away. Although a house may be built on a good foundation, its walls and roof, in the course of time, are bound to fall. All of creation shows how God made everything perfect and beautiful, but something has come between the creation and its beauty – something has spoiled all that exists.”
“But what was it that got in and spoiled everything?” demanded Amsiggel. “Oh, the world is full of butterflies and cats!” replied the Hermit. “Is it really butterflies and cats that have spoiled the world?” said Amsiggel. “Not really,” he replied, “but people are like butterflies and cats. The butterfly beats her wings and flutters this way and that. The wind carries her here and there, as she looks for the one flower that is prettier than all others. That’s what people are like. They don’t know where to find what they want. The cat too, he chases his tail round and round in the hope of catching it, but he can never get hold of it. That’s what people do – they’re just chasing their shadow. They dash around until they’re exhausted but still don’t get what they want. If the cat finally succeeds in getting a grip on its tail, what does it do then? After a couple of quick chews it lets go, then stands up and walks away. It’s lost all interest in its tail. People don’t know what they want, and if they do happen to get what they’re after, they decide they don’t like it. Totally confused! Don’t know where to find what they want, nor how to enjoy what they get! Something has come between man and his own common sense – and it’s ruined him!”
“Do you know,” asked Amsiggel, “what it is that’s come between man and his common sense?” The Hermit replied, “Perhaps whatever it was that happened to the world also happened to man, so he’s no longer what he was when God created him. We can see the world is full of diseases and disasters and evil of all sorts. It looks like something happened to this world – as though a terrible blight has descended upon it – because all that lives in this world gets sick and dies. Oh if only we had health and comfort! Yet with each passing year, health weakens and comfort flees! That’s life – because man is sick and he’s living in a sick world.”
Amsiggel and Tazzwit set out once more along the track. The Hermit wished them a good journey. “If you find someone,” he said, “who knows what’s happened to the world, and what’s spoiled it, and how we can get free from this terrible blight that’s fallen upon it all, come back and tell me!”
And so they went. As they followed the track, Tazzwit happened to see something on the ground amidst the long grass. She bent down and picked it up. “It’s an egg!” she exclaimed, “but I’ve never seen an egg like this one before. Look, its shell is hard – you can’t break it.” She put it to her ear. “How amazing!” she exclaimed, “This egg is talking – it says ‘tick tock, tick tock’. What bird could have laid an egg like this?” “That’s not an egg,” said her brother, “I’ve heard about things like this. They call it a watch. See these hands – they go round and show what time it is.” “Where’s it come from?” she asked. “Someone probably dropped it coming from market or town,” he said. “The people who made this amazing thing must have been great scientists,” remarked Tazzwit. “surely they must be very wise and intelligent?”
Amsiggel and his sister went on through the forest until they came to a little house. It was made of wood and beside it was a pile of small logs. Amsiggel called to whoever lived there, and a man came out carrying an axe on his shoulder. When he saw them, he put the axe down and greeted them. He brought some water for them to drink. They spoke for a while about the trees and the firewood and then Amsiggel asked the Woodcutter, “Do you live alone in this forest?” “Not at all!” he replied, “I have my friends here – the fox and the mice and the storks.” “Do you talk with these friends of yours?” asked Tazzwit. “Oh no,” he replied, “We’re all too busy with our work. See, the ants, the honeybees, the birds, how they’re coming and going, fetching and carrying all the time.” “But the trees and bushes,” said Tazzwit, “they just stay where they are.” “Even the trees and bushes are busy,” he replied. “They stretch out their leaves to the sun, send down their roots to drink water beneath the soil. They make flowers and fruit. Isn’t that work? It’s only man and his domesticated animals that don’t like working.” “Well, which is most useful?” asked Amsiggel, “an ant, or a mule?” “The ant willingly carries his load,” replied the Woodcutter, “but the mule with great reluctance. The ant does what his masters say, but the mule needs his master’s stick. The ant is always running, but the mule stops still whenever his master leaves him. And if he doesn’t stand still, he’ll wander far away, and if he doesn’t wander away he’ll just eat his saddle.” They all laughed.
Then the Woodcutter said to them: “It seems to me that those who live in the forest are more intelligent than those who live in the town. We don’t read books but we read what’s written in the clouds of the heavens and the mud of the river and the bark of the trees. Listen and I’ll tell you what I’ve learned from the insects of the forest. There’s one that shines in the darkness. There’s one that spins a web. There’s one that writes with mucus on the ground. There’s even one that plays football. I asked myself, ‘Where did these insects come from? Did they just make themselves on their own, or is there Someone who made them?’”
Then Tazzwit showed him the watch which she’d found by the side of the track. “Look at this egg we found,” she said. “Weren’t those who made this amazing thing great scientists?” “They certainly knew science,” said the Woodcutter, “but there’s greater science than this in the forest. This ‘egg’ of yours isn’t like a real egg – no bird will ever hatch from it. It cannot grow and bear young. But the eggs that birds lay, they contain something greater than this one you’ve found, because each real egg contains a little bird which is alive. When the little bird hatches, it will grow and fly and sing and make its own nest and eggs. Can human beings do anything as amazing as this with their science and wisdom? Man is very intelligent, but the one who made man is wiser by far. Come on now, let’s move these logs before it rains.”
They lifted and carried the pieces of wood till all were safely brought into the shelter of the house, then they sat together in the porch. “I thought about all this,” the Woodcutter continued, “and I asked myself ‘If someone exists who made this world, what’s he like? How can I possibly know him? Where can I possibly find him? Is he somewhere here in the forest, or in the fields? Or can I fly up among the stars to search for him in the glory of Heaven?’ So I asked the sun and moon, ‘Was it you who made this world?’ They said ‘No.’ I asked the mountains and crags, ‘Is there a spirit in you that made this world?’ They said ‘No.’ I asked the sea and the rivers, ‘Is there in you some power that made this world?’ They said ‘No.’ Then I asked them all, ‘If you didn’t make this world, please show me who did make it.’ ‘There’s one greater than us.’ they said, ‘He’s not visible to the eyes of man. It’s he who made us.’ I didn’t ask them with words and it wasn’t with words that they replied, but the wisdom and beauty they were made with showed me the answer.”
Amsiggel asked, “What’s he like, the one who made all this?” “Well, when we see the moon and stars,” replied the Woodcutter, “they show us his glory. When we witness the scorching heat of the sun, the bolts of lightning striking the earth, the violent explosions of the thunder, the hurtling flood of the river in spate, they show us his power. His beauty is shown in the flowers and the leaves of the trees. His wisdom is revealed in the birds and honeybees, each doing the work he gave it to do. When we look at the crags and mountaintops we know he’s steadfast and unchanging. When we hear the birds singing we sense that his word is sweet. When we see what we human beings are like – we can see and hear and think and speak – we know that he sees and hears and thinks and speaks better than we do, because the one who creates will always be greater than what he’s created. And whenever we sit amidst all these things, we can feel his love and his peace, and our hearts are filled with praise and thanksgiving.”
It was getting dark and the Woodcutter could see they were tired. He brought them bread and olive oil, and then he gave them some blankets and showed them where to sleep. Amsiggel said to him, “I’ve never heard anything, Sir, like what you’ve told us today.” The Woodcutter replied, “Perhaps you’ve never asked someone living among the creatures of the forest.” Then Amsiggel said, “But the one who created us, what connection is there between him and us? I can see this world is like a watch, made with great wisdom. But when God created the world, did he wind it up and leave it to go by itself till it all runs down? Or does he continue to keep winding it up?” The Woodcutter looked at him and said, “Sometimes I think he’s far away – that he’s turned his face from us like someone crushing ants underfoot. But sometimes I think he takes an interest in us and does good things for us. Sometimes I think he likes to help us with the problems of everyday life. But other times I think he just watches us so he can punish us for the faults he sees us commit. These are things beyond my understanding. But it’s getting late. Go to sleep now till morning.”
Each day Amsiggel went to school in the mosque. He respected the teacher and tried to memorize the words written on his slate, but his mind wasn’t really on his lessons. He often looked out of the window. He thought of the squirrels playing among the rocks. He thought of the honeybees buzzing in the orchard, the frogs croaking by the spring, the blackbird singing in the poplars beside the river. He remembered all he’d seen in the forest and asked himself, “How does a straight tree grow from twisted roots?” He thought of the hearthplace beside the spring and asked himself, “Why does smoke go up and water down?” He recalled the dust storms that spring up in the evening and wondered, “Where does the wind come from? Is it the trees that stir the air, or the air that moves the trees?” His thoughts travelled through forests and crags, and his imagination carried him into the realm of the clouds and the stars of heaven. And many times he suffered the stick for not knowing the words on his slate.
One day he came home and found Grandfather sitting in the doorway. “Grandad, some things I just can’t understand!” he said. To which the old man replied, “The shade cast by a palm tree lies far from its roots. Keep looking for the answers, son, till you find what you’re after!”
In those days Amsiggel’s mother was expecting a third child. She had a hard time of it and the baby was born dead. She grew weaker, and got so ill she could no longer get up from her sleeping mat. For two months she lay between life and death. Her husband came back from town and saw how she was: she could no longer do the housework. So he divorced her and married another. She went back to her parents, and three months later she died. The new woman of the house had no time for Amsiggel or his sister Tazzwit. As the old-timers say, “An orphan’s feet raise dust in the rainy season and spread mud in the summer drought!” They wanted to marry Tazzwit to a man in town who had lent her father some money. She’d never seen him, and she knew nothing of him: she was thirteen years old. She cried and cried, and Amsiggel could find no way to comfort his sister, for he too was overcome by many tears. Four days remained before the wedding party.
That night thieves came. They dug a hole in the wall of the village shop and took the money box. At daybreak the shop people came from house to house asking everyone where they had been that night. They found all the villagers had been at home, except for Amsiggel. That night he’d gone out to follow some shooting stars, wanting to see whether they were falling in the forest or on the other side of the mountain. Igider told them all he had seen Amsiggel going out in the direction of the shop.
Straightaway they went, and dragged Amsiggel from his bed. They threw him into a deep storage pit and left him there with nothing to eat or drink. Amsiggel just didn’t know what had happened. He heard the other boys reciting in the mosque, but nobody came to see him. Two days and two nights he stayed there, with mixed up thoughts going round and round in his head. Then some men of the village came and pulled him out, and began to beat him with sticks saying, “That’s what a thief deserves!” Then they drove him out of the village and through the fields, throwing stones after him.
Amsiggel climbed the track up the hill towards the forest. He walked until he was exhausted and could go no further. Fainting away, he fell down beneath a fig tree. As he slept he was suddenly awakened by the voice of a girl. Turning over he recognized Tazzwit. She ran to him: “O Amsiggel! What’s happened to you? What’s all this blood on your face?” “You can see how I am,” he said, “but I really don’t know what happened!” She took his hand. “Come, we’ll go back home!” she said. “No!” he replied, “The family don’t want me, and neither does the village – they chased me away with stones! I’m going to look for a safe and peaceful place.” “Well in that case, I’ll come with you!” said Tazzwit. “No, this path is too hard for you.” he replied, “You’d never make it.” “Even if it’s hard,” she insisted, “what have I left at home except drudgery and ill-treatment?”
At that moment came a sound like whispering in the leaves of the fig tree. “Seek and you’ll find,” it said, “Seek and you’ll find!” As they turned, they saw Grandfather coming towards them. “O Grandad,” exclaimed Tazzwit, “Was it you who said that?” “I didn’t say a thing, my dear,” he replied. “So why have you come out to the forest Grandad?,” asked Amsiggel. “Go now Amsiggel!” he replied, “God has ordained for you to ask and seek. Look how vast this world is! Go and search everywhere till you discover the whole truth – till you know everything as it really is and understand what is hidden from us.” Tazzwit spoke up. “Grandad, I’m going with him!” she said. “Go, you too, my dear.” he replied, “Your brother will look after you. I know the man who wants to marry you – he’s a drunkard. Best for you to be far away.” Then the old man looked at them carefully. “Listen!” he said, “There’s something more I want to tell you. Don’t worry at all about what’s kept safe for you. I’ve got it hidden till you return!” Then he raised his hand, and Amsiggel and Tazzwit kissed the top of his head. He stood up and started back to the village. Amsiggel and Tazzwit set off along the track.
“What did Grandad mean,” she asked, “about what is kept safe for us?” “He has something.” replied her brother, “and I don’t know what it is. He knows something we don’t know.”
It was a dark and stormy night, with heavy cloud and bitter cold. Lightning blazed across the mountain; thunder roared round the ravines and crags; a violent wind drove rain against the house door. That night the child Amsiggel was born, and from the womb he came forth smiling!
“Poor poor thing!” cried Grandmother, “Born in a tempest on the darkest of nights.” “Oh what,” they asked, “will become of this child?” “Stormy will be his days,” she declared, “and tempestuous his life!” “No! no!” protested Grandfather, “See, he watches us as one who knows what is; he smiles at the world as one who knows what soon will be.” At that moment, they raised their eyes and saw a full moon riding the ragged clouds of night, and round the moon a ring of brilliant light. “Hear my words!” the old man said, “A storm brought us this child, but he’ll outlive the storm. Born in darkness, he’ll lead us into light; born amidst thunder and lightning, he’ll bring us peace from all that beats down on us.” Amazement seized them all. “We’ll call this child Amsiggel (One Who Seeks),” continued the old man, “for he’ll search out hidden things; he’ll discover what we’ve never known and show us the Way of Peace.”
Two years went by and a baby girl was born, a sister for Amsiggel. They called her Tazzwit (Little Bee). At midday she came, in springtime, with fruit trees in blossom, green tips of barley sprouting from the earth, and birds making merry in the fields and woods. The family were very happy, and all creation with them, thanking their Creator for the beauty of everything around them.
But the year moved on. No rain fell. The streams dried up and so did the wells; cruel hunger gripped the land. To a distant spring they went to fill their jars with drinking water. The children had only small turnips to eat. Their mother wept; they wept too. Father went to look for work in town. Grandfather just sat in the archway staring down the track. He overheard some neighbour women saying Grandmother had cast spells on him; in a rage he struck her and sent her away. A year of misery was that year!
Time went by and Amsiggel grew. He was a helpful boy and all the villagers liked him. He enjoyed going down to the river and watching it flow by. “Where does this water come from?” he asked himself, “And where does it go?” He climbed to the top of a hill and lay down on a large rock gazing up at the clouds in the sky, and he marvelled at all he saw. “Why is the sky blue?” he asked, “And why are the clouds white?” All day he spent there. “Why does the sun shine yellow at midday, he wondered, “but red in the evening?” Another time he stayed till sunset. “Where does it go at night?” he wondered, “Does it sink into the ground? Or is it extinguished in the sea?” And as the moon rose he asked, “Where does the moon come from? And what happens to it during the day? Does it get shy and hide when daylight comes? Or does it melt like snow in the warmth of the sun?” One day in the forest, he heard the sound of the wind in the trees. “Seek and you’ll find,” It seemed to say, “Seek and you’ll find!” Three times he heard these words and then no more. That day, he went home amazed at the world around him.
He himself was a mystery to the boys of his own age, for he did not behave like them. He didn’t want to tussle and squabble as they did. He wouldn’t play or sit with them. “Why can’t you be like us, Amsiggel?” they asked him one day. “Because you’re like nails in a bag,” he replied, “all sticking out in different directions!” Another time they asked him, “Why have we never heard the name of God pass your lips?” “Should I use silver for hammering iron?” he replied, “You only mention God’s name when you want to back up lies and stir up trouble.” Another day they reproached him. “The goat that doesn’t go with the flock gets eaten by the wolf!” they said. “The goat that doesn’t go with the flock,” he retorted, “may find fresh grass and lead them all to richer pastures.”
One of them was a tough boy called Igider (Eagle). One day he made fun of Amsiggel and, grabbing hold of him, pushed him hard. Amsiggel fell on the rocks cutting his leg and his head badly. When the boys saw the blood, they ran away and left him lying on the ground. Then Igider went to Amsiggel’s house and told lies about him. “Amsiggel threw rocks down the well,” he said, “Amsiggel peed on the shop door. Amsiggel kicked a hole in the water channel.” When Amsiggel got home, his Grandfather added to his other woes a good beating. Bitter resentment arose in Amsiggel’s heart that day; he would gladly have killed Igider.
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